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À Fréjus, “on n’est pas très loin de la guerre civile”

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Insécurité Dans la cité varoise, les émeutes du quartier de La Gabelle prennent de plus en plus d’ampleur, alors que la municipalité tente de lutter contre les trafi cs. Un combat où le maire, David Rachline, déplore l’abandon de la justice et de l’État. 

Par  Thomas Nasri Publié le 13 juin 2021 VALEURS ACTUELLES

Le quartie de La Gabelle à Fréjus est pourri par les violences. Crédit : P ARNASIN/NICE MATIN/MAXPPPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Nouvelle nuit de tension dans le quartier de La Gabelle à Fréjus. Dans la presse locale, l’information est devenue aussi banale qu’un résultat sportif. Semaine après semaine, mois après mois, un épisode de violences secoue ce quartier de Fréjus, où se concentre une population essentiellement immigrée. Début mai, trois policiers y sont blessés à coups de projectiles, jets de pierres et cocktails Molotov, tandis qu’un véhicule de la police municipale est incendié. Mobilier urbain arraché, voitures brûlées, vitrines de commerces détruites, « c’est une scène de chaos et une déferlante de haine jusqu’à 3 heures du matin », témoigne David- Olivier Reverdy, secrétaire national adjoint Province du syndicat Alliance Police nationale.A LIRE Fréjus : les policiers découvrent une plantation de 337 plans de cannabis

La raison ? « Ça part d’un simple contrôle en période de confinement pour demander à des jeunes de regagner leur domicile, puisqu’en plus ils font des nuisances aux riverains, qui sont empêchés de dormir. Et ça se finit en guet-apens », déplore le syndicaliste. Un prétexte à la violence qui fait réagir jusqu’au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, selon qui il faut « faire respecter l’ordre républicain ». Mais pour le maire de la ville, David Rachline, joint par Valeurs actuelles, la problématique a depuis longtemps dépassé le simple maintien de l’ordre : « Ils s’en prennent à tout ce qui représente la France, l’État ou les collectivités territoriales. Quelles que soient les circonstances. »

Le règne du communautarisme

Pour l’élu Rassemblement national, la logique de sécession qui est à l’oeuvre remonte à près d’une décennie. À l’occasion des élections cantonales de 2011, « mon prédécesseur, Élie Brun (UMP), a signé un permis de construire pour une grande mosquée, implantée directement à La Gabelle, afin de me faire battre. » Une manoeuvre « révélée dans la presse », précise David Rachline, par le directeur de cabinet d’Élie Brun, Philippe Michel-Kleisbauer, désormais député La République en marche. Au soir des municipales de 2014, Élie Brun constate dépité que les musulmans du quartier de La Gabelle n’ont malgré tout pas voté pour lui. « Après ce que j’ai fait pour eux, putain… Ils iront faire leur mosquée tout seuls, qu’ils m’emmerdent plus », lance-t-il devant les caméras de Canal+.

Une fois élu, David Rachline se bat devant la justice pour faire fermer la mosquée, dont le permis irrégulier vaut une condamnation à dix-huit mois de prison et cinq ans d’interdiction d’exercice de toute fonction publique à Élie Brun. Ainsi que 60 000 euros d’amende à l’association El Fath qui gère la mosquée et 15 000 euros à son président. « Il pouvait y avoir débat sur le besoin d’une mosquée pour les fi dèles, confi e l’élu RN. Mais il ne fallait pas qu’elle soit à cet endroit-là. » Quand ses opposants se gargarisent de voir la mosquée maintenue en place au fi l des ans, David Rachline déplore un quartier où s’accumulent « déjà trop de ratés dans l’éducation, l’assimilation. » À ses yeux, la religion vient « éloigner un certain nombre de gens de la République, parce que les prêches ne sont pas toujours très républicains ».A LIRE « Ça part d’un simple contrôle » : une nuit de violences urbaines à Fréjus

Réélu dès le premier tour en 2020, le maire de Fréjus assure défendre « la plupart des gens de La Gabelle, qui sont les premiers à subir la situation ». Avant de s’attaquer aux 25 % de logements sociaux imposés aux mairies, sans critère de nationalité, ce qui entraîne « toujours plus d’immigration dans nos territoires et une montée puissante du communautarisme ». À La Gabelle, les matchs de football de l’équipe nationale du Maroc, exutoires identitaires, engendrent régulièrement des débordements. Durant la Coupe d’Afrique des nations, en 2017, « une trentaine de jeunes cagoulés », selon Var-Matin, bloquent ainsi la route du quartier en mettant le feu à du mobilier urbain avant de caillasser passants et forces de l’ordre. Rebelote quelques mois plus tard, après la qualifi cation du Maroc pour la Coupe du monde, lorsque les policiers sont obligés d’utiliser grenades lacrymogènes et tirs de Flash-Ball pour arriver à disperser la foule.A LIRE Couvre-feu à Fréjus : David Rachline veut « rétablir l’ordre »

