MEMORABILIA

« Le Monde et ses collègues n’informent pas, mais font campagne »

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Yves Mamou :

Entretien. Yves Mamou est journaliste. Il a travaillé 23 ans au Monde où il était spécialiste des questions économiques. Il est également essayiste et vient de publier Dix petits mensonges et leurs grandes conséquences (Editions L’Artilleur) consacré au conflit israélo-palestinien.

Yves Mamou : « Le Monde et ses collègues n’informent pas, mais font campagne »

Auteur

FRONT POPULAIRE. La rédaction. Publié le 23 mai 2021

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Front populaire : Quel jugement portez-vous sur la manière dont votre ancien journal, Le Monde, traite le conflit entre Israël et le Hamas ?

Yves Mamou : Dans mon livre, j’explique que les médias sont un acteur du conflit israélo-palestinien. Les médias ne sont pas un lieu de représentation de ce conflit, ils ne multiplient pas les angles ou les points de vue contradictoires, ils agissent d’abord et seulement en relais du discours victimaire des Palestiniens. Pour donner un exemple, Le Mondefait le recensement à chaque article des pertes en vies humaines à Gaza (plus importantes qu’en Israël). Je ne dis pas que les victimes civiles doivent être passées sous silence mais les communiqués du ministère de la Santé du Hamas à Gaza ne sont pas et n’ont jamais été parole d’évangile. En reprenant, sans distance aucune, les chiffres du Hamas, et en les martelant à chaque article, Le Monde accrédite l’idée – fausse – qu’Israël se défend de manière désordonnée et criminelle, sans souci des pertes civiles arabes. Or, c’est le Hamas qui a tiré 3000 roquettes au hasard sur des centres urbains israéliens et c’est Israël qui téléphone aux occupants d’un immeuble de Gaza pour les informer qu’ils doivent quitter les lieux avant que leur immeuble soit détruit.

Front Populaire : Qu’est-ce qui vous permet de dire que sur le Moyen-Orient, la désinformation est la règle ?

Yves Mamou : Mon livre n’est pas un manifeste contre Le Monde en particulier, mais un démontage du prêt à penser victimaire. Depuis quarante ans, les médias suggèrent qu’Israël est un État colonisateur, raciste, spoliateur, sans aucune légitimité et que les Palestiniens sont d’adorables victimes qui n’aspirent qu’à vivre en paix.

Depuis quarante ans, Le Monde, l’Agence France Presse et la plupart des médias insufflent l’idée que Jérusalem n’est pas la capitale d’Israël, mais une ville occupée et colonisée ; qu’il n’y a pas de Mont du Temple à Jérusalem mais une « Esplanade des mosquées » ; que la Judée Samarie (Cisjordanie) n’est pas un territoire « disputé » comme l’affirment les experts du droit international, mais un territoire « occupé ».

Bref, Le Monde et ses collègues n’informent pas, mais font campagne. La victimisation est une stratégie militaire arabe et palestinienne qui utilise les médias occidentaux – à leur insu, mais pas seulement – afin de désarmer la véritable victime, celle qui est attaquée. Et à chaque fois, Israël est en position de bouc-émissaire. Cette absence de réflexion des médias sur leur comportement est attentatoire à la déontologie de l’information – les journalistes n’ont pas à faire la morale -, aux intérêts de la France mais aussi et surtout à la sécurité des Juifs qui vivent en France.

FP : Que pensez-vous de la position d’Emmanuel Macron par rapport à cette question ?

Yves Mamou : Le 18 avril dernier, Jean Castex, Premier ministre, s’est déclaré« inquiet du sort des populations civiles à Gaza ». Cette déclaration est une ignominie. Le Hamas bombarde les centres urbains israéliens depuis la bande de Gaza, mais par un formidable retournement victimaire, le chef du gouvernement français s’inquiète de la sécurité des habitants de Gaza. Au-delà de la morale, il s’agit d’une prise de position. La diplomatie française est satisfaite que la « cause palestinienne » revienne au centre du jeu diplomatique. La France et les Européens ont accueilli du bout des lèvres les traités de paix que les Émirats arabes unis, le Soudan, le Maroc… ont signés avec Israël à l’initiative de Donald Trump. Ces accords de paix dits d’Abraham décentraient la « solution à deux États » ; celle-ci cessait d’être un préalable à la paix entre Israël et ses voisins. Bien que ce palestino-centrisme n’ait jamais produit que la guerre, la position française en faveur du Hamas correspond à des objectifs de politique intérieure. Il ne faut pas énerver les « jeunes » de banlieue.

FP : Cette semaine, des voitures ont brulé dans une cité d’Argenteuil et des policiers ont été pris à parti au tir de mortier, manifestement au nom de la Palestine. Redoutez-vous une importation du conflit en France ?

Yves Mamou : Les premières attaques de Juifs en France ont eu lieu en 2000, à l’occasion de la première Intifada. Tout le monde a interprété ces agressions comme une importation du conflit israélo-palestinien.

Mais en réalité, les attaques de juifs ont continué (une école juive à Toulouse, Mireille Knoll, Sarah Halimi…), en totale déconnexion du conflit israélo-palestinien.  Aujourd’hui, ces mêmes musulmans, mi délinquants-mi-djihadistes, qui ont attaqué des Juifs en France, ont élargi leur champ d’action. Ils égorgent également des profs, des curés et des policiers. Plus que les Juifs aujourd’hui, les policiers sont le cœur de cible du djihad narco-salafiste. En fait, le djihad mondial se passe très bien du conflit israélo-palestinien. Ou plutôt, la guerre menée par le Hamas contre Israël n’est qu’une facette du djihad mondial contre les non-musulmans.

FP : Israël défend farouchement sa souveraineté. Avons-nous renoncé à la nôtre ?

Yves Mamou : C’est tout l’objet de mon livre. Les Israéliens ne sont pas attaqués parce qu’ils sont Juifs (on ne dit plus « mort aux Juifs »), mais parce qu’en bâtissant une nation, ils seraient devenus « racistes ». Ce droit des Juifs à la souveraineté nationale (un territoire, des frontières, une monnaie, un peuple…) a été attaqué comme une structure colonialiste et raciste, proche de l’apartheid. Si l’on collecte, comme je l’ai fait, les principaux mensonges adressés à l’Etat-Nation du peuple juif, on s’aperçoit que chaque mensonge (État voyou au regard du droit international, État illégitime au regard de sa culture, État tueur d’enfants…) se retourne comme un gant contre toutes les autres formes nationales, la France y comprise.

La France est particulièrement fragile à cet égard dans la mesure où elle est insérée dans un projet européen qui l’oblige (croit-elle), à renoncer à ses frontières, à sa monnaie, à son histoire, à sa culture.

Cette politique d’abandon de soi n’aide guère à se mobiliser contre ce qu’Emmanuel Macron appelle « le séparatisme islamique ».

A quoi bon se défendre contre l’islamisme quand la forme nationale a été évidée de tout son contenu ?

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