MEMORABILIA

Régionales : Emmanuel Macron, la défaite en chantant

Scroll down to content

Une déroute, quelle déroute ? Le président voudrait laisser rapidement derrière lui la claque des régionales, mais l’inquiétude gagne ses grognards.

Emmanuel Macron a vote au Touquet pour le second tour des regionales.
Emmanuel Macron a voté au Touquet pour le second tour des régionales.© LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Par Nathalie SchuckPublié le 28/06/2021 à 15h14 – Modifié le 28/06/2021 à 15h46

Nul ne l’a su tant le rendez-vous est resté confiné à un cercle d’initiés. Il fut pourtant orageux et révélateur des tensions qui agitent la macronie à moins de 300 jours de la présidentielle. Une dizaine de jours avant le premier tour des régionales, un discret dîner de la majorité se tenait à l’Élysée pour affiner la stratégie. Autour de la table : Emmanuel MacronJean CastexRichard FerrandChristophe CastanerFrançois Bayrou notamment et, côté collaborateurs, Alexis Kohler et Philippe Grangeon. Excès de confiance ? Le président, convaincu d’être en position de dicter ses conditions aux Républicains et au PS au soir du premier tour, préconise d’appliquer la règle du front républicain au cas par cas selon les régions, ici en se maintenant, là en se retirant quand le risque RN est trop fort. Ancien conseiller spécial, Grangeon objecte que le barrage anti-RN ne saurait souffrir d’exceptions. « Il y avait un conflit stratégique, c’était tendu. Beaucoup voulaient aller au combat, Bayrou et Castex étaient un peu seuls », confie une source. Le patron du MoDem, après avoir une nouvelle fois alerté sur le risque majeur que prenait la majorité en nationalisant le scrutin, glisse alors cette remarque qui douche la tablée : « Je ne sais pas si la question du désistement va vraiment se poser dans les Hauts-de-France ! » En clair : pour appliquer le front républicain, il faudrait déjà commencer par être qualifié au second tour. On connaît la suite : cinq ministres au tapis le 20 juin, évincés dans la région Nord. « Macron voulait le rapport de force, il croyait être plus haut », explique, dépité, un conseiller.

À LIRE AUSSIRégionales et départementales : pour la droite, comment transformer l’essai ?

La scène illustre à souhait le déni dans lequel la macronie semble plongée au terme d’un scrutin qui s’est soldé par un naufrage pour ses candidats. « Mardi matin, on ne parlera plus que du match France-Suisse et du Tour de France ! » balaie un gardien du temple macroniste, bien décidé à enjamber ce vote. « Les Français ont la tête à la situation sanitaire et économique, pas à la politique », relativise un autre. Point de soupe à la grimace dimanche à l’Élysée, où le président a suivi les résultats avec quelques conseillers. « Il n’est pas du tout fermé, il soutient qu’on peut trouver des chances dans tout ça », ose l’un de ses soutiens. Pour un peu, on songerait à Ségolène Royal promettant au peuple de gauche de le conduire vers « d’autres victoires » depuis la Maison de l’Amérique latine (Paris 7e), au soir de sa débâcle de 2007. Autour de Macron, on ne voulait retenir qu’un fait saillant du second tour : la défaite du RN en Paca, après l’accord noué par LREM avec Renaud Muselier (LR). Artisan de cette alliance décriée en interne, le conseiller officieux du président, Thierry Solère, buvait du petit-lait. « Les oreilles de Thierry ont sifflé. Maintenant, il peut se permettre d’appeler ses détracteurs un par un pour leur réclamer le bisou ! » se délecte un proche.

Ils considèrent les anciens comme Bayrou et Le Drian comme des marionnettes du Muppet Show !Un macroniste

Sous couvert de « off », pourtant, les mots sont durs. « On s’est encore pris une vautre ! » confesse un Marcheur influent. Ce sont surtout les vieux de la vieille, les grognards de la macronie, qui ont vécu bien d’autres soirées électorales du temps où ils émargeaient dans « l’ancien monde », qui ont mesuré la portée de la déculottée. « Macron est plus mauvais en politique qu’il n’était au début », peste l’un, contre la promesse du plus strict anonymat. « Ils sont enfermés dans leur bunker à l’Élysée, ils ne parlent plus à personne, ils n’écoutent plus rien. Ils considèrent les anciens comme Bayrou et Le Drian comme des marionnettes du Muppet Show  ! » abonde un macroniste inquiet.

