MEMORABILIA

Régionales : le peuple oublié ne joue plus le jeu…

« Citoyens, il faut choisir : se reposer, ou être libre. » Thucydide

PUBLIÉ LE 21 JUIN 2021PUBLIÉ DANS: LE BLOG D’IVAN RIOUFOL

-Les politiques ne peuvent se méfier du peuple et s’étonner quand ce dernier leur tourne le dos. La forte abstention (68%), dimanche au premier tour des élections régionales, est le résultat d’une crise démocratique. Celle-ci couve depuis des décennies. Elle n’a toujours pas été analysée ni corrigée dans ses ressorts. L’hystérie antipopuliste, portée par un Système éloigné de la vie des gens, fait partie des raisons de ce « non-vote sanction » (expression de Jérôme Jaffré, ce lundi sur Europe 1). Sous la république romaine, la plèbe se retirait sur l’Aventin quand elle entendait contester le patriciat. Cette même protestation se renouvelle, dans une sécession électorale qui mêle colère et indifférence. Lorsqu’un peuple ne participe plus au processus électoral, il est loisible de  voir dans ce choix une insurrection civique. Ce message mérite mieux que les explications paresseuses mettant en cause la peur persistante du Covid ou les aléas dans les distributions des professions de foi des candidats.  C’est la classe politique, dans son ensemble, qui est sommée de s’interroger sur ses insuffisances et son incapacité à s’adresser à une partie désormais majoritaire de la population. La démocratie française ne peut persister à fonctionner au gré de scrutins de plus en plus minoritaires. Pierre Vermeren rappelle ainsi (1) qu’en 2020 Martine Aubry a été réélue maire de Lille avec 12,36 % des inscrits, mais seulement 1,31% des habitants de Lille-Métropole. Des exemples similaires sont nombreux.

Cette abstention protestataire relativise les piètres performances du RN, qui n’a pas su mobiliser un électorat en rupture. La frustration démocratique demeure. Elle reste porteuse d’une offre à venir. Il est possible néanmoins que la stratégie de recentrage de Marine Le Pen ait été comprise par certains comme un affadissement idéologique. D’autant que les belles prestations de Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand  – et de Valérie Pécresse dans une moindre mesure – redonnent à la droite de gouvernement une vigueur. Elle peut redynamiser ce courant que l’on disait asséché. Wauquiez et Bertrand, qui « écrasent le match » au niveau régional, peuvent prétendre à une candidature pour 2022. Reste cette ultime constatation de l’effondrement du parti présidentiel, qui corrige les sondages avantageux sur la popularité d’Emmanuel Macron. La débandade de LREM est éclatante dans les Hauts-de-France, où les cinq membres du gouvernement dépêchés par les stratèges élyséens ne passent pas la barre des 10%. Parmi ceux-ci, Eric Dupond-Moretti, voulait à la fois «  chasser » le RN et donner une correction à Bertrand : il récolte 8,5% des suffrages. Heureusement pour le garde des Sceaux, le ridicule ne tue plus. Plus généralement l’honneur, qui aurait fait démissionner les perdants, n’est plus une vertu en politique. En grande partie, sa démonétisation vient de là…

(1) L’impasse de la métropolisation, Gallimard

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