MEMORABILIA

«Police et justice: impuissance publique»

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Par Vincent Trémolet de Villers, directeur adjoint de la rédaction. LE FIGARO. 27 mai 2021

Pangloss se console en expliquant que rien n’a changé: un jour, c’est Beauvau qui crie le plus fort ; le lendemain, c’est Vendôme. Il se souvient des policiers contre Badinter, de Pasqua contre Méhaignerie, de Manuel Valls contre Christiane Taubira…

La tension entre le maintien de l’ordre et l’État de droit, c’est vrai, ne date pas d’hier. Mais, aujourd’hui, le désordre s’étend, l’État s’affaisse, le droit s’essouffle.

Quand des policiers meurent sous les coups des islamistes, les balles des bandits, il ne s’agit plus d’une controverse théorique entre les tenants de la sécurité et les défenseurs de la liberté. Un élu, pour un regard, subit la bastonnade des délinquants et un médecin découragé par la violence gratuite ferme son cabinet. Adolescente tuée au couteau à Ivry-sur-Seine, femme brûlée vive à Mérignac, viol dans les rues de Paris: les seuils sont franchis un à un. Dans la France de l’impunité, plus personne n’a peur du gendarme, plus personne n’a peur du juge. L’un et l’autre se renvoient la faute: la police en fait trop, disent les uns ; la justice n’en fait pas assez, répondent les autres.

Le théâtre politique maintient les apparences: Gérald Darmanin tweete sa «détermination républicaine» à «ne rien céder», Éric Dupond-Moretti gronde et tempête au nom des grands principes. L’un et l’autre affichent d’avantageuses statistiques, mais rien n’y fait.

La réalité est trop criante, la violence trop obsédante pour que l’opinion les écoute. Le délabrement de l’autorité apparaît dans les crimes barbares et les détails infimes de l’existence.

Grandes et petites frontières ont disparu. Parents, professeurs, pompiers: nul n’est épargné par ce déchaînement. Le droit de l’individu triomphe du devoir du citoyen.

La «déglingue» (Jean-Pierre Le Goff) remplace la décence commune. À chaque épisode de cette grande dislocation, la chorégraphie est la même. Indignation, condamnation, demande de moyens, proposition législative, débat, polémique, et le manège termine son tour. «Jusqu’ici tout va bien…»

Cassandre est priée de se taire pour laisser Pangloss habiller d’optimisme sa terrible impuissance.

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