François Bayrou, qui avait milité pour un report des régionales, a eu les mots les plus cash dimanche soir sur LCI en évoquant « un coup de semonce très important pour la majorité ». Il n’est qu’à voir le bilan : 10 % des voix au premier tour seulement au niveau national pour LREM, et autour de 7 % au second dans les huit régions où elle était encore représentée. Avec 13 ministres envoyés au front et aucune région remportée, le gouvernement se retrouve fragilisé. Le Premier ministre, lui, voit son ancien canton de Prades (Pyrénées-Orientales) basculer à gauche. Quant au président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, il n’est pas reconduit comme conseiller régional en Bretagne. Sans même évoquer le président, contraint de glisser un bulletin Xavier Bertrand dans son bureau de vote du Touquet (Pas-de-Calais) pour éviter une victoire RN. Maigre consolation, les victoires aux départementales de quatre ministres : Brigitte Bourguignon (Autonomie), Brigitte Klinkert (Insertion), Gérald Darmanin (Intérieur) et Sébastien Lecornu (Outre-mer).

À LIRE AUSSIQuand l’abstention dessine deux France

« Remaniement technique »

Tout va bien, on ne change rien ? Il y a quelques jours, Emmanuel Macron assurait qu’il ne tirerait aucun enseignement national d’un scrutin local, ses proches laissant tout juste entrevoir un « remaniement technique » d’ici au 14 juillet pour sortir quelques ministres usés, vieillis et fatigués, comme l’a démontré le clash entre Éric Dupond-Moretti (Justice) et Gérald Darmanin, pas menacés dans leur poste sauf immense surprise. Les ministres Frédérique Vidal (Enseignement supérieur) et Franck Riester (Commerce extérieur) sont parfois donnés sortants, tout comme Barbara Pompili (Écologie), tancée en conseil des ministres par le président entre les deux tours après que son courant En commun ! eut applaudi la décision du Conseil d’État de suspendre la réforme de l’assurance-chômage. Le patron du LREM, Stanislas Guerini, est également donné entrant au gouvernement… afin de l’exfiltrer des commandes d’un parti en état de mort clinique. Pour le remplacer, les noms de Gabriel Attal, Julien Denormandie ou Marlène Schiappa sont avancés. Prudence, toutefois, tant Macron est le seul à savoir.

« Il va devoir bouger des tas de choses dans son dispositif, dans son gouvernement, et prendre une initiative assez puissante pour qu’elle soit entendue sans se précipiter, car il a horreur de ça. Il faut laisser retomber la pâte », conseille un grognard, alors que l’Élysée planche sur une prise de parole d’ici à la fête nationale pour dévoiler le programme des réformes des neuf prochains mois. Rares sont ceux qui parient sur un départ rapide de Jean Castex, ne serait-ce que pour ne pas renouveler l’erreur de juillet 2020, quand le président s’était séparé d’Édouard Philippe en pensant la pandémie en déclin. « À Matignon, ils sont en fin de vie. Mais si on a une quatrième vague, tu ne changes pas Castex, qui a bien compris que le Covid était son assurance-vie », lâche un conseiller ministériel.

À LIRE AUSSIRégionales : et Emmanuel Macron but le bouillon

En coulisses, certains vont jusqu’à se demander si Emmanuel Macron ne devrait pas accélérer son entrée officielle en campagne pour la présidentielle. « Il faut qu’il parte dès septembre », préconise un Marcheur écouté au Palais. Car c’est bien sa réélection qui se joue en toile de fond. Ce lundi, ironie de l’histoire, il a retrouvé Xavier Bertrand à l’occasion d’une visite d’usine de batteries électriques à Douai, dans les Hauts-de-France. Au sommet de l’État, la « Bertrandmania » agace un brin. Un conseiller de l’exécutif prévient : « On va sortir l’artillerie lourde, on va le dézinguer, c’est devenu l’ennemi public numéro un ! »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :