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Délinquance: une violence en constante augmentation

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EXTRAITS EXCLUSIFS – Docteur en droit public et science politique, Laurent Lemasson a réuni et analysé toutes les données disponibles sur un sujet encore tabou en France.

Par Judith Waintraub Publié le 18/06/2021 LE FIGARO

Pour l’opinion publique française, la surdélinquance des populations issues de l’immigration se donne particulièrement à voir dans ces fameux «quartiers sensibles» qui font régulièrement parler d’eux à la rubrique «faits divers». GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP

Le cas des Mineurs Non Accompagnés (MNA)

Parmi les étrangers auteurs de crimes et délits, une catégorie a particulièrement retenu l’attention depuis quelques années, celle des mineurs non accompagnés. Leur nombre a énormément augmenté depuis une quinzaine d’années. En 2005, un rapport de l’Igas estimait à 2500 le nombre de ces mineurs présents dans les services départementaux d’aide sociale à l’enfance au 30 septembre 2014. Au 31 décembre 2019, 31.009 mineurs non accompagnés étaient pris en charge par les conseils départementaux. En 2019, les trois premiers pays d’origine de ces mineurs étaient la Guinée (24,67%), le Mali (23,29%) et la Côte d’Ivoire (13,16%).

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Parmi eux, un nombre indéterminé n’est ni mineur ni isolé (1) et une autre partie (qui ne recouvre pas la première) commet des actes de délinquance, parfois de manière extrêmement répétée. Dans son rapport d’activité 2019, la Mission mineurs non accompagnés rattachée à la DPJJ écrivait: «L’ensemble des acteurs de la prise en charge constatent ces dernières années une augmentation importante de MNA relevant du cadre pénal. Cette situation est également relevée dans le rapport d’activité 2018 du contrôleur général des lieux de privation de liberté. Certains lieux de détention ont connu une augmentation de près de 50% du nombre de MNA détenus.»

Ces MNA se livrant à la délinquance se concentrent particulièrement dans certaines grandes métropoles, Paris en premier lieu, mais aussi désormais des villes comme Nantes, Bordeaux ou Rennes.Pour les huit premiers mois de 2020, on dénombre déjà l’interpellation de 6309 mineurs étrangers dans l’agglomération parisienne, soit 300 de plus qu’en 2019 sur la même période.

Auditionné par la commission des lois du Sénat dans le cadre de la révision de l’ordonnance de 1945 relative à la justice des mineurs, le procureur de Paris Rémy Heitz a affirmé, en janvier 2020, que la capitale française faisait face à «la présence d’un nombre très important, en hausse considérable, de mineurs non accompagnés qui sont à l’origine d’une délinquance inquisitive, de voie publique, particulièrement significative». Il s’est également alarmé de «l’impuissance» de «l’intervention policière, judiciaire». «Nous sommes face à des mineurs qui sont des multirécidivistes […] Ces mineurs jouissent d’un sentiment d’impunité extrêmement fort.»

Ainsi, en 2018, on recensait 7603 interpellations de mineurs isolés dans l’agglomération parisienne (Paris, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne et Hauts-de-Seine). En 2019, c’était 9134 interpellations, soit une hausse de 20%. Et pour les huit premiers mois de 2020, on dénombre déjà l’interpellation de 6309 mineurs étrangers, soit 300 de plus qu’en 2019 sur la même période.

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Les chiffres des interpellations opérées par les forces de l’ordre ne permettent pas de déduire le nombre de MNA se livrant à des actes de délinquance, car ces jeunes délinquants, souvent exploités par des adultes, sont extrêmement mobiles, utilisent fréquemment de multiples alias, et leur minorité (réelle ou supposée) signifie en pratique qu’il n’est pas possible de les envoyer en prison tant qu’ils ne commettent pas de violences envers les personnes. Rémy Heitz soulignait ainsi que, à Paris, certains de ces mineurs étaient déférés au parquet «plusieurs fois par semaine». Ce qui est hors de doute, c’est qu’une minorité de MNA commet des délits, principalement des vols et des cambriolages, à une fréquence très élevée et pose de sérieux problèmes d’ordre public dans les quartiers où ils s’installent, car ces mineurs sont fréquemment armés et polytoxicomanes.

Nous pouvons donc conclure de toutes ces données que la surdélinquance des étrangers est une réalité incontestable.

Les populations «issues de l’immigration»

La surdélinquance des étrangers, facile à établir au-delà de tout doute raisonnable, n’épuise pas le sujet et même laisse intacte la question principale. Car l’interrogation qui est au cœur de la conversation civique et qui suscite les controverses les plus acrimonieuses est celle de la délinquance des populations «issues de l’immigration», immigrés et surtout descendants d’immigrés, et particulièrement celle des populations issues de l’immigration afro-maghrébine.

Sur ce point précis, il n’existe pas de statistiques officielles mais un ensemble de constats sectoriels, ou localisés, qui tous vont dans le même sens.

