MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Chronique d’un système à bout de souffle»

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CHRONIQUE – Il n’est pas de semaine sans que des institutions ne viennent confirmer le grand effondrement du système.

Or Emmanuel Macron participe, joyeusement, à déconstruire le peu qui reste debout. Au prétexte de «transformer» le pays, il le détruit un peu plus pour imposer sa marque.

Par Ivan Rioufol. LE FIGARO 27 mai 2021

-Sur l’état de la France, les alertes fusent. Mais Emmanuel Macron préfère jouer à un «concours d’anecdotes» avec deux «youtubeurs» à l’Élysée. La rigolade, clin d’œil aux jeunes électeurs, a été diffusée dimanche, avec succès, sur les réseaux sociaux.

La veille, à Ivry-sur-Seine, Odile Gentil lançait un message aux familles des cités, après le meurtre de sa fille Marjorie, 17 ans, poignardée par un adolescent«Occupez-vous de vos enfants, ce n’est ni à l’Éducation nationale de s’occuper de vos enfants ni à la Justice (…). Demain, à qui le tour?» Ce jour-là, la foule allait reprendre «Je vous salue Marie», avant d’entonner un refrain de Marjorie: «Rendez grâce au Seigneur».

Vendredi, L’Obs publiait un «Appel à refonder le pacte républicain pour la justice», signé par la Conférence des premiers présidents de cour d’appel. 

Le Monde s’ouvrait, lui, à un collectif de cinquante préfets honoraires adjurant Macron de ne pas détruire le corps préfectoral.

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Seuls les «dénis oui-ouistes» répètent que tout va bien.

Pour ces adeptes de l’insouciance macronienne, «l’extrême droite » exagère et cherche à faire peur. Ce sont ces mêmes bienheureux qui ont pourtant soutenu les discours anxiogènes du pouvoir dans sa politique sanitaire. En tout cas, il n’est pas de semaine sans que des institutions ne viennent confirmer le grand effondrement du système.

Il y eut les alarmes sur le «délitement» de la nation, lancées par des généraux en retraite. Puis ceux-ci furent rejoints dans leur constat par des militaires d’active. Les policiers prirent alors la relève, dans une manifestation devant l’Assemblée nationale. Et voici d’anciens préfets et des magistrats qui s’inquiètent à leur tour des maux de la France. Sans oublier ces citoyens affolés, laissés à l’abandon devant l’ensauvagement des voyous.

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Or le chef de l’État participe, joyeusement, à déconstruire le peu qui reste debout. Au prétexte de «transformer» le pays, il le détruit un peu plus pour imposer sa marque. C’est ainsi qu’il a mis les partis politiques en miettes, dont le sien. En s’attaquant au corps préfectoral, c’est à un pilier de la République, hérité des maîtres de requête de l’Ancien Régime et de Napoléon, qu’il s’en prend: moderniser la haute fonction publique est une chose ; supprimer la professionnalisation du préfet pour en faire l’instrument d’une politisation de l’administration en est une autre.

Et c’est sa propre fonction qu’il malmène quand il se prête, comme dimanche, à un marketing électoral racoleur. Le procédé l’a mis au niveau inconsistant de deux «influenceurs» humoristiques, McFly et Carlito. Le pays s’affaisse, mais l’un des pitres a fait une galipette dans les jardins de l’Élysée, sous l’œil amusé du président.En ces temps incertains, la légèreté en politique est une faute.

Tels sont les effets de la décadence. Le discours de Macron est si faible qu’il en assume le vide dans son adresse aux 18-25 ans, présumés malléables. Sa flatterie de la «déconnade» dit le mépris dans lequel est tenue plus généralement une partie de la population.

Car l’Élysée est persuadé avoir été «disruptif» avec ce coup de com au service d’une propagande. Un conseiller a même fustigé «cette France éternelle des vieux schnocks qui hurlaient déjà quand de Gaulle avait reçu Brigitte Bardot à l’Élysée». En réalité, la politique spectacle n’est pas une découverte. Elle a sa légitimité pour passer des messages. Cependant, en l’occurrence, seules l’infantilisation des gens et la dépolitisation sont devenues les normes, depuis la stratégie hygiéniste contre le Covid qui a pris les citoyens pour des irresponsables. 

«Malheur au pays dont le roi est un enfant», a prévenu l’Ecclésiaste. En ces temps incertains, la légèreté en politique est une faute.

Indécence

Reste cette question: pourquoi trop d’élites montrent-elles tant d’indifférences à l’état de la France?

Comment ne voient-elles pas la désespérance de la partie la plus vulnérable de la société, qui souffre de ne plus maîtriser son destin? L’ancien maire socialiste de Sarcelles (Val-d’Oise), François Pupponi, écrit (1): «La France est au bord du chaos. Elle est en miettes. Fracassée. Éparpillée(…). Cela fait des décennies que la situation n’a pas été aussi dramatique, peut-être depuis la fin de la guerre d’Algérie.» 

Dans ce contexte pesant, la désinvolture qu’affiche la présidence est une indécence: elle exhibe un désintérêt pour la nation fragile et son peuple angoissé. Il suffit d’observer la répulsion que suscitent, chez les gagnants de la mondialisation, les sentiments nationaux ou populistes pour toucher du doigt leur dégoût de la «France moisie». Or, ce rejet est une autre manière de renier l’âme de la nation.

Le pays est malade d’un demi-siècle de trahisons et d’abus de confiance. Rien n’a été mieux porté que la honte d’être français, coupable d’une histoire et d’une civilisation à brader. Cette dévalorisation nationale explique les maltraitances endurées par la patrie. Mais voilà: cette injustice est devenue insupportable à beaucoup.

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La haine de la police, marqueur historique des radicalités, vient aujourd’hui rejoindre et soutenir la nouvelle détestation antifrançaise. Celle-ci est assumée par la contre-société gangrenée par l’islamisme conquérant. Quand Audrey Pulvar, candidate PS pour la région Île-de-France, dénonce en juin 2020 «le racisme dans la police» et trouve «glaçante» , samedi, l’image de la dernière manifestation des forces de l’ordre devant l’Assemblée nationale, l’ancienne journaliste reproduit la dialectique convenue des protestataires. «L’État n’est pas fasciste mais sa police l’est déjà», assurait Jean-Paul Sartre, tandis que les soixante-huitards criaient: «CRS-SS» et que Brassens appelait, parlant des gendarmes, à «rosser les cognes». 

Longtemps cette posture de révolté a été légitimée par l’intelligentsia. Mais désormais ce cliché trouve écho auprès des ennemis intérieurs de la nation vue comme une terre de djihad. C’est pourquoi il est devenu urgent de retrouver la fierté d’être français, afin de stopper cette pente suicidaire.

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Remplacement

Macron parlant de la Seine-Saint-Denis, dans Zadig: «Il ne manque que la mer pour faire la Californie.» 

S’adressant aux nouveaux venus d’Afrique: «Vous êtes une chance pour notre pays.» 

Pour lui, l’époque ressemble à «la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance» .

Mais cette préférence immigrée illustre son incompréhension du malaise des enracinés, menacés de remplacement.

(1) «Lettre à mes compatriotes musulmans», Éditions du Cerf.

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