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Bilan du sommet Biden-Poutine : « Aucun atome crochu entre les deux hommes »

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Méfiants l’un à l’égard de l’autre, les deux dirigeants ont esquissé un timide rapprochement, mercredi à Genève. Mais entre Moscou et Washington on est encore loin, très loin, du dégel.

Vladimir Poutine et Joe Biden à Genève. (Photo by EyePress News / EyePress via AFP)

Vladimir Poutine et Joe Biden à Genève. (Photo by EyePress News / EyePress via AFP)

EYEPRESS NEWS / EYEPRESS VIA AFP.

Par Axel Gyldén publié le 17/06/2021 L’EXPRESS

La rencontre Poutine-Biden s’est achevée mercredi à Genève à l’issue d’une tournée marathon du président américain en Europe, et peu après la victoire, mercredi aussi, de la Russie sur la Finlande à l’Euro de football : 1 but à zéro. Avec un sens de l’à-propos remarquable, un journaliste russe s’est donc empressé de demander au président de son pays, lors de la conférence de presse de ce dernier, quel était le score de sa rencontre avec son homologue américain. En politicien expérimenté, le président russe s’est évidemment abstenu de répondre à une question aussi peu diplomatique. Mais celle-ci avait au moins un mérite : celui de résumer la tonalité et l’enjeu du sommet historique entre les chefs d’Etats – trois heures de tête-à-tête où les deux hommes ont mesuré leurs forces.  

« Ce fut un match nul, tranche, à Moscou, le directeur général du Russian International Affairs Council (Riac) Andreï Kortunov. Le score ? Un but partout ; chacun est reparti dans son pays content, sachant qu’il pourrait présenter ce résultat comme une victoire. Face à la presse, Poutine s’est présenté comme le dirigeant d’une grande puissance qui compte, se faisant l’avocat de la stabilité internationale et du contrôle des armes nucléaires ; il a aussi évoqué la nécessité de la non-ingérence des deux pays dans les affaires intérieures de l’autre. Quant à Biden, il a fait référence aux droits de l’Homme, à Alexeï Navalny, à l’Ukraine, aux cyberattaques. C’est comme si les deux hommes, qui ont tenu des conférences de presse séparément, parlaient de réalités différentes… » LIRE AUSSI >> Les Américains et Européens veulent enterrer la hache de guerre commerciale

Rien de vraiment neuf ou d’inattendu n’est sorti de cette rencontre sans vainqueur qui consistait, pour les administrations respectives, à faire connaissance en vue d’amorcer un semblant de dialogue qui permettrait de réactiver la relation russo-américaine. Celle-ci est au plus bas depuis la fin de la guerre froide, au point que les ambassadeurs des deux pays ont quitté leur poste pour rentrer chez eux, pratiquant la politique de la chaise vide. « Au moins les équipes diplomatiques des deux pays ont pris langue, ce qui constitue le préalable à un éventuel, mais encore hypothétique, rapprochement, observe, à Moscou, l’expert russe des questions internationales Pavel Louzine. Cependant, je n’ai pas le sentiment que Poutine était ravi de sa rencontre avec Biden. On sent bien qu’il n’existe aucun atome crochu entre les deux hommes, comme ce pouvait être le cas avec Trump, dont Poutine comprenait la façon de fonctionner. » La Loupe, le podcastNouveau ! Ecoutez l’info de plus près
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Les cyberattaques, une « ligne rouge » pour Joe Biden

Le président américain l’a d’ailleurs reconnu : « On ne s’est pas sauté dans les bras mais, clairement, il n’est dans l’intérêt de personne – ni de son pays, ni du mien – de se retrouver dans la situation d’une nouvelle guerre froide. » Voilà pourquoi les deux nations se sont engagées à entreprendre un dialogue sur la stabilité stratégique (Strategic Stability Dialogue, selon le communiqué de la Maison Blanche), qui permettra aux diplomates des deux camps de trouver un modus vivendi sur certaines questions, à commencer par les cyberattaques, cette nouvelle forme de Blitzkrieg, susceptible de dégénérer un jour en conflit sérieux. 

