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Guillaume Tabard: «Cinq mois de plus pour ne pas aboutir»

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CONTRE-POINT – Pour choisir son champion à la présidentielle de 2022, Les Républicains ont décidé de ne rien décider. À savoir: on prend acte que personne n’apparaît en prétendant naturel et incontesté ; on est d’accord pour constater qu’on n’est pas d’accord sur la méthode ; et maintenant qu’est-ce qu’on fait?

Par Guillaume Tabard. LE FIGARO. 9 juin 2021

Christian Jacob. VALERY HACHE/AFP

Il y avait deux Jacques Chirac. Le disciple du « petit père » Queuille qui estimait qu’« il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne parvienne à résoudre ». Et le bretteur partant à la présidentielle contre tous les sondages – et ceux qu’ils impressionnent – et considérant qu’une candidature ne pouvait être le fruit d’aucune enquête d’opinion, quelle que soit la taille de son échantillon. Pour choisir son champion à la présidentielle de 2022, Les Républicains, parti héritier de l’ancien président, a décidé de suivre le premier Chirac et d’ignorer le second.

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Sous la trop subtile complexité d’un processus destiné à préparer la mise en place d’une procédure qui conduira, ensuite, à désigner un candidat, le parti de Christian Jacob a en fait décidé de ne rien décider. En sachant pertinemment que, dans cinq mois, le problème se posera exactement dans les mêmes termes qu’aujourd’hui. À savoir: on prend acte que personne n’apparaît en prétendant naturel et incontesté ; on est d’accord pour constater qu’on n’est pas d’accord sur la méthode ; et maintenant qu’est-ce qu’on fait? Étant entendu que, d’ici là, Xavier Bertrand n’aura pas interrompu sa campagne, Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez pas attendu pour se lancer et Emmanuel Macron pas demandé l’autorisation de poursuivre ses débauchages individuels à droite.

L’estimé Jean Leonetti s’est vu confier la mission impossible de trouver la formule magique. Pour cela, il est chargé de rencontrer tout le monde puis de proposer une méthode à laquelle chacun sera prié de se plier. Soit exactement le travail qu’était censé accomplir Gérard Larcher depuis le lendemain des municipales. Le président du Sénat devait, déjà, trouver une «méthode de départage». Mais une originalité sémantique n’a jamais fait une solution politique. Ceux qui ne voulaient à aucun prix d’une primaire (Xavier Bertrand, François Baroin, Christian Jacob) n’en veulent toujours pas ; et ceux qui en exigeaient une (Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Michel Barnier, David Lisnard) n’en démordent toujours pas.Il est audacieux de faire d’un sondage un critère de décision pour bloquer un Bertrand qui s’appuie lui aussi sur les sondages pour convaincre qu’il est le mieux placé

En un an, force est de constater que rien n’a avancé et que personne n’a bougé. Ou plutôt si, Xavier Bertrand s’est lancé officiellement sans en référer à sa «famille» d’origine. En reprenant la même méthode de défrichage, LR se donne donc quelques mois de plus pour ne pas aboutir.

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Il y a pourtant bien une différence entre l’opération Leonetti et l’opération Larcher: la première s’appuiera sur une «enquête» à la fois qualitative et nominative dont la direction du parti sait d’avance qu’elle ne permettra pas de dégager «le» nom qui s’imposera avec la force de l’évidence. Le sondage comme bouée de sauvetage est triplement surprenant. Il est curieux de dénoncer une procédure, la primaire reposant sur le vote de plusieurs centaines de milliers d’électeurs (4,4 millions en 2016), mais de s’en remettre à l’avis de 15.000 sondés. Il est audacieux de faire d’un sondage un critère de décision pour bloquer un Bertrand qui s’appuie lui aussi sur les sondages pour convaincre qu’il est le mieux placé. Il est enfin sidérant de voir des disciples de Chirac accoucher d’une méthode qui, à échéance équivalente, aurait conduit son parti à sommer le maire de Paris de s’effacer au profit d’Édouard Balladur.

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