MEMORABILIA

Guillaume Tabard: «Le tour de passe-passe des macronistes»

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CONTRE-POINT – Emmanuel Macron est parvenu à orienter la campagne des élections régionales vers la seule question du Rassemblement national.

Par Guillaume Tabard. LE FIGARO. 18 JUIN 2021

Emmanuel Macron a sorti la carte du Rassemblement national pour ces élections régionales. Une méthode déjà utilisée pour les élections européennes en 2019. PASCAL ROSSIGNOL/AFP

Sur un point au moins, ces élections régionales ne ressemblent pas aux six qui les ont précédées ; pour une fois, on ne mesurera pas l’ampleur du vote sanction contre la majorité au pouvoir. Pourtant, jamais un parti du président n’a abordé un scrutin local, qui plus est un an avant la présidentielle, dans une telle position de faiblesse. Il faut reconnaître l’habileté tactique des macronistes, qui ont réussi à déplacer le centre d’intérêt de la campagne ; en l’orientant vers la seule question du Rassemblement national.À découvrir

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L’équation de départ de LREM était: aucun sortant pour elle ; pas même un président élu en 2015 qui aurait rallié ensuite le nouveau président de la République. Au moins cela met à l’abri de toute perte comme l’UMP ou le PS en ont vécu sous les présidences Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande.

Rien à défendre, donc, mais peu à gagner. Car, et c’est le grand échec politique de ce quinquennat, la macronie n’a su forger, attirer ou imposer aucun poids lourd capable de faire chuter quelque suzerain de«l’ancien monde». Les municipales en avaient été une première preuve flagrante. Le scénario menaçait de se reproduire, au point que certaines figures de la macronie conseillaient d’«enjamber» les régionales en se contentant de négocier quelques sièges auprès de sortants tranquillement installés.Il fallait trouver un autre objet politique permettant aux amis du chef de l’État d’exister, de peser, et même de donner le ton de la campagne

Mais «enjamber» une élection n’a pas de sens. Qu’on le veuille ou non, les régionales sont sur la route de la présidentielle. Il n’y a qu’au tennis qu’un champion peut déclarer forfait pour un tournoi afin de se réserver pour le suivant. Les macronistes se devaient en conséquence d’être sur la ligne de départ. Problème: selon les régions, les listes LREM ne sont créditées que de 10 à 15% des voix. Pas glorieux pour un parti majoritaire. Dès lors, il fallait trouver un autre objet politique permettant aux amis du chef de l’État d’exister, de peser, et même de donner le ton de la campagne, en faisant du score proprement dit des listes LREM une question annexe.

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De son chapeau de prestidigitateur, Emmanuel Macron a donc sorti sa carte magique: le Rassemblement national. Cela ne lui avait pas si mal réussi aux Européennes où, en brandissant l’épouvantail du péril nationaliste, il avait suscité un vote «utile» permettant à la liste Loiseau de se rapprocher sur la ligne d’arrivée de la liste Bardella. Cette fois, c’est la possibilité de victoires du RN qui a servi d’outil de mobilisation. Ou plutôt de diversion car cette dramatisation n’a pas eu pour effet de gonfler les intentions de vote des listes LREM trop basses dans les sondages pour représenter un barrage crédible contre le parti lepéniste.LREM veut prouver qu’il est un acteur incontournable de toute victoire contre le RN. Petits, mais indispensables

La finalité de l’opération était double. Semer la discorde chez l’ennemi d’abord. L’objectif a été pleinement atteint grâce à l’accord conclu avec Renaud Muselier, qui a semé le trouble et ravivé les tensions à LR, bien au-delà de la région Paca. Se trouver une utilité ensuite. À défaut de pouvoir l’emporter – même si une victoire macroniste est possible en Centre-Val-de-Loire et en Bretagne -, LREM veut prouver qu’il est un acteur incontournable de toute victoire contre le RN. Petits, mais indispensables. Ils veulent contraindre un grand nombre de présidents sortants, de droite ou de gauche, à reconnaître qu’ils ont besoin du renfort de LREM. Ce qui est aussi une manière de les affaiblir, à un an de la présidentielle. C’est pour cela que Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez ont d’emblée prévenu qu’ils ne feraient aucune alliance d’entre deux tours.

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Tout cela a conduit à cette obsession du RN, à ces débats exclusivement tactiques qui semblent à mille lieues des préoccupations concrètes des électeurs. Et ont sans doute leur part dans le niveau redouté de l’abstention ce dimanche.

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