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A LIRE : « Vers la nouvelle renaissance promise par Emmanuel Macron… ou vers Mad Max ? »

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FRANCE RÉINVENTÉE ? 

Emmanuel Macron a accordé un long entretien à la revue Zadig dans lequel il brosse le portrait de la France qu’il aime « charnellement » tout en évoquant la possibilité d’une renaissance post-pandémie. Selon lui, « la période que nous vivons est à relier à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance ». La campagne présidentielle qui s’annonce va-t-elle contribuer à cette idée d’une France réinventée ?

Atlantico : Après la vidéo réalisée avec McFly et Carlito et qui brillait plutôt par sa vacuité politique, Emmanuel Macron a accordé à la revue Zadig l’un de ces entretiens fleuves dont il a secret et dans lequel il brosse le portrait de la France qu’il aime « charnellement » tout en évoquant la nouvelle renaissance qui nous attendrait post Covid. Selon lui « la période que nous vivons est à relier à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance »,  « C’est l’époque des grandes peurs qui forgent un peuple et je dirais même la réinvention d’une civilisation. ». Le président vous paraît-il de taille a être l’artisan d’une telle réinvention ?

Charles Reviens : La séquence de communication présidentielle récente a vu se succéder la fameuse vidéo avec McFly et Carlito visant à démontrer une aisance avec les récents sociaux et le traitement d’une segment « jeunes urbains », puis ce long entretien intitulé « Ma France » dans Zadig où différentes considérations géographiques et historiques doivent démontrer qu’Emmanuel Macron est également « charnellement » attaché au terroir voire à la France périphérique de Christophe Guilluy.

C’est le quart d’heure de traitement du segment « France des territoires » ou « France des héritages », dans un exercice de communication où le discours performatif compte au moins autant que l’amélioration ou la transformation du réel. L’honnêteté amène à considérer qu’Emmanuel Macron ne fait ici que tirer un fil ouvert par ses prédécesseurs bien avant son arrivée à l’Elysée.

Le point saillant de l’entretien, largement repris par les commentateurs qui sont les premiers lecteurs d’un long texte de 20 pages, tient à l’opposition entre Moyen Age et Renaissance et à la comparaison de cette opposition à l’époque contemporaine. Le papier sur Figaro Vox des médiévistes Xavier-Laurent Salvador et Hubert Heckmann indique que « la comparaison historique est un exercice éminemment rhétorique qui en dit plus long sur les intentions ou le projet de celui qui s’y livre que sur les époques que l’on met en balance. »

La mention présidentielle sur le Moyen Age renvoie aux images d’Epinal des grandes jacqueries, des grandes épidémies, des grandes peurs. La référence est transparente avec l’affaire des gilets jaunes et la pandémie covid-19, les deux événements majeurs du quinquennat en cours. Comme le précisent Salvador & Heckmann, ces événements se sont autant déroulés durant la modernité : chasse aux sorcières au XVIème siècle, Grande Peur préalable à la révolution de 1789. Les rattacher au Moyen Age vise surtout à disqualifier cette période considérer comme instable et éruptive, sur la base d’une historiographie datée totalement remise en cause depuis longtemps par les travaux de Georges Duby et Dominique Barthélemy.

La référence à la Renaissance est ensuite construite sur les perspectives optimistes ouvertes par le retour à un fonctionnement normal de la société lié à la sortie de la crise sanitaire qu’on souhaite heureuse. Outre cet élément de fait de court terme, on retrouve des éléments du catéchisme progressiste pour lequel le présent et l’avenir sont nécessairement positifs et les oppositions à la marche triomphale du progrès s’appuient principalement à des forces passéistes, qu’il faut, à l’instar des marxistes de la grande époque, renvoyer « dans les poubelles de l’histoire ».

Donc on peut considérer que l’opposition Moyen Age-Renaissance vise avant tout à justifier l’état actuel de la société et de l’équilibre des pouvoirs en donnant un caractère répulsif à la fois au passé et aux oppositions du présent rangés dans le même sac.

Pour vous, l’évocation d’une nouvelle renaissance sonne faux et c’est plutôt du côté de Mad Max, le film culte des années 80 qu’il faut regarder pour apprécier le monde qui nous attend, pourquoi ?

La référence optimiste à la nouvelle Renaissance sonne moins faux qu’elle ne renvoie comme indiqué précédemment à une vision et des objectifs politiques par construction subjectifs. Il est donc tout à fait possible d’avoir une vision totalement différente sur la base des difficultés et défis majeurs qui se présentent au pays : dégradation de l’économie et compétitivité industrielle, situation des finances publiques puisqu’il faudra bien un moment sortir du « quoi qu’il en coute », performance des services publics et organisation administrative passées au laser de la crise sanitaire durablement marquée par de multiples et répétitives pénuries.

En surplomb de tout cela, le débat est ouvert à la fois sur la perte de contrôle sur les fonctions régaliennes de l’Etat, fonctions primaire au sens de Thomas Hobbes, et sur la transition marxienne primaire de la lutte des classes vers la confrontation des races et des sexes. Sur ce point et suivant l’acception obscurantiste du Moyen Age d’Emmanuel Macron, on peut presque considérer qu’on entre dans une période de régression nous ramenant à l’image d’Epinal d’un Moyen Age arriéré et dangereux.

En opposition totale avec la figure de style optimiste de la Renaissance, on peut au contraire identifier des analogies marquantes de l’époque avec le film Mad Max de 1979 . Le premier opus de la franchise, le plus anxiogène car cohérent avec les sociétés occidentales contemporaines, présente une société déstructurée et violente, où la criminalité se généralise du fait de l’effondrement de la justice, où le héros passe de la renonciation à la vengeance sauvage et où au final le chaos se répands sur fond d’effondrement civilisationnel. C’est exactement ce à quoi il ne faut pas parvenir.

La campagne présidentielle qui s’annonce avec les candidats qu’on connaît déjà et les débats qui se mettent en place, cette campagne vous parait-elle de nature à permettre l’accouchement d’une France réinventée ?

Il y a d’abord les stabilités du dispositif institutionnel français depuis la mise en place du quinquennat en 2000 et l’inversion du calendrier entre élections présidentielles et législatives. Maxime Tandonnet rappelle régulièrement les difficultés issues de cet arrangement via la personnalisation excessive et les espoirs inouïs portés sur une unique personne sur laquelle pèsent ensuite de multiples récriminations et frustrations, tout cela sur le fond de l’« l’absolutisme inefficace » de Jean-François Revel.

Concernant Emmanuel Macron, l’article de Zadig permet de comprendre que ses thématiques de campagne vont concilier des sujets nouveaux liés aux événements exceptionnels et inédits qu’il a rencontrés durant son quinquennat (désindustrialisation, préservation des services publics) tout en gardant plusieurs stabilités par rapport à la campagne de 2017.

Il y a d’abord l’optimisme, marqueur majeur de 2017, qui se transforme en « confiance » dans la « Renaissance » à venir.

Mais il y aussi la thématique de l’identité et de l’immigration, où Emmanuel Macron continue à considérer qu’il s’agit d’un « chance pour notre pays », la Seine-Saint-Denis comptant ainsi « le plus grand nombre de créations de start-up par habitant ».

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