MEMORABILIA

Philippe Tesson – Macron ou la droite ?

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La droite se cherche et Macron s’est perdu. À dix mois de la présidentielle, Philippe Tesson reprend la plume pour faire un portrait politique de la France.

Valerie Pecresse, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez
Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez© Thomas Coex (AFP) / François Lopresti (AFP) / Jeff Pachoud (AFP)

Par Philippe Tesson Publié le 07/07/2021 LE POINT

Parce que la droite est réputée devoir remporter la prochaine élection présidentielle, c’est à elle qu’on s’intéressera en priorité. Et d’ailleurs le calendrier nous l’impose, car c’est cette semaine que le président du parti Les RépublicainsChristian Jacob, réunit à dix mois du premier tour de l’élection présidentielle le bureau politique de son parti, chargé de définir à terme le processus de la méthode de partage entre les différents postulants à la fonction de président de la République. Rien que cela est un vaste problème qui provoque à lui seul un désaccord parmi tous ceux qui agitent les Républicains. Est-ce trop tôt ? Non, estiment les uns, comme Xavier Bertrand et ses amis, qui de toute façon récusent le principe de la primaire. Oui, en revanche, estime Christian Jacob, partisan d’une réflexion approfondie sur le sujet. Il n’a pas tort : la seule certitude dont dispose le parti est que celui-ci est l’unique force d’alternance crédible au pouvoir macronien.

Pour le reste, tout est embrouille. Personne ne sait encore qui se portera candidat à la fonction suprême ; parmi ceux qui sont probables et ceux qui sont possibles, un seul d’entre eux, Xavier Bertrand, s’étant déclaré. Ils sont d’ores et déjà nombreux, voire trop nombreux. La procédure de la primaire semble dès à présent acquise si l’on en juge par l’article paru ce mardi dans Le Figaro, signé par quatre personnalités qui figurent parmi les candidats potentiels : Valérie PécresseLaurent WauquiezBruno Retailleau et Hervé Morin. Après avoir récusé non sans raison l’hypothèse des sondages comme moyens de désignation du candidat, ainsi que l’hypothèse non moins douteuse d’une désignation par un cénacle plus ou moins restreint, les quatre signataires retiennent comme solution la plus claire et la plus démocratique le vote, un vote populaire « le plus large possible » ouvert à tous les partisans de la droite et du centre. Une forme de primaire, dont sans doute le bureau politique des Républicains va préciser avant peu les modalités exactes. Une proposition qui, quoi qu’il en soit, s’oppose aux vœux de Xavier Bertrand, adversaire par principe des primaires. Les signataires de cet article y voient pour leur part le succès d’une « équipe de France de la droite et du centre ». On avait déjà entendu cette formule dans la bouche de Valérie Pécresse. Belle illusion ! Peut-on faire observer qu’il n’y a pas d’équipe sans chef. Xavier Bertrand n’a pas tort sur ce point.

Des hommes de recours et pas des hommes de concours

Les problèmes posés par la primaire sont l’une des plaies dont souffre la démocratie française. Héritée des États-Unis, la méthode de la primaire va contre notre culture, contre notre histoire monarchique. Les hommes d’État qui ont gouverné notre pays dans la gloire et le succès sont ceux, de Bonaparte à de Gaulle, que les circonstances, la providence, le parcours personnel, l’expérience, les preuves déjà données de leur compétence intellectuelle et morale ont dotés d’une légitimité digne d’un pouvoir réel. Des hommes de recours et non pas des hommes de concours, d’un concours comparable à celui des Miss France.

