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Gérard Araud – Les trumpistes contre-attaquent

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CHRONIQUE. Les républicains font toujours bloc derrière l’ancien président. Face à eux, Joe Biden tente d’unifier démocrates modérés et radicaux.

Dans le Michigan, on a deja plante un panneau appelant a voter Donald Trump en 2024.
Dans le Michigan, on a déjà planté un panneau appelant à voter Donald Trump en 2024.© JEFF KOWALSKY / AFP

Par Gérard Araud. Publié le 31/05/2021 LE POINT

L’élection de Joe Biden n’a pas mis un terme à la crise politique qu’avait révélée, en 2016, la victoire inattendue de Donald Trump. Tout au contraire puisque le Parti républicain est repris en main par celui-ci et choisit une opposition sans concession à une politique qualifiée d’« extrême gauche » ou de « socialiste ». Or, étant donné l’étroitesse de la majorité démocrate au Sénat – une voix, celle d’un démocrate conservateur élu dans un État où Trump l’a emporté de 38 points ! –, la conséquence est que Biden risque d’être incapable d’y faire voter les grandes réformes qu’il envisageait. Déjà, l’ouverture à tous de la couverture sociale dont bénéficient aujourd’hui les plus de 65 ans est reportée et le périmètre du plan d’infrastructures révisé à la baisse ; de son côté, la protection fédérale de l’exercice du droit de vote paraît mise de côté. Or, en général, le parti qui tient la Maison-Blanche perd les élections législatives dites intermédiaires qui pourraient donc permettre aux républicains de reprendre, dès novembre 2022, la majorité dans une ou même les deux chambres, où l’avantage de leurs adversaires est aujourd’hui faible. Ce serait alors la fin réelle de la présidence Biden à deux ans de l’officielle.

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Cette contre-offensive républicaine se fait autour des thèmes et sur le ton dont Trump a prouvé l’écho dans l’opinion publique. C’est un parti désormais résolument populiste, combatif, voire agressif, qui ne défend pas de programme spécifique, mais souffle sur les braises de la peur et du ressentiment d’un électorat qui, en majorité, ne reconnaît toujours pas l’élection de Joe Biden. Dans ce parti « trumpifié », les modérés savent que le choix qui leur est offert est de se soumettre ou de se démettre. Ils se taisent donc. Les élections de novembre 2020 où Trump a accru de 11 millions son résultat par rapport à 2016 semblent d’ailleurs prouver que ceux-ci se bouchent le nez et restent fidèles à leur parti. Ils se disent qu’après tout, quels que soient les excès oratoires du président sortant, il n’a pas si mal gouverné, en nommant des juges conservateurs et en accélérant la croissance économique. Paris vaut bien une messe…

La majorité présidentielle divisée

En revanche, aucune unité du côté démocrate, où la récente crise entre Israël et le Hamas a rappelé les divisions qui y opposent la gauche, qui se sent le vent en poupe, et les centristes, qui dominent l’administration. La première a adopté, à cette occasion, un discours critique à l’égard d’Israël. Biden, qui connaît bien les réalités électorales américaines, a, au contraire, réaffirmé à plusieurs reprises son soutien à l’État juif. Une autre tension qui traverse aujourd’hui le Parti démocrate porte sur la modification des règles de vote au Sénat, réclamée par la gauche, pour ramener la majorité de 60 voix à 51 afin de faire voter le programme du président. Les modérés hésitent de peur d’en subir à leur tour les conséquences lorsque les républicains, tôt ou tard, reprendront le contrôle de l’assemblée. En outre, ils savent que les Américains n’aiment pas qu’on touche aux institutions.

Ces controverses ne sont que le symptôme des tensions profondes qui traversent la majorité présidentielle. La gauche veut réformer profondément le pays, mais, de leur côté, les modérés se rappellent qu’ils ont perdu 15 sièges à la Chambre, en novembre 2020. Ils savent qu’ils l’avaient emporté en 2018 grâce au basculement des banlieues pavillonnaires où s’installent les classes moyennes blanches et qu’ils ont besoin de fidéliser ces électeurs. Or, ils ont tous lu une étude qui révèle que les circonscriptions qui ont subi les troubles les plus graves durant l’été dernier, après la mort de George Floyd, ont viré à droite en novembre.

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Les Européens ont toujours eu des difficultés à le comprendre, mais les États-Unis, en comparaison avec notre continent, sont un pays conservateur. La presse se gargarise d’AOC, Alexandria Ocasio-Cortez, mais son intelligence, son éloquence et son énergie ne doivent pas nous faire oublier qu’elle est l’élue du Bronx à New York, la circonscription la plus à gauche du pays. Les républicains se font d’ailleurs un plaisir de la mettre en avant pour effrayer les électeurs centristes et plusieurs membres démocrates de la Chambre des représentants m’ont confié qu’ils préféreraient qu’elle soit moins présente dans les médias.

En d’autres termes, aujourd’hui, Joe Biden est dans une impasse face à un Parti républicain intransigeant qui a les moyens et la volonté de bloquer, au Sénat, l’essentiel de son programme. Il n’a que dix-huit mois pour agir avant les élections de novembre 2022. Voudra-t-il et pourra-t-il franchir le pas de la réforme des règles de vote au Sénat ? Vu d’Europe, ce n’est rien ; ici, ce serait une révolution. S’il écoute les modérés et ne s’y résout pas ou s’il ne le peut pas, alors sa présidence reflétera le blocage des institutions américaines et restera bien en deçà de ses ambitions.

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