MEMORABILIA

EDITO. Hier soir, le président Macron a donc livré à la France sa vision de la crise sanitaire, ses annonces et ses projets. Une allocution à sa propre gloire et à celle de son gouvernement qui ressemblait beaucoup à un discours de campagne. Un discours gravé dans le « en même temps », entre éloges mielleux et flicage répressif.

Un cynique en campagne

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La rédaction. Publié le 13 juillet 2021. FRONT POPULAIRE

« Là aussi, je demeure constant », a déclaré hier soir le président de la République, Emmanuel Macron, au fil de l’égrènement sournois de ses renoncements déguisés pour l’occasion en actes de bravoure politique. « Constant », c’est vraiment le mot et pour une fois il n’est pas usurpé. Constant dans l’à peu près, le bricolage et la division des Français.

Aussi et surtout constant dans le « en même temps », lequel a permis, par un jeu de pression sociale assez pervers, de rendre obligatoire la vaccination de fait sans la rendre obligatoire de droit. Emprisonné dans ses propres filets de communicant perpétuel, le Président a donc sorti sa carte magique « en même temps ». Pas d’obligation vaccinale non, car il est bien plus noble de « convaincre » les citoyens…

Mais M. Macron n’étant plus capable de convaincre qui que ce soit (en témoignent les résultats des régionales) par le mépris mal dissimulé et les explications logorrhéiques, il nous a bricolé une vaccination obligatoire dissimulée en annonçant l’extension du pass sanitaire aux « lieux de loisir et de culture » à compter du 21 juillet et le déremboursement des tests PCR à l’automne.

Il faut dire qu’en novembre dernier, Emmanuel Macron avait clairement annoncé qu’il ne rendrait pas la vaccination obligatoire. En outre, à l’heure actuelle, seuls trois pays au monde l’imposent : le Turkménistan, le Tadjikistan et le Vatican. Fermez le ban !

Diviser pour mieux régner

À partir d’un certain degré de « constance » dans le bricolage et le « en même temps » (l’un parce que l’autre), le temps des questionnements est révolu. Toutes les données convergeaient depuis deux semaines (pour ne pas dire un mois) vers une nouvelle hausse épidémique en raison du variant Delta. Malgré cela, le gouvernement a attendu le dernier moment pour finir par annoncer des mesures drastiques en plein milieu de l’été sans qu’il soit possible de s’organiser dans un délai raisonnable.

Va donc en résulter une société dystopique où chaque bar à vin deviendra un checkpoint. Un environnement social explosif après plus d’un an de vie passée en suspension. Ce contexte qu’on croirait presque volontairement mal organisé, divise plus que jamais les Français à une heure pourtant propice au grand rassemblement. Que voyons-nous autour de nous ? Des Français qui s’opposent sur la stratégie vaccinale, sur le pass sanitaire, sur le confinement, sur les traitements, sur les médecins, sur les couvre-feux…les uns accusant les autres de collaboration et réciproquement. S’il est difficile de dire qui gagnera à ce jeu-là, il est assez facile de prédire que le peuple français sera perdant.

L’exemple des soignants, désormais sommés de se faire vacciner, en atteste. Les récalcitrants « ne pourront plus travailler et ne seront plus payés » à partir du 15 septembre, a annoncé hier le ministre de la Santé Olivier Véran. Quoi qu’on pense du fond de la mesure, quelle est cette stratégie qui consiste à désigner en paria ceux que l’on présentait il y a à peine quelques mois comme des héros de la « première ligne » ? Encore et toujours du « en même temps », du bricolage et de la division.

Car qui a entendu hier soir prononcer le mot « hôpital » ? Puisqu’une quatrième vague est paraît-il imminente, pourquoi, depuis maintenant des mois, n’est-il jamais question de renforcer l’hôpital ? Cela fait un an et demi que nous savons que le facteur limitant n’est pas tant le virus en lui-même que la sous-capacité des hôpitaux à accueillir les citoyens atteints de formes graves. Qu’en est-il de cet hôpital détruit par la rigueur budgétaire ordolibérale imposée par l’UE ? Nous n’en saurons rien. Mieux vaut accabler les soignants et les empêcher de travailler, histoire de baisser encore les effectifs ! Du bricolage au sabordage, il n’y a plus grand-chose.

En campagne et sans gêne

Il faut dire que notre président avait une autre priorité hier soir : nous faire le récit de ses propres mérites et ceux de son redoutable gouvernement à grands coups d’« efforts proportionnés », de « vigoureux rebond » et de « résultats incontestables » pourtant contestés par à peu près tout le monde.

Un vrai discours de campagne où il a été question du retour de la croissance, du retour des emplois détruits par le Covid, du retour du travail et de l’autorité, du retour du soutien aux élèves et aux jeunes, aux professeurs et aux personnes âgées, bref du retour des dauphins et des licornes. Mais pas d’augmentations d’impôts, rassurez-vous…et n’oubliez pas de voter pour moi !

La réforme des retraites ? « En même temps » également, c’est-à-dire oui et non. Oui à la réforme mais quand l’épidémie sera sous contrôle, car la primauté doit revenir à la santé… pourtant là encore, nous avons un fermant de division autour des régimes spéciaux sous couvert d’égalité abstraite.

Notre monarque gèle une partie de ses réformes impopulaires au nom du contexte pour préserver la santé des Français…et ses chances de réélection.

Alors que son parti est délégitimé à un niveau historique (réunissant 3,5% des électeurs inscrits aux élections régionales), Emmanuel Macron, très satisfait de lui-même, poursuit donc sa course comme un hamster sous perfusion dans la roue du désastre. Il fallait un cynisme en béton armé pour détourner une allocution de bilan de crise sanitaire en discours hagiographique de campagne. Et pourtant… Preuve que rien ne nous sera épargné d’ici avril 2022.

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