MEMORABILIA

Présidentielle 2022, la démagogie en marche

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ÉDITO. L’embellie conjoncturelle attendue laisse présager qu’aucun candidat n’ait le courage politique de demander des efforts aux Français.

La BCE ne va pas faire tourner la planche a billets eternellement. IL va bien falloir payer un jour ou l'autre la facture de la crise du Covid. Mais quel candidat a la presidentielle osera-t-il le dire franchement ?
La BCE ne va pas faire tourner la planche à billets éternellement. IL va bien falloir payer un jour ou l’autre la facture de la crise du Covid. Mais quel candidat à la présidentielle osera-t-il le dire franchement ?© Lionel VADAM / MAXPPP / PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPP

Par Pierre-Antoine Delhommais Publié le 24/06/2021 LE POINT

Des terrasses de café qui ne désemplissent pas, des centres commerciaux bondés, les Français déconfinés consomment sans modération et font chauffer les cartes bleues : selon Bercy, le montant des transactions était en hausse de 13 %, la première semaine de juin, par rapport à la même période pré-Covid de 2019, avec des pointes de 40 % pour l’habillement et de 45 % pour les appareils électroniques et informatiques. L’heure n’est pas à la frugalité, encore moins à la décroissance, elle est au contraire à la révision à la hausse des prévisions de croissance. La Banque de France vient de relever la sienne d’un quart de point pour 2021, à 5,75 %, le plus haut niveau depuis 1973, et elle parie sur un robuste 4 % en 2022.

Sauf nouvelle catastrophe sanitaire et propagation d’un variant résistant aux vaccins venu de Syldavie ou du Rawhajpoutalah, la campagne pour l’élection présidentielle devrait donc se tenir dans un contexte de forte croissance, à l’inverse des précédents scrutins qui avaient eu lieu dans un environnement déprimant de quasi-stagnation (0 % de croissance au premier trimestre 2012, + 0,3 % au premier trimestre 2017).

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Sans faire de politique-fiction, cette conjoncture économique digne des Trente glorieuses est une aubaine pour Emmanuel Macron : la tentation du dégagisme sera forcément moins grande si les Français ont le sentiment que la situation économique du pays et surtout que leur situation individuelle s’améliorent, que leur capacité de consommer est accrue. La crise du Covid a, de façon paradoxale, sauvé le bilan économique très mal engagé de son quinquennat. Elle a masqué, si l’on peut dire, son incapacité à mener les grandes réformes annoncées, comme celle des retraites, son échec pour rendre l’économie plus compétitive, son renoncement, avant même l’arrivée du virus, à sa promesse de réduire la dépense publique et le nombre de fonctionnaires.

Macron, le sauveur

Emmanuel Macron va au contraire pouvoir se représenter à l’Élysée comme celui qui a sauvé le pays du chaos économique grâce à sa stratégie du quoi qu’il en coûte, celui qui a permis miraculeusement de préserver l’année dernière le pouvoir d’achat moyen des Français malgré une chute historique de 8,2 % du PIB. Il pourra aussi s’attribuer le mérite de la forte reprise économique quand bien même celle-ci ne doit pas grand-chose aux mesures de relance gouvernementales mais presque tout à la levée des mesures de confinement. Il pourra enfin faire valoir que la croissance française dépassera cette année celle de l’Allemagne en omettant de rappeler que la récession y a été nettement moins sévère en 2020 que chez nous.

À cause de l’embellie conjoncturelle attendue qui fera oublier les problèmes structurels de l’économie française, les discours démagogiques de tous bords risquent d’atteindre un niveau inégalé lors de la campagne présidentielle, en comparaison de laquelle celle de François Hollande déclarant la guerre à la finance paraîtra insignifiante. Les Français vont avoir l’embarras du choix entre des candidats favorables au rétablissement de la peine de mort fiscale pour les riches afin de rembourser la dette et ceux qui prônent tout simplement d’annuler celle-ci, sans compter les partisans du retour à la retraite à 60 ans ou encore de nouvelles règles européennes en matière de finances publiques pour permettre à la France de mieux s’en affranchir.

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Il y a de bonnes raisons de penser que le principe même d’équilibre budgétaire ne sera guère abordé lors des débats télévisés, à l’inverse des projets tous azimuts de dépenses publiques supplémentaires, de nouveaux plans de relance et d’investissement d’avenir plus ambitieux et coûteux les uns que les autres. Il faut surtout craindre qu’aucun candidat ne prenne le risque électoral de casser l’ambiance de fête consumériste et de se mettre l’opinion publique à dos en expliquant que le retour des jours économiques heureux est malheureusement éphémère. Que la BCE ne va pas faire tourner la planche à billets éternellement, qu’il va bien falloir payer un jour ou l’autre la facture de la crise du Covid, que l’économie française sort de celle-ci considérablement affaiblie, avec une compétitivité dégradée qui la condamne à une croissance anémique, à un chômage élevé et à des déficits commerciaux et budgétaires abyssaux. Il faut craindre qu’aucun candidat n’aura le courage politique de dire que si la France ne fait pas très vite des efforts douloureux pour se serrer la ceinture, pour réduire ses dépenses sociales, diminuer ses prélèvements obligatoires et travailler davantage, elle figurera au premier rang des pays décrocheurs.

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