MEMORABILIA

Comment les services secrets voient notre avenir

Scroll down to content

La CIA, la DGSE, le FSB, le Mossad, les services chinois… Tous tablent sur un monde conflictuel et instable, où chacun fourbit ses armes.

Par Jean Guisnel  Publié le 07/07/2021 LE POINT

Le monde n’en a pas fini avec la pandémie de Covid-19, loin de là. Mais à Washington, Pékin, Moscou, Paris, les experts en prospective planchent déjà sur le coup d’après. Quelles seront les prochaines crises auxquelles devra faire face l’humanité ? Où apparaîtront les nouvelles lignes de front ? Comme tous ses prédécesseurs, Joe Biden a trouvé un  rapport fort éclairant sur son bureau en arrivant à la Maison-Blanche. Écrit par le renseignement américain, il souligne que la pandémie a causé « la plus forte perturbation mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale ». Dans le même temps, la révolution numérique, l’émergence de l’intelligence artificielle, le réchauffement climatique et une poussée de la dénatalité inattendue attisent les tensions aux quatre coins du monde.

Le nouvel éléphant dans ce magasin de porcelaine, c’est bien entendu la Chine. L’émergence de l’empire du Milieu conduira-t-elle à un nouveau monde bipolaire ?  Les services secrets chinois se préparent au grand affrontement avec l’Occident et tentent de placer leurs pions partout en Amérique et en Europe, comme le montre notre enquête. Côté américain, on semble pris de court par la montée en puissance de ce nouvel ennemi. La  CIA peine à tisser sa toile sur l’immense territoire chinois, encore mieux gardé que ne l’était l’Union soviétique au XXe siècle. Les Russes ont, eux, parfaitement géré la révolution numérique, faisant du FSB un service aussi redouté que l’était son ancêtre, le KGB. Sous l’égide d’un homme secret qui ne dépend que de Vladimir Poutine, le  FSB a d’ailleurs conservé certaines des pratiques les plus radicales du KGB. Au Moyen-Orient, le  Mossad devrait garder la suprématie, mais son obsession à l’égard de l’Iran l’empêche d’avoir une vision politique à plus long terme.

Dans ce paysage, où se situe la France ? Pour savoir comment notre pays prépare l’avenir, il faut se rendre dans un lieu confidentiel. Dans une aile de l’hôtel des Invalides, dans le 7 e arrondissement de Paris, le Secrétariat général de la défense nationale (SGDSN) est un petit camp retranché. Les lieux, hérités du XVIIIesiècle, protègent les secrets de la République. Il faut franchir deux postes de gendarmerie et se délester de ses appareils connectés pour pouvoir entrer. Placé sous l’autorité du Premier ministre, l’organisme supervise les exportations d’armement, la protection informatique du pays ou encore les interceptions de sécurité. Abrités derrière ses murs épais, ses fonctionnaires sont chargés – avec l’aide des services de renseignement – de préparer la France aux crises de demain. Du moins les prévisibles… Car l’épidémie de Covid-19, qui progresse sans que personne sache quand elle s’arrêtera, pousse à la modestie. « Nous n’avons pas la prétention d’imaginer la crise de 2030. Celles du passé nous imposent l’humilité », concède le préfet Stéphane Bouillon, patron du SGDSN. Pour autant, son service échafaude différents types de scénarios : cyberattaques, réchauffement climatique hors de contrôle, catastrophes naturelles, crises migratoires… « Nos travaux, parfois classés « secret », permettent de se rendre compte d’une chose : nous aurions du mal à affronter certaines crises, poursuit-il. Des attaques visant l’approvisionnement pétrolier ou des câbles sous-marins, par exemple, secoueraient le pays. Mais nous ne sommes pas impuissants, la France prend des dispositions diplomatiques ou militaires pour éviter ce genre de crise auxquelles, comme tous les grands pays, nous réfléchissons sans cesse. » 

Menaces. Contrairement à son homologue américain, le SGDSN n’ambitionne pas de rédiger de grands rapports, explique Stéphane Bouillon. Mais il suit de très près ce qui se passe outre-Atlantique. Récemment, un événement a particulièrement retenu l’attention des services de renseignement : l’attaque menée en mai par des pirates informatiques contre le Colonial Pipeline, aux États-Unis. Conseillé par le FBI, le gérant de l’oléoduc a rapidement accepté de payer une rançon (75 bitcoins, soit 2,133 millions d’euros) aux hackeurs pour que puisse s’effectuer la remise en service. Terrible aveu de faiblesse… Les opérateurs d’importance vitale sont invités à une vigilance particulière, confirme le préfet. Notamment concernant les entreprises comme TotalEnergies, EDF ou Orange, « qui concourent à la production et à la distribution de biens ou de services indispensables à l’exercice de l’autorité de l’État, au fonctionnement de l’économie, au maintien du potentiel de défense ou à la sécurité de la nation ».

