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Présidence de l’Iran : Ebrahim Raïssi, un ultraconservateur avec du sang sur les mains

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Ebrahim Raïssi a été élu nouveau président de la République islamique. Une consécration pour ce fidèle du régime accusé de crimes de masse.

Ebrahim Raïssi lors d'une réunion des ambassadeurs à Téhéran en juin 2019

Ebrahim Raïssi lors d’une réunion des ambassadeurs à Téhéran en juin 2019

ATTA KENARE / AFP Par Paul Véronique publié le 19/06/2021 L’EXPRESS

Changement de cap en Iran, après huit ans de présidence réformiste. Sans surprise, le grand favori du scrutin, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, a été élu à la tête du pays avec 61,9% des voix pour succéder au modéré Hassan Rohani. Le suspense n’était toutefois pas vraiment au rendez-vous, ses concurrents les plus sérieux ayant vu leurs candidatures invalidées, tandis que trois autres prétendants avaient annoncé leur retrait cette semaine. 

Malgré tout, cette victoire a un goût de revanche pour celui qui s’était incliné face à Hassan Rohani en 2017. Si cette fois son ancien rival n’avait plus la possibilité de se représenter après deux mandats consécutifs, Raïssi s’est imposé au fil de la campagne comme le favori du Guide Suprême Ali Khamenei, un soutien tout sauf anecdotique. LIRE AUSSI >> Election présidentielle : « En Iran, la façade démocratique a complètement disparu »

Il faut dire qu’à 60 ans, le candidat victorieux avait tout du profil idéal pour le poste, en cumulant des rôles stratégiques au sein des sphères religieuse et judiciaire. Avant d’accéder à la présidence, ce dernier occupait à la fois le poste de directeur de la puissante fondation religieuse Astan Qods Razavi, chargée de la gestion du mausolée de l’imam Reza – un haut lieu de pèlerinage chiite -, et la fonction de chef du système judiciaire d’Iran, un rôle clé au sein de l’appareil répressif de la République islamique. La Loupe, le podcastNouveau ! Ecoutez l’info de plus près
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Parcours sanglant

Tout comme le Guide Suprême, dont il a été l’élève au séminaire, Ebrahim Raïssi est né à Mashhad, une ville du nord-est de l’Iran. S’il ne dispose pas du statut d’ayatollah – le plus haut rang du clergé chiite -, ce religieux traditionaliste se revendique tout de même d’une lignée remontant au prophète Mahomet. Un statut l’autorisant à porter le turban noir, emblème apprécié, s’il en est, des électeurs les plus conservateurs. 

À la fin de ses études religieuses, le jeune Raïssi a commencé sa carrière dans les années 1980 dans le nouveau système judiciaire islamique. « Son nom est attaché à plusieurs crimes de masse perpétrés par la République islamique. Il est largement impliqué dans le grand massacre de 1988 », note Reza Moini, chercheur iranien et responsable du bureau Iran de RSF. À l’époque procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran, Raïssi a été membre de la « Commission de la mort », un groupe ayant supervisé les exécutions de 4000 à 5000 prisonniers politiques. LIRE AUSSI >> Enquête. En Iran, que pèsent vraiment les Gardiens de la révolution, le pouvoir de l’ombre ?

Cette implication lui vaut aujourd’hui d’être accusé de crime de guerre par plusieurs ONG comme Amnesty International ou Human Right Watch. En son temps, même l’ayatollah Hossein Ali Montazeri – vu brièvement comme le successeur du Guide Khomeiny avant d’être écarté – avait qualifié ces exactions de « plus grand crime de l’histoire de la République islamique », d’après un enregistrement audio révélé en 2016. Des faits pour lesquels Ebrahim Raïssi figure sur la liste des personnalités sous sanctions du Trésor américain, qui l’accuse en outre d’être impliqué dans la répression du Mouvement vert contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidentielle de 2009. 

Durcissement du régime ?

Soucieux de préparer son poulain, Khamenei l’a propulsé ces dernières années à des postes qui ont élevé sa stature au sein des centres de pouvoir iraniens. Partisan d’une ligne dure, son bilan en tant que chef de l’appareil judiciaire a notamment été marqué par une intensification de la répression à l’égard des dissidents. « De par sa fonction, il a eu un rôle clé dans l’écrasement des manifestations de novembre 2019« , souligne Reza Moini. Selon une enquête de l’agence Reuters, plus de 1500 personnes auraient été tuées et des centaines d’autres arrêtées, afin de mater le mouvement de contestation. Parmi les autres faits d’armes de son mandat, la première exécution depuis plusieurs décennies d’un homme pour consommation d’alcool en 2020. LIRE AUSSI >> George Friedman : Dans l’art de paraître suicidaire, il n’y a pas plus expert que l’Iran

De quoi s’interroger sérieusement sur un nouveau durcissement du régime sous sa présidence. « L’idée n’est plus de susciter l’adhésion de la population iranienne, mais de lui faire peur. L’appareil de sécurité reprend le pouvoir en alliance avec le clergé », juge Clément Therme, chercheur associé à l’Institut universitaire européen de Florence, spécialiste de l’Iran. À l’instar de son mentor Khamenei, Raïssi croit à une interprétation sévère de la jurisprudence islamique, comme base du régime. 

Sur le versant international, le statu quo devrait toutefois dominer. « La politique étrangère et les grandes orientations restent avant tout entre les mains du Guide Suprême », souligne Clément Therme. Bien qu’hostile aux pourparlers avec les États-Unis, son élection ne devrait ainsi pas remettre en cause les négociations en cours autour du nucléaire iranien, Ali Khamenei ayant clairement exprimé son soutien à un retour à l’accord de Vienne de 2015, que Donald Trump avait quitté avec fracas en 2018. Pour le reste, la priorité sera surtout donnée à un renforcement des liens avec la Chine et la Russie, les deux priorités de la République islamique aujourd’hui. Signe d’un désintérêt croissant à l’égard d’un rapprochement avec l’Occident, Téhéran a signé avec Pékin fin mars un « pacte de coopération stratégique et commerciale » d’une durée de 25 ans. 

Successeur potentiel de Khamenei

L’arrivée de Raïssi à la présidence se produit en tout cas à un moment charnière pour la République islamique. Alors que les présidents iraniens font traditionnellement deux mandats, il pourrait être toujours en charge si Khamenei – qui a soufflé ses 82 bougies en avril dernier – venait à mourir où être frappé d’incapacité. Et avec cette nouvelle ligne présidentielle sur son CV, certains voient d’ores et déjà en lui un possible successeur. Sur le même sujet

« Il fait figure de favori parce qu’il jouit d’une connaissance fine des institutions de la République islamique grâce aux nombreux postes qu’il a occupés au fil des ans. En outre, c’est un fidèle de l’idéologie de Khomeiny et il a une loyauté totale vis-à-vis du système », dresse Clément Therme. Signe des temps, Khamenei l’a nommé vice-président de l’Assemblée des experts en 2019, l’organe chargé de proposer un candidat à la fonction suprême en cas de disparition du Guide. Avant de prendre la succession de Khomeiny en 1989, Khamenei occupait d’ailleurs justement le siège de président. Pas à exclure donc, que l’histoire se répète. 

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