MEMORABILIA

Quand «les mensonges» de Trump deviennent la vérité de Biden

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ANALYSE –L’an dernier, Trump avait émis l’hypothèse d’un accident de laboratoire à Wuhan, qui serait à l’origine de la pandémie actuelle, provoquant une levée de boucliers. Un an après, son successeur en appelle à une enquête détaillé sur le thème.

Par Laure Mandeville LE FIGARO. 2 juin 2021

Joe Biden lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, à Washington, le 2 juin. MANDEL NGAN/AFP

C’est un véritable tête-à-queue que les médias et les réseaux sociaux américains sont en train d’opérer, sans trop s’en vanter, sur la question de l’origine du virus qui a bouleversé nos vies et suspendu la marche du monde. Tout à coup, ce que l’on nommait mensonges, fake news et racisme antichinois quand Donald Trump évoquait l’an dernier le fait que le Covid pourrait avoir été fabriqué dans le fameux laboratoire de Wuhan, devient de l’ordre du possible quand Biden appelle à une enquête détaillée sur ce thème. Un contraste de traitement qui révèle une définition à géométrie variable de la «vérité», très difficile à digérer pour ceux d’entre nous qui restent attachés à la liberté de parole.

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Illustration de ce retournement, la compagnie Facebook, poids lourd des réseaux sociaux qui avait été jusqu’à censurer tous les textes qui émettaient l’hypothèse d’un virus fabriqué en laboratoire, parlant de «désinformation», est ainsi piteusement revenue sur sa décision la semaine dernière. En février, elle avait en effet banni «les fausses accusations» sur l’origine humaine du Covid-19, après «avoir consulté les principales organisations de santé», dont l’OMS. Mais au regard des éléments nouveaux révélés par le Wall Street Journal sur trois collaborateurs du laboratoire de Wuhan tombés malades en novembre 2019, elle vient d’annoncer qu’elle ne censurerait «plus les affirmations selon lesquelles le Covid pourrait avoir été conçu de main humaine».

Ce fiasco intellectuel n’éclabousse pas seulement Facebook, et les milieux scientifiques sur lesquels la plateforme s’est appuyée, dont l’OMS, connue pour la connivence de certains de ses cadres avec Pékin, un très gros contributeur. Le sujet est dévastateur pour l’écrasante majorité des médias nationaux, qui avaient écarté avec condescendance l’hypothèse du virus de laboratoire, malgré les tentatives de personnalités républicaines comme le sénateur Tom Cotton pour alerter sur les zones d’ombre du laboratoire de Wuhan. Loin de peser les pour et contre des différentes versions possibles, ils ont systématiquement exclu l’idée d’un virus créé par les hommes, parlant de «théorie marginale et suspecte», alors même que des esprits plus indépendants, comme le biologiste Bret Weinstein par exemple, la défendaient. Pourquoi?

La théorie sur le labo de Wuhan est un avertissement aux médiasHolman W. Jenkins dans le «Wall Street Journal»

D’abord parce que la haine de Trump était si forte qu’il fallait absolument disqualifier toute idée qu’il aurait défendue. «Dire que la question demeurait ouverte n’était pas un titre qui attirait des clics. Un titre tel que “la théorie d’une fuite du virus d’un labo prouve à nouveau l’incompétence de Trump”, lui, faisait du clic», écrit Bret Stephens, l’un des rares éditorialistes conservateurs du New York Times, dans un article très critique sur le sujet, qui dénonce «la pensée en meute» des médias.

Les journalistes s’en sont en fait aveuglément remis à la communauté scientifique comme à une autorité incontestable, curieux réflexe vu le pataugeage généralisé des médecins sur la pandémie et l’obscurité entourant le fonctionnement de l’État chinois. L’idée que l’hypothèse allait alimenter le racisme anti-asiatique a aussi joué son rôle pour éluder le débat.

Toutes «ces bonnes raisons» ne sont évidemment pas convaincantes. Mais, fait frappant, personne ne se livre au moindre mea culpa, préférant visiblement escamoter un sujet devenu embarrassant. Le site Vox, qu’utilise Facebook pour établir la vérification de faits polémiques, a carrément réécrit certains passages de ses anciens articles, pour ne pas apparaître, a posteriori trop partial sur le sujet de l’origine du virus, révèle la journaliste Nickie Louise dans le journal TechStartups«La décision notable de Facebook montre les difficultés des plateformes à faire la part des choses entre protéger les lecteurs contre la désinformation et laisser le débat exister», se contente de noter le Washington Post pour expliquer les errements. Une analyse un peu courte. Car ce que l’épisode de Wuhan exprime une fois de plus avec force est le rôle exorbitant que se sont arrogé les plateformes en matière d’information, en raison de leur qualité de support, alors qu’elles ne peuvent être les arbitres de la vérité. Mais aussi la tendance à occulter, à caricaturer voire à censurer, par idéologie, manichéisme ou simple suivisme, qui traverse la presse. «La théorie sur le labo de Wuhan est un avertissement aux médias», note justement Holman W. Jenkins dans le Wall Street Journal.

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La totale remise à plat du fonctionnement des plateformes et le retour à l’humilité et à l’honnêteté journalistique pour les médias devraient être des priorités, si l’on veut arrêter la ruée vers les théories complotistes.

Car plus les grands médias se discréditent, plus la sécession mentale des lecteurs citoyens sera massive. «Quand on donne des leçons aux gens sur les dangers de la désinformation, il vaut mieux ne pas en alimenter le moulin soi-même», conclut Bret Stephens.

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