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Viols en pleine rue à Paris: où sont les féministes?

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ANALYSE – La situation d’insécurité dans le nord-est parisien est révélatrice de la gêne qui s’empare du féminisme de gauche quand les coupables n’appartiennent pas au camp des «dominants».

Par Eugénie Bastié Publié le 27/05/2021 LE FIGARO

Le quartier de Stalingrad à Paris, durant la nuit. Erez Lichtfeld/SIPA/Erez Lichtfeld/SIPA

Ce sont des images atroces, tournées par des riverains en plein cœur de la capitale dans le quartier de Stalingrad dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 mai. On y voit une femme se faisant violer sur la voie publique par un homme dans un état second.À découvrir

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Arrêté et reconnu par sa victime, le suspect a été placé en garde à vue pour «viol par personne en état d’ivresse et trafic de stupéfiants». Un autre viol perpétré par deux toxicomanes a eu lieu une semaine plus tard. Bizarrement, ces affaires n’ont pas suscité l’indignation qu’elles méritent de la part des milieux féministes.

Est-ce parce qu’elle est survenue au cœur d’un quartier rebaptisé «Stalincrack» par ses habitants excédés, où migrants et toxicomanes envahissent l’espace public?

Une étrange discrétion

D’ordinaire promptes à se saisir du moindre fait divers pour mettre en cause l’État et les politiques publiques et demander davantage de moyens, les associations féministes sont restées étrangement silencieuses. Ainsi, Osez le féminisme a à peine réagi avec un simple tweet. L’association Nous Toutes, pourtant en pointe dans la dénonciation de la «culture du viol», n’a pas daigné non plus s’indigner. Quant à la présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, elle s’est émue, non pas des faits, mais du fait que la vidéo ait été partagée sur les réseaux sociaux. «C’est inhumain» a-t-elle commenté, réclamant son retrait (à juste titre). Acharnées à demander qu’on nettoie les rédactions des «boys’ club» (espaces de conversation masculins) après l’emballement disproportionné de la «Ligue du LOL», les néoféministes gardent leurs indignations en poche dès que les faits interviennent dans les territoires perdus de la République.

Cette discrétion des militantes féministes à l’égard de la situation des femmes dans les quartiers du nord-est de Paris, dont certaines se livrent à la prostitution en plein jour tandis que d’autres n’osent plus sortir seules, pourrait paraître anecdotique si elle n’était révélatrice de la gêne qui s’empare du féminisme de gauche quand les coupables n’appartiennent pas indubitablement au camp des «dominants». Car ce n’est pas la première fois qu’un tel double standard se déploie.

En 2017, un collectif de riverains SOS La Chapelle alertait sur la situation des femmes dans le quartier de la Chapelle Pajol, dans le 18e arrondissement. Insultes, vols à la tire, sifflements systématiques: les femmes excédées affirmaient qu’elles étaient privées d’accès à l’espace public par des hommes, passeurs, migrants, dealers qui occupaient la rue en permanence. C’est alors que la militante Caroline de Haas, à l’époque candidate aux législatives dans cet arrondissement, avait proposé pour répondre à ce problème de harcèlement systématique d’«élargir les trottoirs pour qu’il y ait plus de place et qu’il n’y ait pas de cohue dans ces endroits-là».

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«Deux poids, deux mesures»

Plus pragmatique, la secrétaire d’État pour l’Égalité entre femmes et hommes, Marlène Schiappa, avait proposé de faire voter une loi pour pénaliser le harcèlement de rue. Une proposition qui aurait dû ravir les féministes ; pourtant, dans Libération, une quinzaine d’universitaires avaient pris position contre une mesure jugée stigmatisante. «En insérant la catégorie “harcèlement de rue” dans le domaine pénal, la rue devient précisément la cible renouvelée des politiques publiques. Du même coup, elle vise les populations qui l’occupent, lesquelles appartiennent souvent aux fractions paupérisées et racisées», écrivaient les signataires.

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Lorsque la jeune adolescente Mila a reçu une avalanche de menaces de mort, d’appels au viol et d’injures sexistes pour avoir insulté l’islam, là encore les principales associations féministes sont restées muettes. «C’est un sujet sur lequel on a choisi de ne pas se prononcer», avait avoué Alyssa Ahrabare, une porte-parole d’Osez le féminisme.

Dans un entretien au JDD en juillet dernier, Marlène Schiappa avait assez courageusement rompu avec ce «deux poids, deux mesures» en affirmant au sujet des migrants coupables de viol: «C’est du bon sens: si la maison de votre voisin s’effondre, vous l’accueillez. Mais s’il se met à tabasser votre sœur, vous le virez!» Ces paroles plutôt lucides ont été qualifiées de «discours fémonationaliste indigne» dans une tribune publiée dans le même journal par une trentaine de féministes militantes (parmi lesquels Laurence De Cock et Caroline De Haas) qui y décelaient une forme de «diversion xénophobe».

Obsédées par l’idée que le sexisme est une maladie occidentale, elles refusent de voir la possibilité d’un patriarcat d’importation. Quiconque refuse le «deux poids, deux mesures» et dénonce les violences d’où qu’elles viennent, quiconque n’adhère pas au discours féministe intersectionnel qui postule une convergence des luttes entre femmes et damnés de la terre est taxé de «féminisme identitaire» ou de «féminationalisme». Alors que le mouvement Ni putes ni soumises, qui entreprenait de dénoncer le sexisme dans les territoires perdus de la République, a progressivement disparu faute de subventions, il est à craindre hélas que ce discours d’aveuglement volontaire devienne de plus en plus dominant.

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