Fin 2022, le SGDSN affrontera une difficulté majeure : réfléchir aux questions, qui, jusqu’ici, ne se sont jamais posées, y compris dans les régions du monde que la France est supposée connaître le mieux.

La dernière affaire ayant franchi le silence des murs épais du renseignement français illustre le manque d’anticipation des autorités, chef des Armées et président de la République inclus. Elle concerne le coup d’État du colonel Assimi Goïta au Mali, le 19 août 2020. En pleine opération Barkhane, alors que cet officier dirigeait les forces spéciales de son pays, ce qui en faisait un partenaire quotidien des forces françaises et des services de renseignement, sur place depuis sept ans, personne n’a vu le putsch arriver ! Défaillance du renseignement technique ou du renseignement humain ? Sans doute les deux…. Cet échec cuisant attribué à la DGSE aurait provoqué l’exaspération d’Emmanuel Macron, prompt à exiger une enquête. Un expert en la matière en tire quelques leçons : « Dans les services français, ils pensent que l’anticipation, c’est un truc vulgaire pratiqué par des intellectuels et des écrivains. Ils sont trop occupés avec leurs données techniques pour comprendre ce qui va se jouer sous leurs yeux. » Pointée du doigt, la DGSE a rétorqué – selon nos informations – qu’elle avait assez à faire avec le contre-terrorisme pour s’occuper de tels dossiers, faisant porter la responsabilité de cet échec aux armées.

Comment faire pour régler ces difficultés et répondre efficacement aux défis qui se poseront demain ou dans vingt ans ? À en croire ce même interlocuteur, il faut miser sur l’« analyse anticipative, le meilleur moyen pour produire du bon renseignement. Mais la  DGSE  ne favorise pas cette filière, dont la refonte est un serpent de mer. La vérité ? Le directeur général ignore ce sujet et son directeur du renseignement s’en fout ! » Pourtant, une « mission prospective » de la DGSE, chargée de faire preuve d’imagination et associant des analystes issus de plusieurs directions, a été mise en place par Martin Briens, un diplomate aujourd’hui directeur de cabinet de la ministre des Armées, Florence Parly, quand il était directeur de la stratégie du service de renseignement extérieur français. Il s’agissait en 2016-2017 d’« apporter des analyses divergentes, tant sur les affaires présentes que sur l’avenir », explique un excellent connaisseur du renseignement extérieur sous l’ère Macron. « Il ne faut jamais oublier de se poser cette question : comprenons-nous convenablement les enjeux ? » Les travaux de la « mission prospective » sont secrets mais Le Point a eu vent d’une étude récente et novatrice sur « l’Internet des objets ». Sera-t-elle rendue publique un jour ?

Serpent de mer. Le service de renseignement extérieur a également lancé le cercle de réflexion Interaxions, afin d’« enrichir les capacités d’analyse et d’anticipation de la DGSE dans un contexte international particulièrement incertain ». Avant d’être bousculé par la crise sanitaire, Interaxions avait organisé plusieurs colloques fermés auxquels étaient invités des chercheurs et des universitaires, des membres de la communauté française du renseignement, des collaborateurs de services étrangers et quelques journalistes amis du service. La DGSE réfléchit à la reprise des activités d’Interaxions, tout en préparant un livre compilant ses travaux. Mais est-elle la mieux placée ?

Au Quai d’Orsay, il existe un Centre d’analyse de prévision et de stratégie (CAPS), créé en 1974 sous Georges Pompidou. Toujours très actif aujourd’hui pour proposer à la diplomatie française des « visions alternatives et des chemins de traverse », selon l’un de ses anciens cadres, le CAPS demeure discret. Ses notes d’analyse sont réservées aux cercles dirigeants, mais les plus pertinentes sont rassemblées dans les Carnets du CAPS. Peu tenté par la prospective et privilégiant le soutien aux affaires en cours, le CAPS avait néanmoins publié en 2017 le hors-série Les Mondes de 2030. Son directeur de l’époque, Justin Vaïsse, ne cachait pas ses doutes sur l’utilité de l’exercice : « En 1932, que pouvait-on prévoir de 1945 ? On sait combien il est illusoire de prédire l’avenir, combien l’Histoire en marche est difficile à déchiffrer et à quel point l’inattendu et les surprises se moquent de notre tendance à projeter le connu, le familier et le linéaire sur l’avenir. » Les rédacteurs avaient travaillé sur deux axes : la puissance planétaire sera-t-elle distribuée ou concentrée entre les mains de quelques États ? Comment les différents acteurs du système international parviendront-ils, ou pas, à coopérer ? Le document passe en revue huit « mondes possibles ». Ceux qui seraient « non coopératifs » vont du « monde du tyran » à « l’état de nature » en passant par la « guerre du Pacifique » et le « monde des carnivores » ; quant à la coopération, elle générerait l’un de ces quatre mondes : la « Pax americana », le « monde du G2 », le « concert des nations » ou le « village global ». Lequel l’emportera dans dix ans ? Bien malin qui saurait le dire…

