MEMORABILIA

Le Conseil d’État valide la décision du CSA et censure CNews et Zemmour

Scroll down to content

ARTICLE. Le 16 juin, le Conseil d’État a rejeté un recours du groupe Canal+. Le groupe de Vincent Bolloré avait contesté la mise en demeure de sa filliale CNews. Le gendarme de l’audiovisuel avait sanctionné les propos d’Éric Zemmour dans l’émission « Face à l’info » du 23 octobre 2019. Sauf que les propos du polémiste ont été tronqués et détournés par les réseaux sociaux.

Le Conseil d’État valide la décision du CSA et censure CNews et Zemmour

Auteur

FRONT POPULAIRE, La rédaction Publié le 19 juin 2021

CNews n’a pas obtenu gain de cause. Malgré sa décision de contester la mise en demeure adressée par le CSA en décembre 2019, le Conseil d’État ne lui a pas donné raison. Il a rejeté le recours et la chaîne d’information continue se voit donc contrainte de respecter ses obligations concernant les accusations d’incitation « à la haine et à la violence ». Dans le collimateur du gendarme de l’audiovisuel, une séquence datant de l’émission du 23 octobre 2019. Eric Zemmour y déclarait : « quand le général Bugeaud arrive en Algérie, et ben, il commence à massacrer les musulmans et même certains juifs. Et bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud ».

Des propos partagés massivement par les réseaux sociaux, qui ont suscité une vague d’indignation à l’époque. Le général Bugeaud (1784-1849) est un personnage historiquement très contesté. En cautionnant la technique de la « terre brûlée », des razzias, ou bien encore les enfumades (technique qui consiste à asphyxier des personnes réfugiées à l’intérieur d’une grotte), il est responsable de milliers de morts en Algérie. Forcément, compte tenu de ces éléments et des positions radicales d’Eric Zemmour sur l’islam, la déclaration de celui-ci sur Bugeaud, présentée telle qu’elle, ne pouvait qu’indigner. D’où la mise en demeure du CSA.

Le verbatim d’Éric Zemmour volontairement tronqué

Dans son jugement, le Conseil d’État a considéré que le « CSA n’a pas fait une inexacte application » de ses pouvoirs. Et que, contrairement à l’opinion de CNews, le CSA n’a pas porté « une atteinte disproportionnée à la libre communication des pensées et des opinions ». Enfin et surtout, « La société d’exploitation d’un service d’information n’est pas fondée à demander l’annulation de la mise en demeure qu’elle attaque “.

Pour autant, cette séquence juridique interpelle, tout comme la séquence des réseaux sociaux l’avait faite à son époque. Tronquer une vidéo est devenue un classique dont il faut se méfier. Voici le verbatim des propos tenus par l’éditorialiste :

Il ne faut pas leur parler (aux descendants d’esclaves – NDLR) en tant que descendants d’esclaves. Il faut leur parler en tant que Français. Moi, on ne m’a pas parlé quand j’étais enfant en tant que descendant de juifs d’Algérie, on m’a parlé en tant que français. Napoléon n’était pas juif d’Algérie, Louis XIV n’était pas juif d’Algérie, et moi je me sens proche de ces gens-là. ‘

Puis, ‘Voit-on l’histoire en fonction des intérêts de la France, ou voit-on l’histoire en fonction des intérêts de sa communauté d’origine ? Moi j’estime que quand on vit en France et qu’on est français, on doit changer son point de vue.

Enfin, ‘Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans, et même certains juifs. Eh bien moi, je suis aujourd’hui du côté du général Bugeaud. C’est ça être français !

La justice des réseaux sociaux ?

Si l’on se débarrasse de ses a priori négatifs, la séquence prend dès lors une tout autre tournure. Eric Zemmour défend ici (comme à son habitude) l’arrachement à l’histoire familiale parfois douloureuse pour épouser le grand récit national français. En résumé, il dit : le général Bugeaud a tué mes ancêtres, et pourtant je suis de son côté, car il représente la France, et que je suis français. À aucun moment il n’appelle – fort heureusement – à massacrer des musulmans pour imiter le général Bugeaud.

Il plaide ici ouvertement pour l’assimilation républicaine à la manière d’un Napoléon : ‘De Clovis jusqu’au Comité de salut public, j’assume tout’. Qu’importe. Les massacres des Algériens musulmans et juifs, Zemmour les assume en tant que Français. À une époque qui plaide la repentance, ces propos portent en eux les germes de la polémique. Tronqués, ils ne peuvent que mettre le feu aux poudres.

Le CSA et le Conseil d’État jouent avec le feu. Car, si l’on peut contester les propos d’Eric Zemmour en leur fond et critiquer l’assimilation dont il est le porte-voix, son raisonnement, qui est logiquement cohérent, n’est pas attaquable en tant que tel. En pénalisant CNews, les deux instances envoient un signal fort : une séquence tronquée et volontairement manipulée peut suffire à limiter la liberté d’expression d’un homme. Donner ce pouvoir aux réseaux sociaux, c’est leur accorder le droit de la justice punitive, eux qui n’aiment rien tant que le lynchage.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :