MEMORABILIA

«Fait et gestes» N°9, par Ivan Rioufol : Hibernatus en politique

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LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – Une analyse percutante des détails de l’actualité de la semaine écoulée.

Par Ivan Rioufol. LE FIGARO. 23 mai 2021

Chers lecteurs,

Voici quelques-unes de mes notes de la semaine écoulée :

Lundi 17 mai : Nadine Morano (LR) sur CNews : «On ne peut plus vivre ensemble». L’élue évoque la fracture politique qui parcourt son parti. Le divorce paraît inévitable, entre ceux qui sont prêts à pactiser avec LREM pour gagner les régionales, et ceux qui refusent de jouer à nouveau la stratégie du cordon sanitaire pour isoler le RN. Le «cas Muselier» a été la goutte d’eau. Candidat LR pour la région Paca, Renaud Muselier a déclaré pour sa part, l’autre jour : «Ceux qui se compromettent aujourd’hui en appelant à ne pas voter pour moi sont des irresponsables. Ils soutiennent de fait le RN et remettent en cause la ligne rouge fixée à la fondation du RPR, de l’UMP et des Républicains».

Mais disant cela, Muselier démontre la faiblesse de son parti, qui mériterait le nom d’Hibernatus. Ce «pacte» dont il se réclame encore montre, en effet, un immobilisme idéologique. Depuis le RPR, l’eau a coulé sous les ponts. Le FN de Jean-Marie Le Pen ne ressemble plus au RN de sa fille Marine, qui a d’ailleurs exclu le patriarche. Je ne compte plus les papiers que j’ai pu écrire à l’adresse de la droite de gouvernement, pour la presser de sortir de sa tranchée et regarder la société en face. Sauf miracle, la paresse intellectuelle va tuer LR, qui compte pourtant beaucoup de talents.

Reste cette porte de sortie honorable d’un programme commun de la droite, coécrit par les LR hostiles au macronisme, et le RN. Avec une cohabitation au sommet. Laurent Wauquiez (ou François-Xavier Bellamy, Bruno Retailleau, Éric Ciotti, David Lisnard, Nadine Morano, etc.), premier ministre de Marine Le Pen en cas de victoire ? Ou l’inverse…

Mardi 18 mai : L’affaire est, nous dit-on, nationale ! Le footballeur Karim Benzema, attaché au Real Madrid, a été rappelé par Didier Deschamps, le sélectionneur de l’équipe de France, pour réintégrer les Bleus en vue de l’Euro. Chacun y va de son avis. Je n’en ai aucun, le foot ne m’intéresse pas. En revanche, j’ai toujours trouvé Benzema désagréable et grossier, à observer ses comportements ou ceux de ses soutiens. Je lis son tweet : «Tellement fier de ce retour en équipe de France et de la confiance que l’on m’accorde. Merci à ma famille, mes amis, mon club, à vous…Et à tous ceux qui m’ont toujours soutenu et me donnent de la force au quotidien #AllezLesBleus #Euro2021 #Blessed #AlHamdulilah». Qu’est-ce que cet AlHamdulilah («louange à Allah») vient faire ici ? Pourquoi ce besoin de Benzema de rappeler qu’il est musulman, alors qu’il rejoint une équipe de France soumise, on peut l’imaginer, aux règles de la discrétion laïque. Deschamps, qui n’est pas remercié par Benzema (il dit «on»), a-t-il été vraiment autonome dans son choix ? Benzema est sûrement un bon joueur professionnel. Mais son signal lancé à la communauté islamique est déplacé, provocant. J’espère, au moins, qu’il chantera La Marseillaise.

Mercredi 19 mai : 12h30 : je rejoins la manifestation «citoyenne» organisée par l’intersyndicale des policiers, aux abords de l’Assemblée nationale. L’accès, lent et filtré par des gendarmes, n’est pas fait pour encourager les Parisiens à venir se joindre aux innombrables flics. C’est dommage : il y avait là l’occasion d’une cause commune qui aurait pu faire masse. Il est vrai que ni l’heure (13h) ni le jour (ni la météo exécrable !) ne sont faits pour attirer les gens. Je doute des 35.000 personnes officiellement annoncées ; à vue d’œil il y en a moins.

Mais la démonstration de force est néanmoins réussie. La foule est dense, sérieuse, bon enfant, très majoritairement blanche. J’y retrouve un peu l’ambiance des Manif pour tous, les poussettes en moins. Des élus ceints de leur écharpe sont là. Tiens ! La gauche (hormis LFI, absente) cohabite avec le Rassemblement national : les temps changent ! Mais c’est bien le monde politique qui est dénoncé par les orateurs, dans ses démissions et ses faiblesses. L’acteur Gérard Lanvin, qui a ouvert les prises de parole par un bref discours, rappelle avec raison cette dimension qui dépasse les sempiternelles querelles Police-Justice. «C’est le procès d’une société», dira l’un des intervenants. «Il faut changer de logiciels et de paradigmes». En attendant, j’assiste (trempé) à un renversement des rôles : ce sont les forces de l’ordre qui demandent la protection de la République et de la population ! Mamma Mia ! Va-t-on sortir indemne de ce naufrage ?

Jeudi 20 mai : Après Benzema, Youssoupha : le rappeur a été choisi par la Fédération française de football comme soutien musical aux Bleus, à travers un clip. La ministre des sports, Roxana Maracineanu, se félicite de ce choix qui «lutte contre le racisme et promeut la diversité». Elle défend «un rappeur populaire qui parle à la jeunesse». Mais comment le gouvernement peut-il cautionner un type qui appelle au meurtre et au viol ? L’aimable Youssoupha est celui qui a chanté : «Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour». C’est Youssoupha qui a dit aussi : «Comme dans c’rêve où ma semence de nègre fout en cloque cette chienne de Marine Le Pen». Dans d’autres textes, il parle de «la France, pays d’escrocs». Que se passe-t-il dans la tête des dirigeants pour qu’ils en viennent à ne plus percevoir le vulgaire et l’odieux ? Leur «vivre ensemble» est une mascarade. La flatterie des cités par la macronie est devenue indécente. Si cet hymne est maintenu, j’aurais une raison de plus (la première étant mon désintérêt) pour boycotter l’Euro…

Avec 24 heures de retard, je prends enfin mon premier café croissant en terrasse, devant la basilique Notre-Dame-des-Victoires, à deux pas de la place des Victoires : je retrouve des visages sans masques, des gens qui se parlent et qui rient, un Paris sublime. Macron remonte dans les sondages : évidemment, quand un pouvoir desserre l’étau, ça fait toujours du bien. Mais faudrait-il lui dire merci et s’il-vous-plaît ?

Vendredi 21 mai : Emmanuel Macron à Nevers (Nièvre) : «On ne peut pas donner des papiers à tout le monde (…)». Mais il dit aussi : «La France prend sa part dans l’immigration qu’il y a aujourd’hui, nous continuerons de le faire. On va continuer à investir pour héberger et former mais il faut aussi que celles et ceux qui arrivent sur notre sol prennent leur part de devoirs pour faire l’effort sur la langue, pour faire l’effort pour les formations et ensuite pour avoir un travail, c’est la clé».

Avec de tels propos l’immigration a encore de beaux jours, dans la France saturée.

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