MEMORABILIA

«Faits et gestes» N°11 : L’ombre de Sarkozy

LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – Une analyse percutante des détails de l’actualité de la semaine écoulée.

Par Ivan Rioufol LE FIGARO, 13 juin 2021

Chers lecteurs,

Voici quelques-unes de mes notes (non utilisées) de la semaine écoulée :

Lundi 7 juin : Les Républicains se cherchent, on le sait, un candidat désespérément : ce dernier semble être aussi rare qu’un puits d’eau claire dans le désert. Il se trouve que j’en ai rencontré, en des lieux différents, deux de ces adhérents ayant leurs entrées dans les sommets. Ils m’ont dit la même chose sans s’être concertés : ils ne voient que Nicolas Sarkozy ! Pour eux, personne « n’écrasera le match » parmi les candidats actuels (Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, François Baroin, Éric Ciotti, David Lisnard, Nadine Morano, etc). Il se dit – je répète là des confidences entendues – que l’ancien chef de l’État se tiendrait prêt pour un retour, en dépit des procès en cours et des possibles condamnations attendues. J’avoue être dubitatif sur la sous-évaluation de l’aspect judiciaire, qui me semble être un boulet accroché à la cheville de Sarkozy. Mais il est vrai que l’institution judiciaire a perdu de son autorité dans sa chasse aux puissants. Sarkozy a d’incontestables talents d’homme d’Etat. Il rassurerait les marchés financiers dans une période qui s’annonce troublée. Mais les électeurs sont-ils prêts à oublier ses promesses non tenues et ses inutiles ouvertures à ses adversaires ? Une candidature Sarkozy serait en tout cas une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron, qui risquerait alors de ne pas accéder au second tour. Rendez-vous à la rentrée, au plus tard en novembre, pour y voir plus clair…

Mardi 8 juin : Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, annonce sur RTL la possibilité d’une quatrième vague à la rentrée. Il défend le port du masque à l’extérieur « jusqu’au 30 juin au moins ». Je n’arrive toujours pas à comprendre comme le gouvernement se laisse apparemment dicter ses choix par ce marchand de peur. À l’évidence, l’épidémie est en train de disparaître, comme elle avait disparu l’année dernier sous le même effet saisonnier. À quoi bon forcer les gens à porter dehors ce masque de la soumission ? Tous les épidémiologistes répètent qu’un tel accoutrement ne sert à rien ! J’attends avec impatience une prise de recul sur la gestion de cette épidémie, qui n’a donné la parole qu’aux « enfermistes » et à voulu ridiculiser les « rassuristes » (dans le camp desquels je me range bien volontiers). Je vois bien également la cabale médiatique qui se déchaîne contre le professeur Didier Raoult, sous l’impulsion d’une poignée d’influenceurs qui sont scientifiques comme je suis archevêque. Ce mardi, Raoult compare d’ailleurs cette meute aux méthodes de Je suis partout, ce journal qui s’était perdu dans la collaboration avec l’ennemi. Il annonce une riposte et la vérité des faits. « Tout ça sortira », affirme-t-il. Je ne sais pas si Raoult a raison sur tout ; il est probable que non. Mais avoir entendu l’autre jour la très respectable Mona Ozouf déclarer : « Pour moi, Didier Raoult est un criminel », me fait dire que ses opposants sont pris dans un fanatisme qui m’effraie. Non Raoult n’est ni sorcier, ni gourou, ni charlatan. Le procès stalinien que ses adversaires veulent ouvrir contre lui risque de se retourner contre eux.

Mercredi 9 juin : Entretien intéressant de Catherine Champrenault, procureur générale de Paris, au Monde. La magistrate fustige « les injonctions des ministres de la Justice depuis quinze ans (qui) sont de limiter au maximum l’incarcération. » Elle explique : « La décision d’emprisonner est reprochée aux magistrats qui ne seraient pas assez courageux ou imaginatifs dans la mise en œuvre des alternatives à la détention ». Jusqu’à six mois de prison, la peine doit être obligatoirement aménagée. Tous les prétextes sont bons pour prétendre que l’incarcération est la pire des solutions. Le pédopsychiatre Maurice Berger, qui sort son « rapport » ce même mercredi (Faire face à la violence en France, Le rapport Berger, l’Artilleur) fait pourtant observer (page 103) : « Des juges remarquent que des courtes peines de quinze jours sont le seul moyen d’arrêter l’escalade des délits de certains mineurs ». La vérité est plus simple : la Justice veut éviter la prison car celles-ci sont surchargées et que rien n’a été fait pour construire de nouvelles places. Pour Mme Champrenault, il en faudrait 15.000 de plus. Le gouvernement est loin du compte.

Jeudi 10 juin : Audrey Pulvar, candidate PS aux régionales en Ile-de-France, inflexible sur son programme présenté ce matin sur RTL : non, elle ne transigera pas sur sa proposition phare de la gratuité des transports en commun. Elle en est très fière. Elle explique : « C’est une mesure de responsabilité à l’égard de l’urgence climatique ». Le réchauffement climatique est devenu l’alibi de toutes les politiques en mal d’inspiration. Rien n’est moins responsable, au contraire, que de laisser croire à la gratuité des transports. Au bout de la chaîne, il y a toujours un payeur. Pulvar laisse comprendre que les transporteurs routiers et les plateformes de distribution (si j’ai bien compris) seraient mis à contribution, en lieu et place des particuliers et des entreprises. La démagogie reste la plaie de ce « progressisme » qui ose encore raser gratis. La vraie mesure de responsabilité serait de faire comprendre qu’un service public, s’il n’est pas conçu pour faire des profits, ne l’est pas non plus pour engranger des pertes.

Vendredi 11 juin : Dans le taxi qui m’amène ce matin à CNews pour un direct dans L’heure des pros, j’écoute avec bonheur la clarté d’expression et de raisonnement Elisabeth Badinter, sur Europe 1. Que ça fait du bien! Elle dit : « Le devoir d’un professeur est d’être le moins idéologique possible. Il doit tenter d’être le plus objectif devant ses élèves ». Et aussi : « Notre civilisation est en danger. Les civilisations sont mortelles et l’histoire est tragique ». Parlant des islamistes, la philosophe observe : « Ils avancent et nous reculons ». Elle reproche à la gauche radicale de ne pas séparer musulmans et islamistes et de faire ainsi le lit de l’islam politique, cette idéologie qui tue. Mme Badinter croit à la puissance des intellectuels. Pour ma part, je les trouve majoritairement absents et peu combatifs. Mais je reconnais qu’elle redonne de l’espoir. Les philosophes sont-ils prêts à quitter leur entre-soi pour aider à comprendre la fin de ce monde ? Espérons.

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