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Xavier Bertrand, Douai,  ©  Ludovic Marin/AP/SIPA
Xavier Bertrand au volant d’une 4L estampillée « Présidence de la République », à l’usine Renault de Douai, le 28 juin. Il est le seul candidat à la présidentielle déclaré à droite.© Ludovic Marin/AP/SIPA

C’est un authentique danger que cache la primaire, propre il est vrai à la démocratie d’opinion, mais dont la méthode accentue les effets négatifs. Ce danger menace la gauche comme la droite, mais restons sur le terrain de cette dernière. La confusion idéologique est l’un des problèmes majeurs de notre époque. René Rémond l’a dit avant nous : la droite est un être hybride fait de contradictions. Il avait établi une classification entre trois droites : légitimiste, bonapartiste, orléaniste. On pourrait, par jeu, rapporter chaque candidat à l’une de ces catégories. Au XIXe siècle et encore au XXe, c’eût été facile. Aujourd’hui, non. Aujourd’hui, on est tout cela à la fois. Aujourd’hui, l’idéologie est agonisante. Cette évolution explique en partie le taux d’abstention aux récentes élections régionales. Emmanuel Macron, à sa façon, incarnait ce syndrome lors de sa campagne de 2017 en disant qu’il était à la fois à droite et à gauche, ou ni à droite ni à gauche, ce qui nous semblait alors étrange de la part d’un candidat à la présidence de la République, de surcroît d’un niveau intellectuel très élevé. Macron apparaît aujourd’hui comme l’arroseur arrosé.

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Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Valérie Pécresse, droite, ©  Jacques Witt/Sipa
Le 5 juillet, Laurent Wauquiez (deuxième à partir de la gauche), Bruno Retailleau et Valérie Pécresse (de g. à dr., ici en 2018) ont signé, avec Hervé Morin, un appel pour une primaire ouverte de la droite et du centre.© Jacques Witt/Sipa

D’où vient cette confusion qui affecte aujourd’hui l’identité idéologique du citoyen moyen ? Ce phénomène, qui provoque des effets néfastes sur les comportements démocratiques de l’électeur, tient à l’évidence à la complexité du monde moderne et aux modes de vie que celle-ci a engendrés. Il tient pour une part plus large à la crise de l’éducation et de la culture, au déclin des élites intellectuelles et à la faillite de la responsabilité des politiques. À cet égard, on redoute que la campagne électorale qui va s’ouvrir ne donne, à la faveur de la primaire, le spectacle populaire d’une comédie démagogique, chaque candidat cherchant à conquérir par tous les moyens non pas une catégorie d’électeurs, mais l’addition maximale de toutes les catégories, au mépris et aux dépens des affinités idéologiques respectives. S’il y a, comme on l’entend dire souvent, une crise française, elle est dans cette confusion. Celle-ci affecte la hiérarchie des valeurs. Nous sommes ici sur le terrain intellectuel et moral, mais surtout politique. La fidélité à l’engagement politique, aux convictions, a depuis plusieurs années perdu de son sens et de sa force. Il en va ainsi de l’absolu politique. Nous vivons le succès du relatif, l’effondrement du clivage, le triomphe du « dégagisme ». À ce propos, le « dégagisme » vient d’être dégagé, comme le disait joliment Najat Vallaud-Belkacem au soir des récents résultats électoraux.

Il fallait une boussole, on a une girouette

Et si Emmanuel Macron portait une responsabilité dans cet affaissement ? À beaucoup d’égards, il nous avait séduits lors de sa campagne électorale. On attendait de lui une restauration de la morale politique par le biais de la rigueur. Après quatre ans, le malentendu se révèle total. Le discours est contradictoire, voire double. Il fallait une boussole, on a une girouette. Où est le président ? Je est un autre. « Je suis le garant de la vieille culture », disait-il naguère. « Il n’y a pas de culture française », déclare-t-il trois ans après. Où sont les menaces ? Tantôt dans le racisme, tantôt dans l’immigration. Est-il l’homme du réel ou l’homme du virtuel ? Un intellectuel ou un cyberboy ? Est-il nulle part ou partout, ou les deux à la fois ? Il annonçait que par lui la politique allait en France se libérer du fléau qui la pollue depuis trop longtemps, on veut parler de l’offense permanente faite à la vérité par ses plus puissants serviteurs.

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