MEMORABILIA

«Emmanuel Macron, l’“archipellisation” du discours»

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L’éditorial du Figaro, par Yves Thréard. 31 mai 2021

Yves Thréard. Le Figaro

La théorie résiste rarement à la pratique. À son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron voulait avoir la parole rare. Ainsi pensait-il renouer avec la geste gaullienne par la grandeur du verbe et de l’image, redonner un lustre jupitérien à la fonction par un exercice vertical du pouvoir. L’expérience montre que l’action n’a pas épousé l’intention. Le chef de l’État est presque aussi bavard que son prédécesseur, presque aussi omniprésident que Nicolas Sarkozy. Il est partout, sur tous les dossiers, même les plus anodins. Le style, c’est l’homme, dit-on. Bien malin celui qui pourrait définir le sien, car il est tout à la fois: un jour, dans une conversation sans queue ni tête avec deux youtubeurs ; le lendemain, dans l’évocation, sur papier glacé, d’une France qui serait aujourd’hui comparable à celle du début de la Renaissance!

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On cherche la logique. Celle-ci s’adapte, bien sûr, aux circonstances. Face aux «gilets jaunes», Emmanuel Macron a estimé qu’il était le seul à pouvoir éteindre le feu qu’il avait allumé. À l’occasion du déconfinement, il va entamer, cette semaine, un tour de France qui n’est pas sans arrière-pensées, à quelques mois de l’élection suprême. À ceux qui le lui reprocheront, il pourrait répliquer qu’avec le quinquennat le temps politique a changé. Un président de la République est désormais en campagne 24 heures sur 24.

Mais, au-delà, cette boulimie de communication tous azimuts reflète surtout le mauvais état du pays. Celui d’une nation de plus en plus divisée, fracturée, déchirée, que le développement des réseaux sociaux n’arrange pas. Chaque discours est donc destiné à un public précis qu’il flatte dans le sens de ce qu’il veut entendre. Ainsi, sur la délinquance, Emmanuel Macron exprime-t-il sa fermeté devant des forces de l’ordre en colère et sa bienveillance auprès d’un auditoire de jeunes qui hurlent à la «stigmatisation». Le «en même temps» ne rassemble pas, il creuse les oppositions, il met face à face. Depuis quatre ans, l’«archipellisation» de la parole présidentielle n’a pas peu contribué à la confusion.

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