MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Le Grand Effondrement n’est pas un complot»

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CHRONIQUE – Ceux qui se contentaient de qualifier les antisystème de «complotistes» se révèlent être les chiens de garde d’un monde à bout de souffle.

Par Ivan Rioufol LE FIGARO 10 juin 2021

Les antisystème auraient-ils raison? Leurs critiques contre une caste ankylosée par la routine et la bureaucratie trouvent un écho auprès du pouvoir lui-même. C’est par un communiqué, samedi, que l’Élysée a convoqué des «États généraux de la justice». Ils débuteront en septembre et dureront «plusieurs semaines». Le chef de l’État a également dit vouloir relancer la réforme des retraites, tout en renonçant à son complexe projet par points. Le ministre de l’Intérieur, face à l’explosion de la violence, a demandé aux préfets de lui fournir un «état des lieux». Il s’inquiète enfin de l’immigration. Ces réactions d’affolement répondent aux alertes jusqu’alors étouffées car connotées «populistes». Cependant, ce sursaut vient bien tard, à moins d’un an de l’échéance présidentielle. Rétrospectivement, le réformisme d’Emmanuel Macron, qui devait transformer la France, s’avère un mot creux.À découvrir

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Les vraies solutions ne s’improvisent pas dans l’urgence des faits. Ce quinquennat, qui s’achève dans la précipitation, a accumulé de petites choses bavardes et disparates. L’ensemble n’a pas de cohérence. Quelle doit être la place du juge dans la société? Et celle de la prison? Comment reconstituer l’autorité de l’État? Faut-il restreindre le périmètre des solidarités dans une société ouverte et éclatée? Cela fait des décennies que les thèmes sont évacués par des présidents fainéants, une classe politique paresseuse, des élites somnambules, des médias assoupis. La macronie se flatte d’avoir tenu sur la PMA pour toutes, discutée à nouveau depuis lundi devant le Parlement. «Le premier bébé né par PMA d’un couple de femmes ou d’une femme seule naîtra avant la fin du mandat», se réjouit Olivier Véran, ministre de la Santé. Mais ces flatteries de minorités, sexuelles en l’occurrence, s’accompagnent d’un désintérêt pour le bien commun.Le chef de l’État, qui avait promis la « Révolution » (titre de son livre), s’est inscrit dans la continuité d’une pratique gouvernementale qui n’émet plus que des sons, faute d’idées

La gifle reçue par le président, mardi à Tain (Drôme), est un symptôme spectaculaire du Grand Effondrement des institutions. Tout est à repenser et à rebâtir, hormis le peu qui reste solide. C’est pourtant par la déconstruction de l’ENA et du corps préfectoral, édifices encore performants, que le président a choisi d’imprimer sa marque. Les «États généraux de la justice», programmés en catastrophe après la mobilisation des policiers devant l’Assemblée nationale, n’apporteront rien qui ne soit connu des faiblesses matérielles de la justice et de l’idéologie de l’excuse sociale chez certains magistrats. L’hyper-violence, que Gérald Darmanin met sur le compte des «conséquences de la crise sanitaire», ne se réglera pas non plus sans remonter à sa source clanique et ethnique, c’est-à-dire à une «diversité» pour partie querelleuse. Rien ne sortira pareillement d’une énième réforme des retraites sans redonner aux Français le goût du travail.

Oui, les antisystème avaient raison de protester contre un pouvoir confisqué par des élites soucieuses de leur seule pérennité. Le chef de l’État, qui avait promis la Révolution (titre de son livre), s’est inscrit dans la continuité d’une pratique gouvernementale qui n’émet plus que des sons, faute d’idées. C’est ce champ de ruines intellectuel qui fait dire cette semaine à mon confrère Éric Zemmour, interrogé par la chaîne Livre noir, qu’il «réfléchit» à sa possible candidature pour 2022: il se verrait pallier la vacuité abyssale de la classe politique. Mais même cette ambition personnelle, construite sur les solides convictions de l’éditorialiste soutenu par un réseau populaire, est vouée à l’impasse. Seule la démocratie réactivée, notamment par des consultations et des référendums accessibles, peut redonner son expression à l’intelligence collective bâillonnée. La renaissance est l’affaire de tous.

Faux et vrais complotistes

En attendant, ceux qui se contentaient de qualifier les antisystème de «complotistes» se révèlent être les chiens de garde d’un monde à bout de souffle. L’accusation pavlovienne ne sert le plus souvent qu’à délégitimer la critique. Complotistes sont, aux yeux des médias enrégimentés, ceux qui alertent sur le Grand Remplacement, cette lente substitution démographique qui s’observe ici et là à l’œil nu. Complotistes, ceux qui regimbent devant l’Ordre sanitaire ou qui demandent à l’industrie pharmaceutique («Big Pharma») de freiner ses appétits financiers dans la course aux vaccins. Or il n’y a aucune conspiration à soutenir que le roi est nu et la République, fragile. La «tentative de gifle» (Élysée) dont Macron a été la victime est une alerte supplémentaire sur la haine d’une partie de la France périphérique contre des dirigeants jugés arrogants et déracinés. «Montjoie! Saint-Denis! À bas la macronie!», a crié l’agresseur, Damien T., présenté comme «gilet jaune». Cette humiliation de la fonction présidentielle est aussi la conséquence d’une désacralisation créée par le chef de L’État: sa récente «déconnade» élyséenne avec deux jeunes influenceurs, McFly et Carlito, n’avait rien de respectable.

Pour autant, il existe d’authentiques complotistes, que les médias ont du mal à désigner. Jean-Luc Mélenchon est de ceux-là. Commentant une panne d’Orange, qui a rendu ponctuellement inutilisables les numéros d’appel d’urgence, le leader de La France insoumise a suggéré un sabotage volontaire de l’entreprise en vue de justifier sa privatisation. Surtout, dimanche, Mélenchon a notamment fait un lien entre les attentats islamistes commis par Mohamed Merah en 2012 (sept morts, dont trois enfants juifs) et la présidentielle de l’époque. Il a expliqué: «Vous verrez que lors de la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre (…). Tout ça, c’est écrit d’avance. Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau. Nous aurons l’événement gravissime qui va une fois de plus permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile.» L’extrême gauche est fascistoïde quand elle use de la violence et s’allie à l’islamisme judéophobe. Samedi, elle appelle sans vergogne à manifester «pour les libertés, contre les idées d’extrême droite», sans relever le sectarisme de son mot d’ordre. À quand un cordon sanitaire pour isoler Mélenchon, menace pour la démocratie?

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La mort du bac

Dans le Grand Effondrement, le bac est déjà à terre. En 2020, le taux de réussite a été de 96 %. Cette année, le contrôle continu comptera pour 80 % de la notation. Le «grand oral» sera préféré à l’épreuve écrite. Les universités devront-elles à leur tour lever les barrières?

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