MEMORABILIA

Tenue correcte exigée à l’école : la schizophrénie de la « pudeur » macronienne

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Marie d’Armagnac  6 juillet 2021 

BOULEVARD VOLTAIRE

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Emmanuel Macron en père la vertu : après les frasques élyséennes lors de la réception du 14 juillet 2018, on n’imaginait pas notre président de la République se fendre d’un commentaire sur la tenue des lycéennes en 2021.

Souvenez-vous : en 2018, soit un an après son élection, Macron le transgressif invite pour la fête nationale des groupes de musique électro issus de la communauté LGBT. Le perron de l’Élysée, qui vit défiler souverains et chefs d’État, se transforme en dance floor à la nuit tombée. Des danseurs, dont l’un aborde un t-shirt avec l’inscription « Fils d’immigré, noir et pédé », se déhanchent, déchaînés. Ils sont fort dévêtus, nippés pour certains de tops en résille ou de salopette trouées. Emmanuel et Brigitte, tout égayés, posent avec eux pour une photo qui fera le tour des réseaux sociaux. Les uns hurlent à la trahison de la fonction présidentielle quand d’autres saluent un Président jeune et disruptif. Le Français moyen, lui, n’y comprend rien. Peut-être a-t-il vaguement l’impression que son vote est trahi, que la mission confiée au chef de l’État est un brin dévaluée mais que tout ceci, au fond, ne concerne que le petit milieu parisien et bobo. À l’étranger, après l’activisme brouillon et parvenu d’un Sarkozy, après les pantalonnades de François Hollande rue du Cirque, ces images achèvent de ruiner le peu de crédit dont notre pays disposait à l’étranger. Le Français moyen – toujours lui – se sent humilié.

Trois ans plus tard, Emmanuel Macron accorde au magazine Elle un entretien dans lequel il déclare : « À l’école, je suis plutôt “tenue décente exigée”, aussi bien pour les filles que pour les garçons. Je ne suis pas un défenseur de l’uniforme, mais tout ce qui vous renvoie à une identité, une volonté de choquer ou d’exister n’a pas sa place à l’école. »

Honnêtement, on n’y voit rien à redire. L’école devrait être – c’est sa mission – le lieu de l’instruction, du savoir, du travail et de l’exigence. Ce n’est ni le lieu d’un défilé de mode, ni celui de revendications féministes ou libertaires. En effet, cette déclaration intervenait après celle de Jean-Michel Blanquer qui, à l’automne dernier, à propos des crop-tops portés à l’école par de toutes jeunes filles, avait tenté de mettre un peu d’ordre en demandant que les élèves aillent à l’école en « tenue républicaine ». Une expression un peu sibylline (faut-il aller à l’école avec un bonnet phrygien ?) pour rappeler au minimum de la décence les élèves un peu trop dévêtus.

Soit dit en passant, qu’un ministre ou un président de la République croie nécessaire de rappeler ce qui, dans une société civilisée, relève de l’évidence – on ne va pas à l’école vêtus de ce qui ressemble à des sous-vêtements ou des pyjamas, par respect pour soi, ses condisciples et surtout ses professeurs – en dit long sur l’éclatement moral de la société française.

Ces deux épisodes, les danseurs travestis de l’Élysée et la remontrance gentillette à celles qui portent le croc-top, sont en réalité les deux faces d’une même médaille. Ce n’est que l’aboutissement, la queue de comète d’un idéal libertaire qui fut celui de la génération post-68. Emmanuel Macron en est l’héritier chimiquement pur – lycéen, il se laissait séduire par son professeur de français – et les lycéennes qui réclament la liberté de s’habiller comme elles veulent, où elles veulent, ne font que transcrire dans les faits la voie montrée par leurs parents. Ceux-ci ne leur ont rien transmis sinon l’anarchie morale, le nihilisme érigé sur les ruines de la civilisation chrétienne et exprimé par une revendication constante de droits de toutes sortes.

Ce « en même temps » de Macron est donc à cet égard particulièrement vicieux et cynique. Et inconsciemment, ces jeunes, ces nouveaux déshérités, ne font que reprendre un modèle venu d’en haut. En fait de transgression, ils ne font qu’appliquer un modèle petit-bourgeois et néo-libéral.

Tout ceci est d’un conformisme affligeant.

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