MEMORABILIA

Gangrené par la drogue et la violence, le Nord-est de Paris va-t-il bientôt craquer ?

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Depuis des mois, les habitants du quartier de Stalingrad sont excédés par la présence de consommateurs de crack. Mercredi 30 juin, la maire de Paris a décidé de déloger les toxicomanes du jardin d’Eole dans le 18e arrondissement, où ils avaient élu résidence. Mais depuis, ils errent dans les rues. Reportage. 

Par  Tanguy Kevin Publié le 12 juillet 2021 VALEURS ACTUELLES

Toxicomanes au Jardin d’Eole ©SIPAPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

« Il y a des drogués partout. » La phrase revient à chaque conversation avec les riverains du quartier de Stalingrad. Il suffit de se promener pour se rendre compte de la réalité peu reluisante. Anne Hidalgo a beau considérer que sa ville est « plus belle » depuis son arrivée à la mairie, les faits la rattrapent. A quelques mètres de la station de métro Stalingrad, se situe une école où les parents d’élèves et animatrices scolaires ne mâchent pas leurs mots sur la situation. « J’ai déjà dû me défendre moi-même », confie une accompagnatrice après qu’un individu sous emprise de crack s’est introduit dans l’école. L’animatrice a dû user de sa voix et de son courage pour faire déguerpir l’individu. De même pour Manël qui, un soir en rentrant chez elle, s’est retrouvée face à un toxicomane muni d’un rasoir. La mère de famille a dû faire appel à son mari pour qu’il déloge le drogué. Depuis cet incident, devenu monnaie courante dans le quartier, elle persiste et signe : « Je veux quitter cet endroit, je ne veux plus en entendre parler. »A LIRE Crack à Stalingrad : le jardin d’Eole devrait être rendu aux habitants avant fin juin

Au bout de la rue, se trouve le tristement célèbre jardin d’Eole, encerclé par d’énormes grilles de métal. Cela fait plusieurs mois que la situation est de plus en plus tendue avec les habitants. Il y a deux semaines, des jeunes du quartier ont lancé des tirs de mortiers en plein jour sur les toxicomanes pour les faire fuir. Au croisement de la rue, à droite, attablée à la terrasse d’un bar rempli de monde, une bande d’amis souriante savoure une bière sans se soucier de ceux qui les entourent. A côté d’eux, un homme d’une quarantaine d’années tente de vomir en s’appuyant contre un arbre. Certaines personnes ont semble-t-il réussi à faire abstraction de la situation. Le bar est séparé du jardin par la rue d’Aubervilliers, et au bout de l’avenue se trouve la nouvelle « Colline du crack ».

D’où viennent-ils ?

Une mère de famille explique que « tout a changé en 2016, avec l’arrivée des camps de migrants ». Un phénomène confirmé par le conseiller régional Libres Pierre Liscia : « Il y a eu des milliers de personnes dans des tentes qui se sont installées tout le long de la porte de la Chapelle dans un périmètre où existait déjà la consommation de crack. » En effet, lors de la crise migratoire de 2015, plus d’un million de réfugiés ont été recensé dans l’espace Schengen et l’immigration a nourri le trafic de drogue. L’arrivée de migrants a été une aubaine pour les dealers de crack qui ont profité d’une population précaire, « parfois en leur offrant la première dose », explique Pierre Liscia. La rencontre des deux phénomènes, avec d’un côté la toxicomanie et de l’autre l’immigration massive, a engendré la « Colline du crack », porte de la Chapelle. Un endroit, qui a longtemps été un pôle du trafic de drogue parisien démantelé plusieurs fois, avant de se déplacer dans le quartier de Stalingrad.

« Quand les chats ne sont pas là, les souris dansent »

A LIRE Quartier de Stalingrad à Paris : un homme suspecté de viol en pleine rue a été écroué

Les drogués se trouvent principalement à l’angle du pont Riquet. Plus d’une centaine de personnes sont présentes 24h/24h. Ce jour-là, ils consomment de la drogue sous les yeux innocents d’un enfant en trottinette. Face à eux, un camion de CRS avec une équipe de plusieurs policiers prêts à intervenir en cas d’urgence. Une mesure qui ne semble pas démesurée : une atmosphère d’insécurité est présente en permanence dans ce quartier aux alentours du jardin d’Eole. Au moment de la sortie des classes, des agents de sécurité de la mairie de Paris font le pied de grue devant l’école. Des dispositifs qui ne suffisent toutefois pas à éviter des drames.A LIRE Un viol filmé en direct : à Stalingrad, l’enfer continue pour les riverains

Il y a deux semaines, un enfant de deux ans a été blessé par un toxicomane. Pourtant, la mairie tente de maintenir une présence policière accrue. Mais les CRS ou les agents de sécurité de la Ville « ne sont pas toujours là, et c’est un véritable problème », déplore Camille, qui habite proche du jardin d’Eole. La situation se résume au jeu du chat et de la souris. « La semaine dernière, des tirs de mortiers ont éclaté à 01h00 du matin, mais les forces de l’ordre étaient parties aux alentours de minuit », raconte-t-elle. Des forces de l’ordre qui ne peuvent agir en l’absence de volonté politique. Au point que certains gendarmes conseillent parfois aux riverains de trouver des solutions par eux-mêmes.

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