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Benedetta de Paul Verhoeven: pets-de-nonne

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CRITIQUE – Paul Verhoeven voile Virginie Efira et met en scène ses fantasmes dans un couvent du XVIIe siècle. Un cinéaste sulfureux? Non, un Satan de peep-show.

Par Eric Neuhoff. LE FIGARO. 8 juillet 2021

Virginie Efira dans «Benedetta» de Paul Verhoeven. Guy Ferrandis/SBS Productions

Ça n’est pas sa faute. Benedetta fait des miracles. Déjà, dans l’enfance, elle terrorisait des bandits de grand chemin en les menaçant des pires châtiments. Ses parents n’en revenaient pas. La gamine était persuadée d’être l’épouse de Dieu. Sa vocation était toute tracée. À l’adolescence, le couvent de Pescia lui ouvre ses portes. Grave erreur. La demoiselle blonde dérange. L’excès est sa mesure. Cela choque, dans cet antre du silence et de l’hypocrisie. Si la nouvelle recrue se calmait un peu, non? Charlotte Rampling, en révérende coincée mais qui cache évidemment de sombres pensées, hausse le sourcil. Elle se méfie. Elle a raison. À ce rythme, la communauté risque des problèmes.

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Les bonnes sœurs chuchotent dans le noir, gloussent pour rien. Un élément perturbateur, et c’est tout le groupe qui se dissout. En plus, voici une autre arrivée. Celle-ci est brune. Bel équilibre. Œillades en coin, frôlements dans les couloirs. La température monte en Toscane. Les anciennes observent les bizutes avec curiosité et suspicion. Benedetta continue à avoir des visions.

Blasphèmes gutturaux

Le Christ lui apparaît dans ses rêves. Il décapite des serpents menaçants, zigouille d’horribles mécréants sur le point d’infliger les derniers outrages à la belle endormie qui se réveille en nage, éberluée. Le kitsch de ces séquences est impayable. On n’est pas certain qu’il soit volontaire: c’est comme si la Hammer de la grande époque avait engagé Jean-Claude Brisseau. Sa voisine de lit ne reste pas insensible à ces tourments nocturnes. Elles couchent ensemble. Quelle audace! La mère supérieure les espionne par un trou dans le mur. Le suspense est alors à son comble. Des éclairs zèbrent le ciel. Les rideaux transparents dévoilent des corps dénudés.

Découvrez la bande-annonce du film «Benedetta»Découvrez la bande-annonce du film «Benedetta»PauseUnmute ACTIVER LE SON

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Derrière sa caméra, Paul Verhoeven devient rouge et congestionné. Il est rare, il est touchant, d’assister à ces banals ébats filmés par un cinéaste libidineux comme un vieux slip qui bâille. Ça n’est pas tout. Les amies particulières tailladent une statuette en bois de la Vierge pour la transformer en godemiché. Oh non, Popaul, tu n’es pas allé jusque-là! (Popaul, modeste : eh si). L’objet attirera les foudres des autorités. On espère que la production a pensé au merchandising. L’héroïne pousse aussi des blasphèmes gutturaux avec une voix d’homme. Comme quoi, les novices du XVIIe siècle avaient vu L’Exorciste en avant-première.

Des stigmates suintent de ses paumes. Elle se proclame sainte. Rampling dénonce une imposture. La chose remonte jusqu’au nonce (Lambert Wilson, qui n’est plus à ça près dans les rôles de méchant à mines torves). Par-dessus le marché, la peste dévaste la région. Cela aurait manqué, ces créatures hagardes sillonnant les rues, couvertes de bubons. L’épidémie ne perturbe pas la suspecte. Elle soupire «doux Jésus» après une gâterie de sa compagne.

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Cela ne s’invente pas. Tant de lourdeur confond l’esprit. Une puérilité pareille devrait être célébrée dans les cours de récréation ou réservée aux spectacles de Guignol. Bizarrement, Verhoeven passe pour un auteur. Ce mystère est aussi vaste que celui de la foi. Il s’imagine sulfureux, se prend pour le diable. C’est un Satan de peep-show. Se moquer de l’Église catholique réclame effectivement un courage immense. Et cela donne ce Thérèse revisité par Just Jaeckin, avec nonnes émettant des bruits incongrus sur leur chaise percée. Pauvre Virginie Efira. Cette excellente actrice croit tellement peu à ses dialogues que, quand elle prononce «Jésus» on dirait qu’elle réclame un saucisson dans un restaurant lyonnais. L’enfer? Une bonne fessée suffira.

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