Si nous commençons par les établissements pénitentiaires, n’importe qui ayant visité ces établissements sait que, en leur sein, les détenus originaires du continent africain, qu’ils aient la nationalité française ou non, sont massivement surreprésentés, particulièrement dans les maisons d’arrêt. […]

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Si nous regardons maintenant du côté de la délinquance poursuivie par la police et la justice, nous ne serons pas surpris de retrouver la même surreprésentation des populations issues de l’immigration dans les quelques études, parcellaires, qui existent. Citons-en quelques-unes.

«Selon une étude de la Direction départementale de la sécurité publique des Yvelines portant sur 121 auteurs de violences urbaines interpellés dans le département entre le 3 et le 15 novembre 2005, 47% seraient mineurs, 24% sans emploi, 6 sur 10 ayant déjà été mis en cause dans une procédure judiciaire transmise au parquet, près des deux tiers d’origine africaine ou nord-africaine et avec, pour la plupart, un “parcours scolaire chaotique.”» (2)

Une cinquantaine de “quartiers” font parler d’eux à date régulière. Comme chacun d’entre eux comprend environ 10.000 habitants, 500.000 personnes sont ainsi directement concernées par les manifestations de violence urbaine.Michel Aubouin, ex-directeur du ministère de l’Intérieur en charge de l’intégration des étrangers et des naturalisations

Dans Le Déni des cultures, le sociologue Hugues Lagrange constate: «Les adolescents éduqués dans les familles du Sahel sont 3 à 4 fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que les adolescents élevés dans des familles autochtones ; et ceux qui sont éduqués dans des familles maghrébines, deux fois plus.» Et cette surreprésentation ne s’explique pas par l’origine sociale: «Ce n’est pas seulement parce qu’ils ont souvent des parents ouvriers, chômeurs ou inactifs que des adolescents issus des migrations africaines sont aussi plus souvent impliqués dans des délits ou réussissent moins bien à l’école. Lorsque l’on tient compte des différences de milieu social, les écarts liés à l’origine culturelle ne disparaissent pas. […] Au sein de chacun des milieux sociaux, les risques d’implication dans la délinquance sont extrêmement variables selon l’origine culturelle des familles: parfois du simple au triple.» […]

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Laurent Mucchielli, que l’on peut considérer comme le chef de file de cette école sociologique qui cherche à montrer que les plaintes au sujet de l’insécurité traduisent avant tout des pulsions inavouables et des calculs électoraux nauséabonds, doit pourtant reconnaître que «l’observation des populations poursuivies par la police et la justice montre qu’il existe bien, du moins en apparence, une importante “surreprésentation” de cette partie de la jeunesse (les jeunes «issus de l’immigration» NDLR) dans la délinquance poursuivie, au moins dans les grandes agglomérations» (3). Dans le détail, «notre enquête menée au tribunal de Versailles a montré que les jeunes dits d’origine maghrébine ou africaine étaient surtout surreprésentés dans la catégorie des atteintes aux personnes “dépositaires de l’autorité publique” (policiers) ou “chargés d’une mission de service public” (enseignants, transporteurs collectifs), ainsi que dans celle des vols avec violence, commis le plus souvent “en réunion”. Ils le sont également dans la catégorie des dégradations, type tags, et dans celle des destructions, type incendie de véhicule». Et pour conclure: «En milieu urbain, les jeunes délinquants sont-ils souvent issus de l’immigration? Oui» ; «Ces jeunes particulièrement rebelles défient toutes les institutions qui entrent en contact avec eux? Oui». […]

Violences urbaines

Pour l’opinion publique française, cette surdélinquance des populations issues de l’immigration se donne particulièrement à voir dans ces fameux «quartiers sensibles» qui font régulièrement parler d’eux à la rubrique «faits divers» […] Michel Aubouin (4) fait ce diagnostic à leur sujet: «Une cinquantaine de “quartiers” font parler d’eux à date régulière. Comme chacun d’entre eux comprend environ 10.000 habitants, 500.000 personnes sont ainsi directement concernées par les manifestations de violence urbaine, comme actrice pour une minorité, comme victimes pour la majorité. Les pouvoirs publics, eux, considèrent que relèvent de la politique de la ville 1400 quartiers de métropole, dont 400 classés comme prioritaires. Ces quartiers, au total, sont habités par 5,5 millions de personnes. Quel que soit l’instrument de mesure que l’on utilise, le constat est le même: la question des “quartiers” est déterminante puisque près d’un résident en France sur 10, français ou étranger, y vit. D’une certaine façon, l’avenir de la France se joue sur sa capacité à traiter leur situation.»

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(1) «On estime qu’entre 50 et 80% des demandeurs sont en fait majeurs»,Jean-Louis Thiériot, ex-président du conseil départemental de Seine-et-Marne (Le Figaro, 23 avril 2018).

(2) Violences et insécurités urbaines, d’Alain Bauer et Christophe Soullez, PUF, 2010.

(3) L’Invention de la violence, de Laurent Mucchielli, Fayard, 2011.

(4) Ex-directeur du ministère de l’Intérieur en charge de l’intégration des étrangers et des naturalisations.

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