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L’Allemagne s’entête à vendre ses sous-marins à Erdogan, la Grèce s’énerve

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ARTICLE. Les tensions sont encore vives entre la Grèce et la Turquie. À Athènes, la livraison de sous-marins allemands à Ankara passe mal. En parallèle, Berlin poursuit son double jeu vis-à-vis de la Turquie… tandis que la France grince des dents en pensant à la vente annulée de ses Mistral à la Russie en 2014.

FRONT POPULAIRE

La rédaction. Publié le 22 juin 2021

-Lors d’une rencontre à Athènes avec Nils Schmid, porte-parole du groupe parlementaire allemand social-démocrate (SPD) pour les affaires étrangères, Nikos Dendias, ministre grec des Affaires étrangères, n’a pas caché sa déception. D’après lui, l’Allemagne, en persistant à honorer le contrat de vente de six sous-marins à la Turquie, menace la stabilité et « l’équilibre dans la mer Égée ». Difficile de lui donner tort.

D’autant plus que le désenchantement d’Athènes risque d’être suivi par bon nombre de camouflets supplémentaires, tant l’Allemagne ne semble pas disposée à faire machine arrière. Bien que la période ait été particulièrement tendue entre Athènes et Ankara, l’Allemagne n’est pas revenue sur ses contrats. Pourtant, en octobre 2019, elle avait choisi de suspendre une livraison d’armes destinée à la Turquie, qui avait l’intention de s’en servir contre les milices kurdes syriennes… mais le naval militaire n’était pas concerné. Le montant du contrat militaire, 3 milliards d’euros pour six sous-marins, aidant sans doute à dans la prise de décision allemande…

L’épineuse question chypriote

La Grèce ne peut voir que d’un mauvais œil ce contrat. Elle qui dispose en l’état de onze sous-marins va en effet voir la Turquie largement la dépasser dans ce domaine. Aujourd’hui, la Turquie en possède douze (dont un déjà livré par l’Allemagne, le 22 décembre 2019). À la fin des livraisons, ce chiffre grimpera à dix-sept. On comprend aisément l’inquiétude des Grecs. Car Erdogan n’est pas connu pour la douceur de sa diplomatie, lorsqu’il s’agit de défendre son intérêt national. D’autant plus quand il lorgne sur les eaux territoriales de Chypre.

Le conflit autour de la question chypriote est une arlésienne entre les deux pays. La Turquie revendique le nord de l’île, qu’elle a appelé « République turque de Chypre du Nord », sans que la communauté internationale ne reconnaisse cette quasi-annexion. En 1996, le partage des eaux territoriales autour de l’îlot d’Imia a provoqué un regain de tension entre la Turquie et la Grèce. Depuis 2018, le pays d’Erdogan se plaît à s’immiscer dans les eaux chypriotes, via des navires d’exploration gazière qui écument les côtes de l’île. L’été 2020, la Turquie a décidé de pénétrer les eaux grecques du côté de l’île Kastellórizo, située à moins d’un kilomètre des côtes de la partie ouest de la Turquie.

La France, dindon de la farce diplomatique ?

S’en est alors suivie une recrudescence des tensions. La France a soutenu la Grèce, déclenchant la colère du président turc à l’endroit d’Emmanuel Macron. Quant à l’Allemagne, gênée aux entournures et alors dépositaire de la présidence tournante du Conseil européen, elle n’a guère pris position et s’est contentée de proposer une médiation. Le pays d’Angela Merkel craint la Turquie. Tout d’abord en raison de sa forte diaspora sur son sol – la plus forte d’Europe avec 1,5 million de nationaux turcs sur son territoire. Ensuite, parce qu’elle est dépendante de la Turquie pour réguler le flux migratoire du Moyen-Orient vers l’Europe, et plus spécifiquement, vers l’Allemagne. Enfin parce que les relations commerciales sont excellentes entre les deux pays. En 2020, la Turquie a importé pour 18,5 milliards d’euros et exporté 13,4 milliards d’euros de produits, de et vers l’Allemagne.

DU côté de la France, l’insistance allemande à vouloir vendre ses sous-marins a de quoi énerver. Pour rappel, en 2014, en pleine crise de Crimée, l’Allemagne avait jugé la vente de navires français à la Russie incompatible avec le durcissement de ses relations avec la Moscou, alors en pleine guerre tiède avec l’Ukraine. La France devait livrer deux navires « Mistral ».

« Les Russes ont payé », avait alors déclaré un François Hollande quelque peu frileux. L’enjeu était de taille : en cas de retrait, la France était sommée de rembourser les 1,1 milliard d’Euros du contrat. Mais devant la pression internationale (et notamment allemande…) la France a dû s’exécuter.

Alors on peine à comprendre ce qui dans un cas ne pose de problème et l’autre, aucun. Si ce n’est que, décidément, l’Allemagne défend ses intérêts bien mieux que la France ne le fait. En diplomatie comme ailleurs, le « couple franco-allemand » a une constante : l’Allemagne est libre, la France beaucoup moins.

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