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Migrants : Mario Draghi s’inquiète d’une nouvelle vague

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Déjà 35 000 personnes ont franchi la Méditerranée depuis janvier. Le président du Conseil italien attend de la solidarité de ses partenaires européens.

Des migrants qui ont fui par la mer la Tunisie et la Libye sont apprehendes par les gardes-cotes italiens a leur arrivee sur l'ile de Lampedusa, en aout 2020.
Des migrants qui ont fui par la mer la Tunisie et la Libye sont appréhendés par les gardes-côtes italiens à leur arrivée sur l’île de Lampedusa, en août 2020.© ALBERTO PIZZOLI / AFP

Par Emmanuel Berretta Publié le 25/06/2021 LE POINT

« Mettre un problème sous le tapis ne le fait pas disparaître. » Mario Draghi était légèrement désappointé, le 25 mai, à l’issue du Conseil européen informel qui n’avait qu’effleuré le problème migratoire auquel son pays est confronté depuis des années. Le président du Conseil italien avait néanmoins obtenu que le Conseil européen de juin – celui qui s’est ouvert jeudi – se penche sérieusement sur la question de manière « efficace et humaine ». En fait, la question a été abordée en… moins de dix minutes. Non pas que la question n’en méritât pas plus, mais les conclusions du Conseil avaient été bien préparées en amont si bien qu’elles ont été adoptées très rapidement, sans difficulté.

La préoccupation de Draghi se mesure en chiffres : depuis le début de l’année, 35 000 personnes ont franchi la Méditerranée pour demander l’asile en Europe et l’on déplore déjà 1 000 morts par noyade. Globalement, les chiffres sont en hausse de 30 % par rapport à la même période en 2020. Mais la route de la Méditerranée centrale qui concerne l’Italie (Lampedusa) au premier chef est en hausse de 130 %.

Beaucoup de pays européens aux abonnés absents

Le Conseil européen a accepté la requête italienne et le sujet figure bel et bien à l’ordre du jour. Pour éviter les frictions sur ce sujet explosif, les Vingt-Sept ont décidé de l’aborder sous l’angle qui les rapproche le plus : la gestion des frontières extérieures. Cependant, la solidarité réclamée par l’Italie ne peut être contournée à l’orée d’un été qui peut voir les flux de migrants grimper de manière sensible. La France de Macron et l’Allemagne de Merkel ont d’ores et déjà manifesté leur solidarité. « La France est toujours au rendez-vous », clame une source élyséenne qui tente d’élargir le mécanisme de La Valette.

À LIRE AUSSICinq points à retenir du « pacte migratoire » européenParis et Berlin avaient signé le 23 septembre 2019, à La Valette, un préaccord visant à soulager Malte et l’Italie du débarquement impromptu des bateaux de migrants en créant un mécanisme de répartition automatique des personnes débarquées. Puis, l’Irlande, le Luxembourg, le Portugal, la Roumanie et la Slovénie s’étaient joints à cette initiative franco-germanique. Ce mécanisme fonctionne sur la base du volontariat mais… on manque de volontaires. Au cours de ce sommet, la France, l’Italie et l’Allemagne espèrent que d’autres membres de l’UE accepteront de prendre leur part.

Les transferts de la diaspora africaine dépassent l’aide européenne

Au-delà de ce problème urgent puisque nous sommes en été, période propice à la traversée de la Méditerranée, l’Europe cherche des leviers pour que les pays d’origine acceptent de reprendre les déboutés du droit d’asile. C’est un problème gigantesque et sensible. Les pays d’origine n’ont que peu d’intérêt à reprendre les jeunes Africains qui tentent l’exile pour plusieurs raisons : à leurs yeux, ce sont des « traîtres à la patrie », éventuellement des « opposants potentiels » qu’il est bon de voir s’éloigner et dans le cas où ils réussissent à s’implanter en Europe, une source de financement supérieure à l’aide européenne aux pays en développement…

À LIRE AUSSIBHL – Les migrants et l’Europe : que faire ?En 2019, avant la crise du Covid-19, les transferts de la diaspora de l’Afrique subsaharienne dans le monde avaient atteint un record de 49 milliards de dollars (41 milliards d’euros), selon la Banque mondiale. La diaspora africaine représenterait environ 350 millions de personnes à travers le monde. Les transferts de la diaspora ont donc largement dépassé les quelque 20 milliards d’euros par an fournis au titre de l’aide au développement par l’UE et ses États membres collectivement. Environ 20 % de ce montant est géré par la Commission européenne.

Réfugiés : la facture turque dans les tuyaux

Néanmoins, les États de l’UE entendent utiliser le levier politique des visas afin de contraindre les pays d’origine à accepter les « réadmissions » des déboutés du droit d’asile. « Le temps de la naïveté est révolu, nous confie un ancien du Quai d’Orsay. Le temps où on accordait des visas de complaisance pour le cousin du ministre, le beau-frère d’untel ou d’untel est derrière nous. Maintenant, la réponse est : “faites la queue comme tout le monde !” Le message est passé. » Les conclusions du Conseil invitent la Commission à « faire le meilleur usage possible » d’au moins 10 % du fond NDICI (Instrument de voisinage, de développement et de coopération internationale) pour des actions relatives à la migration. On parle ici de 10 % d’un fonds de 8 milliards d’euros qui seraient ainsi consacrés à l’appui aux pays d’origine et de transit. Mais l’Europe hésite, pour des questions éthiques, à exercer un marchandage direct avec les pays africains…

À LIRE AUSSILe Danemark peut-il exporter ses demandeurs d’asile ?Par exemple, elle considère, en se voilant la face, que la discussion avec la Turquie sur le dispositif d’aides aux réfugiés financés par l’UE est une question distincte. La Commission vient de mettre une proposition financière sur la table de 5,7 milliards d’euros pour prolonger la prise en charge des réfugiés syriens par la Turquie, la Jordanie, le Liban et la Syrie jusqu’en 2024. À ce stade, il est envisagé de verser 3,5 milliards d’euros à la Turquie, et 2,2 milliards d’euros à répartir entre les trois autres pays. Il s’agit de couvrir les dépenses de santé et d’éducation, la protection sociale, le développement des compétences et la création d’emplois en faveur des réfugiés syriens. La Turquie, à elle seule, en accueille 3,7 millions. Les enveloppes budgétaires envisagées seront discutées au Conseil européen, mais non endossées par lui. La discussion doit se poursuivre dans les groupes techniques et être approuvée par le Conseil Écofin et le Parlement. Un budget rectificatif européen serait alors adopté au cours de l’été.

À LIRE AUSSILibye : la marche turqueMario Draghi pousse l’idée qu’un tel dispositif pourrait être à l’avenir reproduit avec la Libye. Pour l’heure, le pays est loin d’être stabilisé, notamment parce que la Turquie y a envoyé des officiers militaires« malgré la demande de la Libye de retirer ses troupes », souligne une source élyséenne. Mais là aussi, les conclusions du Conseil s’en tiennent à une formulation bien timorée : «  Le Conseil européen condamne et rejette toute tentative par un pays tiers d’instrumentaliser la question migratoire dans un but politique. » Ni la Turquie d’Erdogan ni le Maroc (qui a fait récemment pression sur l’Espagne à propos du Front Polisario) ne sont nommés.

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