MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Le mal français doit se traiter à sa racine»

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CHRONIQUE – La France blessée est devenue fragile. Détecter la racine du mal, c’est en finir avec la culpabilisation unilatérale de la nation.

Par Ivan Rioufol LE FIGARO 17 juin 2021

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

Il est urgent de réagir, radicalement.

Ceux qui s’accordent sur le Grand Effondrement des institutions et des mœurs ne peuvent se contenter de la litanie du déprimant constat. Interrompre le mal français invite à identifier ses multiples racines (en latin: radix) dans une démarche littéralement radicale.

La«Fin d’un monde», tel que le décrit notamment Patrick Buisson*, a ses poisons mortels qui persistent et qu’il faut combattre. Depuis que des généraux en retraite, aujourd’hui poursuivis par le pouvoir, ont alerté il y a deux mois sur «la France en péril» et la «déliquescence qui frappe notre patrie», les faits se bousculent pour leur donner raison. La philosophe Élisabeth Badinter avoue, vendredi dernier, Europe 1, constatant l’avancée de l’islamisme et le recul parallèle de la République: «J’ai presque l’impression que c’est notre civilisation qui est en danger.» Oui, la France blessée est devenue fragile.À découvrir

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Remonter à la source du mal-vivre oblige à désigner les contaminateurs idéologiques. Les prêcheurs de la mondialisation, de l’immigration de remplacement, de la repentance coloniale, de l’antiracisme unilatéral, de la honte nationale sont à l’origine de la déprime collective. Or, ces maltraitants paradent encore dans leurs guenilles doctrinaires. Ils insultent leurs opposants, comme de coutume chez les orphelins des totalitarismes passés. Samedi, ce monde haineux et manichéen défilait à Paris pour «défendre les libertés, contre les idées d’extrême droite» . Étaient là rassemblées 120 organisations d’extrême gauche, dont La France insoumise et le syndicat de la magistrature. En novembre 2019, la contre-France avait déjà manifesté «contre l’islamophobie», auprès d’islamistes et de judéophobes exigeant pour l’islam le délit de blasphème.L’hystérie politique est alimentée, au sein de la macronie, par une réduction du discours à la seule lutte contre l’extrême droite

Le gouvernement fait lui-même obstacle à l’expression d’une vérité nue. Quand Gérald Darmanin, la semaine dernière à Dijon, déclare dans l’indifférence médiatique: «On voit bien la marque satanique que représenterait une victoire du RN», le ministre de l’Intérieur reproduit jusqu’à l’absurde la diabolisation des idées non conformes, afin de préserver un monde qui s’écroule. L’hystérie politique est alimentée, au sein de la macronie, par une réduction du discours à la seule lutte contre l’extrême droite, cette poubelle sémantique où sont jetés tous ceux qui contrarient le récit officiel. Dans la détestation de l’adversaire, Éric Dupond-Moretti excelle. Le garde des Sceaux, silhouette de catcheur, ne cesse de contredire la«bienveillance» d’Emmanuel Macron. «J’appelle tout le monde au respect et au calme», a lancé le président. Des mots…

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Les réticences du chef de l’État à parler clair et à nommer les choses le placent en gardien chef du désastre. Dimanche, lors du sommet du G7 en Cornouailles (Grande-Bretagne), Macron a déclaré: «Dans nos pays, on voit une montée des violences (…) qui ont deux racines profondes: les inégalités secrétées par le fonctionnement de l’économie internationale, et l’ensauvagement des discours sur les réseaux sociaux.» En réalité, l’internet n’est que l’expression d’insécurités sociales et identitaires produites par une mondialisation défendue par le président et ses soutiens. Ce sont les «populistes», qu’il avait qualifiés de «lèpre qui monte» en juin 2018, qui alertent en vain sur les conflictualités de la société multiculturelle qu’il promeut. Macron a nommé le philosophe camerounais Achille Mbembe pour préparer le sommet Afrique-France, en octobre à Montpellier. Dans Le Monde de mardi, Mbembe associe la colonisation à l’holocauste…

Le Blanc coupable

Détecter la racine du mal, c’est en finir avec la culpabilisation unilatérale de la nation. La honte collective a été instillée par les mouvements antiracistes français, avant d’être renforcée par la culture de l’effacement américaine («cancel culture»). Est-ce le début d’un réveil? Mardi soir, contre toute attente, l’équipe de France de football n’a pas mis genou à terre avant l’ouverture du match avec l’Allemagne, qui a refusé également de se soumettre à ce rituel. Les autorités sportives avaient pourtant encouragé ce geste militant inspiré du mouvement américain Black Lives Matter («La vie des Noirs compte»).

Lancé après la mort de George Floyd le 25 mai 2020 par la faute d’un policier blanc, cet agenouillement devant le Noir, érigé en victime du Blanc, est un racisme à l’envers. Sa banalisation a permis à l’élue parisienne verte Alice Coffin, le 2 juin au Conseil de Paris, de proposer de comptabiliser les femmes et les Noirs dans les établissements culturels en préalable à l’attribution de subventions. En revanche, les féministes se gardent de manifester pour Mila, jeune femme blanche de 18 ans condamnée à vivre sous protection policière pour avoir critiqué Mahomet. Elle dit (TF1): «Je vais forcément ne pas rester en vie».

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L’indifférence portée aux libertés est un autre effet de la politique de la peur. La facilité avec laquelle les Français ont accepté l’Ordre sanitaire a révélé la force de la propagande anxiogène sur des esprits formatés par le politiquement correct. Or cette fabrique du consensus mérite elle aussi l’élémentaire examen critique. Il a été rendu quasi-impossible durant la crise du Covid. Résultat: un rapport du Sénat, publié le 3 juin, suggère une surveillance numérique à la chinoise pour traquer des citoyens présumés à risques. Les trois sénateurs signataires de ce document liberticide proposent «la désactivation du titre de transport ou des comptes bancaires d’une personne qui violerait la quarantaine», mais aussi l’instauration d’un bracelet électronique et le contrôle de l’état de santé grâce au pass sanitaire et au croisement des données. Arguments des apprentis geôliers: «Plus les outils sont intrusifs, plus ils sont efficaces». Si rien n’est fait pour contredire cette logique sécuritaire, en appelant au bon sens et à la responsabilité, l’étatisme se réserve de beaux jours à venir…

Haro sur CNews

CNews, qui additionne les succès d’audience, est accusée par des médias dépités de promouvoir «l’extrême droite». En réalité, la progression de la chaîne est le résultat d’une ouverture à des journalistes et à des opinions qui étaient jusqu’alors indésirables. La pensée unique n’est plus en situation de monopole audiovisuel. S’en réjouir.

*«La Fin d’un monde», Albin Michel

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