Fourniture d’électricité. À ce rapport on peut ajouter celui du Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture, MOND’Alim 2030, panorama prospectif de la mondialisation des systèmes alimentaires et la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale, commandée par Emmanuel Macron dès son arrivée à l’Élysée au député européen et ancien cadre de la DGSE, Arnaud Danjean.

Cependant, Le Point s’est laissé dire que le chef de l’État était moins gourmand de futorologie que de prévision à court terme… En l’occurrence, Emmanuel Macron peut s’appuyer sur un autre organisme, France Stratégie, placé auprès du Premier ministre, Jean Castex. Cette institution a pour ambition d’« évaluer, [d’]anticiper, [de]débattre, [de] proposer » des pistes pour l’avenir de la France. Et le président a choisi l’ancien ministre centriste François Bayrou pour ressusciter le Haut-Commissariat au plan. Ses plus récents rapports concernent la fourniture d’électricité et la démographie, « clé pour préserver notre modèle social ».

Au ministère des Armées, on réfléchit aussi à l’avenir. Plusieurs organismes planchent en sourdine sur la prospective, dont le Centre d’analyse technico-opérationnel de défense de la Direction générale de l’armement, le Groupe d’orientation stratégique militaire et le Groupe d’anticipation stratégique.

Collégial. Le patron de la DGSE, Bernard Émié (à g.), s’entretient avec le chef du renseignement extérieur allemand, Bruno Kahl (au c.) et son homologue du MI6, Alex Younger, à Munich, le 15 février 2019.

Michel Houellebecq. Autre antenne discrète, la direction Stratégie de défense, prospective et contre-prolifération, dépendante de la Direction générale des relations internationales et stratégiques. Sauf exception, leurs documents n’ont pas vocation à sortir de circuits étroits de la haute administration. « C’est le gage de notre liberté de réflexion, nous n’avons pas de sujet ni le point de vue de tel ou tel à défendre », explique l’un des ses cadres. « Notre travail porte sur le paysage conflictuel des zones intéressant la France, poursuit-il. Nous avons vocation à aider les décideurs. Nos horizons sont larges : ils vont de deux ans pour certaines situations à deux lois de programmation militaires (dix ans) pour d’autres. » Ces services commandent nombre d’études à des organismes internes au monde de la défense (Institut de recherches stratégiques de l’École militaire) ou à des think tanks extérieurs (Fondation pour la recherche stratégique, Institut français des relations internationales, Institut de relations internationales et stratégiques).

À l’instar des États-Unis, les prévisionnistes français ont la Chine pour constant objet de recherches. L’un d’eux s’interroge : « 95 % des analystes présupposent que Xi Jinping a plus de pouvoir que Mao. Ils n’imaginent pas qu’il puisse être un pantin du Parti, qui avait juste besoin d’une figure forte. La réalité, c’est que le cœur du Parti est une boîte noire. On distingue le signal, on n’imagine pas le scénario… Si on ne met pas nos intelligences en commun, on tombe dans ce que les Américains appellent « failure of imagination », l’échec de l’imagination. » 

Le 7 juillet, l’Agence d’innovation de défense (AID) a présenté ses travaux, fondés sur des scénarios imaginés par des auteurs de science-fiction réunis dans une Red Team , opposés à des militaires et à des experts réunis dans une Blue Team. Directeur de l’AID, Emmanuel Chiva explique que ces travaux consistent à chercher à comprendre ce qui pourrait se passer en 2060 ou 2070. « Les artistes pensent de manière différente. Les auteurs de science-fiction, en particulier, ne sont pas inféodés aux manières classiques de réfléchir. Ils savent imaginer les réponses de l’être humain aux progrès de la science et de la technologie, selon la formule d’Isaac Asimov. » Même en matière de prospective militaire, la France aime s’en remettre à ses artistes… La DGSE a-t-elle pensé à contacter Michel Houellebecq ?