Vladimir Poutine et Joe Biden le 15 juin 2021 à  Genève. (Photo by EyePress News / EyePress via AFP)
Vladimir Poutine et Joe Biden le 15 juin 2021 à Genève. (Photo by EyePress News / EyePress via AFP)EYEPRESS NEWS / EYEPRESS VIA AFP

Joe Biden, pour qui ces opérations informatiques malveillantes constituent désormais des « lignes rouges » qu’il n’entend pas laisser franchir, a évoqué « seize attaques » menées récemment contre des infrastructures ou des entreprises américaines par des hackers russes. Parmi elles : la cyberattaque de décembre 2020 contre la société informatique SolarWinds [qui a impacté l’administration américaine] et celle de mai 2021 contre l’entreprise Colonial Pipeline, qui a paralysé la distribution d’essence dans une partie du Texas. 

« L’esprit de Genève » soufflera-t-il encore dans trois mois?

Si une diplomatie des petits pas a démarré mercredi, sa première traduction concrète pourrait être le retour à leur poste respectif des ambassadeurs des Etats-Unis et de la Russie [actuellement rappelés dans leurs pays d’origine] et la reprise de relations consulaires normales dans un délai de six mois. D’autres signes de bonne volonté réciproque pourraient intervenir sous la forme de libération de prisonniers américains et russes, dont le sort a été évoqué lors des discussions. Il s’agirait notamment des ex-Marines Paul Whelan et Trevor Reed [accusés d’espionnage, ce qu’ils contestent, et condamnés respectivement à seize et neuf ans de prison en Russie] et de l’ex-membre de l’Armée rouge et trafiquant d’armes Viktor Bout, qui purge 25 ans de prison aux Etats-Unis. « Un tel échange pourrait toutefois se révéler techniquement compliqué en raison de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance du système judiciaire aux Etats-Unis », nuance le directeur du Riac Andreï Kortunov. 

LIRE AUSSI >> Pour contrer la Chine, Biden relance le multilatéralisme à l’américaine 

Sans être franchement positif, le climat de la rencontre Biden-Poutine n’était pas non plus négatif. « Pour l’instant c’est un succès, poursuit Kortunov. Les deux camps sont satisfaits. Mais seul le temps permettra de dire si « l’esprit de Genève » s’est traduit par des résultats concrets. Or les obstacles sont nombreux. Tout d’abord, il faut observer comment évolueront les choses après le retour des deux présidents dans leurs pays. Il ne faut pas négliger la pression de l’opinion publique américaine hostile à la Russie, ni l’inertie des administrations des deux pays qui se sont habituées au jeu de la confrontation et s’en accommodent, ni l’influence des conseillers diplomatiques dont le penchant naturel consiste à ne pas s’en tenir là mais à vouloir soutirer davantage de concessions de la partie adverse. » 

Certains Russes raillent le gérontocrate Joe « Leonidévitch » Biden 

« Il faut bien voir qu’à Moscou, complète Pavel Louzine, les Etats-Unis continuent de susciter la méfiance et l’incompréhension. Les élites russes comprennent mal comment fonctionne le système des contre-pouvoirs américain. Elles ont une vision assez simpliste de l’Amérique qu’elles voient comme un pays composé d’une élite financière et politique qui accapare tout. Bref, leur lecture des choses est à la fois teintée de marxisme et imprégnée des vieilles séries télévisées caricaturales comme Dallas ou Dynastie. » 

Quant au regard des Russes de la rue sur Joe Biden, il est teinté de sarcasme, sans doute alimenté par la présentation qu’en font les télévisions contrôlées par le Kremlin. « Le peuple russe raille volontiers l’âge avancé du président américain qu’ils appellent Joe « Leonidévitch » Biden, en référence à feu le gérontocrate soviétique Leonid Brejnev. » Bref, il y a encore du chemin à parcourir pour un vrai rapprochement politique (et sentimental) entre Moscou et Washington… Sur le même sujet

Le temps – dans les semaines à venir – dira si la rencontre entre les deux présidents aura été le début d’une nouvelle phase, plus constructive entre la Russie et les Etats-Unis, ce qui est souhaitable. Mais beaucoup d’inconnues planent sur l’avenir. « Il ne faudrait pas, par exemple, pointe Kortunov, que surgisse un événement imprévu qui compromettrait l’espoir suscité à Genève, par exemple, une nouvelle cyberattaque, des tensions à la frontière ukrainienne, ou une détérioration grave, voire la mort, du dissident Navalny. » Un simple grain de sable pourrait gripper la très fragile mécanique mise en route sur les rives du Lac Léman. Axel Gyldén

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