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Nucléaire chinois: la bévue incroyable de Framatome

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RÉCIT – L’incident décrédibilise la compétence nucléaire des Chinois, ainsi que le réacteur français EPR.Par Guillaume GuichardPublié il y a 6 heures, mis à jour il y a 2 heures

La centrale EPR de Taishan au sud de la Chine, en décembre 2013. PETER PARKS/AFP

Un incident d’exploitation mineur d’un réacteur chinois de la centrale de Taishan, de conception française, monté en épingle par CNN. Le petit monde du nucléaire ne revient toujours pas du parcours tortueux de cette information. Lundi 14 juin, la chaîne américaine sort un scoop mondial en rapportant que le groupe français Framatome a prévenu les autorités américaines d’une «menace radiologique imminente» à la centrale de Taishan. Dans les heures qui suivent, EDF, actionnaire à hauteur de 30 % de la centrale EPR de Taishan, précisera qu’il ne s’agit que d’une fuite de crayons de combustible (fournis par Framatome), confinée dans le très sécurisé circuit primaire d’un réacteur. Un incident d’exploitation maîtrisé, a priori sans conséquence. Mais le mal est fait.

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Comment en est-on arrivé là? C’est à cause d’une double maladresse d’ingénieurs de Framatome, expliquent deux sources au sein de l’entreprise française (la direction de Framatome n’a pas répondu aux sollicitations du Figaro). Fin mai-début juin, un ingénieur de Framatome basé en France planche sur les données envoyées par les équipes chinoises de Taishan trahissant la fuite de crayons de combustible. Le problème est suivi avec attention depuis l’automne 2020, quand les premières fuites ont été détectées. Le cadre envoie le jeu de données à un collègue américain. «Framatome INC. dispose de la base de données d’incidents la plus étayée au monde, explique une source. Mais quand les données sont arrivées sur le sol américain, nous avons perdu le contrôle. C’est un loupé de notre côté.» L’actionnaire majoritaire et exploitant de la centrale de Taishan n’est autre que le géant chinois du nucléaire CGN. Il figure sur la liste noire des entreprises chinoises établie par les États-Unis.

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Coup double

L’ingénieur américain recevant les données chinoises n’a donc d’autre choix que de demander l’autorisation à l’Administration américaine pour travailler sur le dossier. Ce qu’il fait par une lettre datée du 3 juin. Las, pour accélérer le processus, il en rajoute et argue d’une possible «menace radiologique imminente». Certes, les crayons radioactifs peuvent entraîner une purge de gaz rares radioactifs du circuit primaire, gaz qui sont renvoyés dans l’atmosphère. Mais pas de quoi, normalement, contaminer les environs de la centrale.

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Une semaine après avoir reçu la demande de Framatome INC., une source au sein de l’Administration Biden la fait fuiter à une journaliste de CNN. Coup double: l’information décrédibilise la compétence nucléaire des Chinois ainsi que le réacteur français EPR, concurrent du modèle américain de Westinghouse AP1000. «Il est évident que les Américains ne vont pas se priver de tout ce qui permet de stigmatiser la Chine – Taishan peut être utilisé comme le laboratoire P4 de Wuhan – ni de ce qui peut affaiblir la filière nucléaire française, qui reste une concurrente», regrette un ministre français.

Après une semaine de repli sur soi à la suite de la parution de l’article de CNN, les Chinois ont repris l’envoi à EDF et Framatome de données – partielles – sur les fuites de combustible à Taishan.

En revanche, Framatome n’envoie plus un seul kilo-octet de données chinoises à sa filiale américaine.

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