Espions, diplomates, militaires, artistes… tous sont d’accord : la question de la technologie est cruciale pour les choix stratégiques d’un pays comme la France. La planète compte plus de téléphones portables que d’habitants. Le chef de l’État a suivi les conseils des experts militaires et industriels : pour espionner et conduire les guerres futures, il a engagé la France dans des programmes technologiques colossaux, dévoreurs de crédits de recherche et de développement. Pour tenter de comprendre ce qui se joue hors de nos frontières, la DGSE dispose d’un budget de plusieurs centaines de millions d’euros par an qui lui permet de se doter des moyens techniques d’interception et de traitement du big data les plus performants. Quant aux armées, elles se préparent aux guerres futures. Le Système de combat aérien du futur (  Scaf ), successeur du Rafale et de l’Eurofighter, devrait être opérationnel à partir de 2040, au moins jusqu’à la fin du siècle. Les futurs sous-marins nucléaires lanceurs d’engins glisseront entre deux eaux à partir de 2036, pour soixante ans et plus.

  • C’est déjà demain. Le Système de combat aérien du futur (Scaf), successeur du Rafale et de l’Eurofighter, devrait être opérationnel à partir de 2040. 
  • Opération Red Team. Créée par le patron de l’Agence d’innovation de défense, Emmanuel Chiva, avec le soutien de la ministre des Armées, Florence Parly, la Red Team française est composée d’auteurs de science-fiction qui imaginent ce qui pourrait se passer en 2060…
  • …le 4 décembre 2020, l’équipe a rendu ses premiers scénarios de la « saison zéro », alliant ascenseur spatial, nation pirate, soldats augmentés (ci-dessus)…

Épouvantail. Un responsable des armées souligne en ces termes la difficulté de bien s’armer pour l’avenir : « Nous devons nous assurer que les décisions d’aujourd’hui auront des conséquences positives, alors que nous n’avons aucune idée de ce que sera la conflictualité en 2060 ou en 2070… » Comment gérer ces guerres hybrides dans lesquelles la France est aujourd’hui engagée, au Sahel ou au Moyen-Orient, contre les terroristes low-tech ? En octobre 2020, le futur chef d’état-major des Armées, le général Thierry Burkhard, avait publiquement fait part de ses inquiétudes sur un avenir « avant tout marqué par l’incertitude, renforcée par de nombreux bouleversements stratégiques récents, accentués par la difficulté des Européens à concevoir et à organiser par eux-mêmes les conditions de la défense collective de leur continent ».

Faut-il que la France persiste à se doter des armes les plus sophistiquées possible, chères et en petit nombre ? Ou bien doit-elle s’orienter vers des moyens moins chers et plus nombreux, comme les drones de tous types dont s’équipent des armées comme celles de la Turquie, qui s’en est servie abondamment et avec succès en Libye ou lors du récent conflit dans le Haut-Karabakh ? Avis d’un connaisseur : « En France, on a le nez sur le terrorisme et, pendant ce temps, on n’anticipe rien ! Les armées se plaignent de leur manque de capacité à frapper les défenses sol-air adverses qui, devenues très efficaces, empêchent les avions de combat d’approcher. Au Haut-Karabakh, les Turcs ont réglé le problème en attaquant les missiles sol-air avec des drones nationaux efficaces et bon marché. » La France en serait-elle capable ? Pas à l’heure actuelle…

Cet expert en prospective, proche des services de renseignement, souligne les efforts et le rythme ultrarapide auquel progressent la Chine et la Turquie, qui, tout comme la Russie, font figure d’épouvantails : « Nous voyons bien que les acteurs les plus agressifs cherchent à assurer la continuité entre le haut et le bas du spectre militaire. Les leçons pour notre pays sont claires : nous aussi devons être en mesure d’intervenir dans tous les champs de la conflictualité, en maîtrisant la grammaire de l’escalade. Face aux autocrates autoritaires, nous sommes cependant tenus par nos règles : si nous ne disons pas tout, nous ne mentons pas, contrairement aux Russes, pour ne citer qu’eux ! » Martin Briens regrette que la France ne soit plus assez engagée dans la pratique des wargames, délaissée malgré un exercice réussi en décembre 2018 : « On travaille trop peu sur les scénarios d’avenir, alors que c’est extrêmement instructif. Je souhaiterais qu’on développe la collaboration interministérielle, en y associant l’École de guerre et le Centre des hautes études militaires. Nous avons en revanche fait des progrès en analyse « disruptive », c’est-à-dire dans la réflexion concernant des secteurs vraiment différents, imaginée par notre Red Team avec des écrivains de science-fiction, mais pas seulement ! » Car, depuis Pierre Dac, on est sûr d’une chose : « Les prévisions sont difficiles, surtout quand elles concernent l’avenir ».

Consultez notre dossier : Comment les services secrets voient notre avenir

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :