MEMORABILIA

Victoire en trompe-l’oeil d’un monde immobile

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PUBLIÉ LE 28 JUIN 2021. LE BLOG D’IVAN RIOUFOL

Le vieux monde se rassure comme il peut.

Les apparences lui donnent raison, à l’issue des régionales : l’opposition droite-gauche reste structurante, le front républicain contre le RN a fonctionné, le plafond de verre a même enlisé Marine Le Pen. 

C’est une France immobile qui sort victorieuse du scrutin.

Dès dimanche soir, cette photographie sépia a donné des ailes à Xavier Bertrand, sorti largement vainqueur face à Sébastien Chenu (RN) (52,4% contre 25,6%). Le patron reconduit des Hauts-de-France s’est immédiatement projeté dans la présidentielle, en se réclamant « des silencieux, des invisibles, des oubliés ».

Mais c’est là où le bât blesse : cet électorat, mêlant jeunes et classes moyennes, ne s’est pas plus déplacé dimanche que la semaine dernière. Bertrand représente moins de 20% des inscrits. Idem pour Renaud Muselier ou Laurent Wauquiez. Le taux d’abstention était de 66,7% au premier tour ; il est de 65,7% au second.

En conscience, plus de 30 millions de Français ont refusé de se plier à un jeu démocratique jugé inutile. La « majorité présidentielle », qui tient le parlement et codirige le pays, aurait pu se croire confortée par une adhésion passive ; qui ne dit mot consent. En réalité, LREM a récolté moins de 10% des voix, soit 3% des inscrits ! La victoire du vieux monde tient du trompe-l‘œil.

Déchiffrer la grève des votes de la France muette est affaire périlleuse. Pour ma part, j’ai appris à me méfier de l’eau qui dort.

Si les partis n’arrivent pas à reconstituer une offre intelligente, il est à craindre que les colères et les frustrations ne s’expriment par d’autres biais, peut-être plus violents, que le vote.

J’analyse cette insurrection civique du non-vote comme la marque d’un dégoût de la politique. Je fais partie de ces citoyens qui, pour la première fois en ce qui me concerne, n’ont pas voté. Les circonstances ont fait que je n’étais pas à Paris. Mais je n’éprouve aucune culpabilité citoyenne.

Je reproche au discours politique son manque de sincérité, de lucidité, de courage.

Je reproche à la droite des guerres de tranchées entre LR et RN qui font perdre un temps précieux dans l’élaboration d’idées neuves.

Je m’horripile d’observer le mépris des élites pour la voix du peuple (enterrement du référendum de 2005 sur la constitution européenne, par exemple).

Je m’affole de la perte de pouvoir des dirigeants, soumis aux obligations de  l’Union européenne, des juges, des groupes de pression, du politiquent correct.

S’il est un enseignement à retenir du scrutin, c’est l’approbation de bilans (de droite ou de gauche) ancrés sur le réel. Cette démarche réaliste oblige les partis à penser et parler clair, loin des petits arrangements illisibles qui ont encore parfois prévalu dimanche.

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