Une justice aux abonnés absentsA LIRE David Rachline quitte le Sénat pour rester maire de Fréjus

Priorité de David Rachline depuis son élection, la lutte contre les trafi cs est menée tambour battant par les forces de l’ordre. Plusieurs opérations conjointes des polices municipale et nationale sont menées chaque année à La Gabelle, permettant d’interpeller des dealers en fl agrant délit et de saisir plusieurs kilos de drogue dissimulés dans des espaces communs, des caves, des jardins… En 2017, le passeur ravitaillant La Gabelle en cannabis depuis l’Espagne et le Maroc est ainsi arrêté. La même année, les forces de l’ordre découvrent cannabis, cocaïne, revolvers, fusil à lunette et 42 000 euros en billets chez un habitant, qui assure conserver tout cela « pour quelqu’un d’autre », rapporte Var-Matin. Dans l’opération, dix individus sont interpellés pour trafi c de drogue.

« On a une police qui fait bien son travail, résume le maire de Fréjus. Mais la justice est d’un tel laxisme et d’une telle soumission à la délinquance, que le problème s’aggrave au fi l du temps. » Et l’élu de citer le cas d’un dealer récemment interpellé avec 10 kilos de résine de cannabis, pour n’être condamné qu’à moins de six mois de bracelet électronique à porter chez lui. « Une partie des juges ont une idéologie bien précise et le garde des Sceaux ne fait pas son boulot, alors qu’on a des jeunes de plus en plus radicaux », lance l’élu RN. Pendant ce temps, la situation tourne au drame pour la population vivant sous le joug des trafiquants. En 2017, une jeune femme de 20 ans se défenestre du deuxième étage d’un immeuble à Fréjus, afin d’échapper à une famille à la tête d’un réseau de drogue. Séquestrée, menacée d’un couteau, elle fi nit avec de graves fractures aux pieds pour retrouver la liberté.

Pour ne plus être dérangés dans leurs trafics, les délinquants de La Gabelle prennent un malin plaisir à découper chaque poteau où est placée une caméra de vidéosurveillance. « Les caméras ne ciblent pas particulièrement ce quartier- là et je ne céderai rien, répond David Rachline. J’ai mis de nouveaux poteaux de dix mètres de haut, en béton armé pour ne plus qu’ils soient sciés. C’est un peu impressionnant à voir, mais c’est ma responsabilité de maire. » Fréjus est passé du refus de se plier à la loi des délinquants aux émeutes, jusqu’à celle de début mai. Face à des pics d’une centaine d’assaillants, le maire ne peut alors compter que sur 15 personnes, policiers nationaux, municipaux et gendarmes confondus. « Les eff ectifs ne sont pas du tout à la hauteur, dans une situation pas très loin de la guerre civile », confi e l’élu.

“L’État est totalement défaillant”

À la suite du bilan de trois policiers blessés, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, assure mener une « guerre de l’État contre l’islamisme radical et le trafi c de stupéfi ants » et envoie 70 CRS en renfort. « Darmanin se contrefout des émeutes, à moins qu’elles prennent de l’ampleur médiatique », réplique David Rachline. « J’avais écrit quatre courriers au préfet pour dire que ça dégénérait, sans jamais recevoir le moindre renfort. Les 70 CRS sont restés quelques jours et l’on s’est de nouveau retrouvé à une quinzaine. Darmanin fait la tournée des commissariats pour dire qu’il soutient les gens qui ont été agressés. C’est bien, sauf que rien n’est réglé sur le fond. L’État est totalement défaillant. »

À son échelle, le maire de Fréjus vient d’annoncer le recrutement de quatre policiers municipaux supplémentaires. Il milite aussi pour l’élargissement des pouvoirs du maire et de la police municipale, afin de pouvoir sanctionner davantage les délinquants. Mais il reconnaît volontiers ses limites, sur CNews, alors que « le même type d’émeutes a lieu à Cannes, dans la région Paca et dans le pays entier »« Il y a une vraie politique nationale à changer, afi n que l’État fasse enfi n son boulot », conclutil dans nos colonnes. Pour l’élu Rassemblement national, 2022 ne saurait arriver trop vite.

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