MEMORABILIA

Lettre à un président « malchanceux »…

OPINION. Si prompt à invoquer la détresse de la jeunesse comme argument de conquête électorale, le président tente bon gré mal gré de se positionner en protecteur des malchanceux. Ce qui, vu son parcours de vie, semble être une stratégie pour le moins osée.

Auteur

Bernard PEROTIN. Publié le 16 juillet 2021. FRONT POPULAIRE

Monsieur le président, Il y a quelque temps, vous avez déclaré qu’il n’était pas « facile » d’avoir 20 ans en 2020, au contraire des « baby-boomers » qui se la coulaient douce… Il est évident qu’en 1914, 1939 et 1955, tous les jeunes de 20 ans sautaient de joie, et avaient toutes les raisons de se réjouir et de faire la fête tant les conditions de vie étaient idylliques. Mon pauvre Emmanuel, vous n’avez vraiment pas eu la veine de profiter de ces sublimes périodes historiques… Vous avez eu la malchance de ne pas connaître ces époques bénies avec des journées de travail de 12 heures, dans les champs, ou des 3 x 8 en ville avec le confort des ILM, des levers à 5 heures, toilette sommaire, café, vélo, métro, gamelle, bistro, marmots, dodo… Ah ! la belle époque que ces années folles !

Et en plus vous avez eu la malchance insigne de rater la meilleure période qui soit, celle des «classes creuses» qui va de 1930 à 1942, environ. Celle où on a rigolé le plus, avec le krach boursier et la montée du nazisme ! Nos parents en ont encore la rate dilatée par le führer, non, par leurs fous rires… Ces classes, fraîches et joyeuses, mais en voie d’extinction, je vous le concède, ont eu l’immense privilège de connaître la guerre, l’exode, les bombardements, l’occupation, les dénonciations, les disparitions, les privations, les camps d’extermination, la faim, la peur, les tickets de rationnement… Ceux qui étaient parisiens goûtaient, en plus du bonheur de la défense passive d’aller dormir, chaque nuit de bombardement dans le métro, en dévalant à moitié endormis les escaliers gigantesques de la porte des Lilas et les écoliers se réjouissaient d’avoir classe dans les sous-sols ou dans les caves de leurs écoles ou de leur lycée ! L’aventure toujours l’aventure… C’était vraiment chouette, car on ne savait jamais si on allait remonter à l’air libre, mais ensuite la vie recommençait comme tous les jours…

Les 2 millions de Français, prisonniers des Allemands un peu partout en Europe, s’amusaient follement de cette situation, transportés, nourris, blanchis, chauffés par l’ennemi, je suis sûr que vous auriez aimé ce «confinement», tant vous semblez goûter la promiscuité la plus intime. Pour leur part, les mères de famille avaient organisé un véritable jeu de piste. Cela s’appelait la chasse au ravitaillement et elles avaient le rare privilège de pouvoir faire la queue pour acheter des denrées diverses pour leurs J1, J2 ou J3 de rejetons et s’entendre souvent dire arrivées à la porte du commerçant : «Plus de viande, plus de pain, plus de charbon… » Bah ! ça ne fait rien, disait ma mère, resteront bien encore deux ou trois épluchures de patates ou de carottes qu’on pourra récupérer et qui feront une soupe bien consistante… et on attendait les 30 g de viande pour la semaine suivante.

Par contre pour vous, manque de chance : vous êtes séquestré dans un palais où on ne manque de rien, sauf de chaleur humaine… Un an après la libération, tout ce petit monde — là est rentré, parfois sur la pointe des pieds (on n’aime pas une armée vaincue, et on veut ignorer le retour des déportés qui rappelle trop de mauvais souvenirs), a retroussé ses manches et s’est mis au boulot avec une ardeur incroyable. Car tout ou presque était à reconstruire. Et à partir de 1945, par pure inconscience, ils ont fait des enfants qui ont trimé et vieilli, à leur tour, les fameux «baby-boomers».

Et maintenant on reproche aux têtes chenues leurs efforts et leur aisance supposée, parce qu’on a oublié ou fait semblant d’oublier ce qu’ils ont fait et enduré, et le peu de bonheur qu’ils ont acquis ! Les vieux, surtout les très vieux, ceux qui ont bouffé de la vache enragée avec leurs parents, deviennent gênants, voire très gênants… Ils sont presque une insulte à la jeunesse, à qui l’on fait sciemment oublier que ces «vieux» ont été jeunes et que leur jeunesse leur a été totalement volée pour qu’eux-mêmes et leurs parents puissent vivre en paix !

Alors Emmanuel Macron, pour 2022, saisissez votre chance : ne vous représentez pas ! Vous avez déjà eu la malchance de naître dans une famille riche qui vous a volé votre jeunesse en vous faisant vivre dans l’opulence et dans l’insouciance ! Ensuite, on vous a forcé à faire des études supérieures dont vous ne vouliez pas, puisque votre projet était de faire du théâtre… Vous avez enfin été contraint de faire un séjour chez les Rothschild, firme où on vous a forcé à brasser des millions d’euros et à exécuter des opérations financières planétaires, dont vous ne vous êtes jamais remis, d’où votre surnom de «banquier»! Une élection à la présidence de la République, à l’insu de votre plein gré, comme on dit dans le peloton, est venue parachever ce début de vie calamiteux. Un vrai désastre…

Mais tout n’est pas perdu. En ne vous représentant pas à l’élection de 2022, vous allez enfin pouvoir changer de trottoir, connaître les joies du chômage, les transports en commun bondés, les affres de la faim, les odeurs et senteurs des HLM que vous appréciez tant. Toute la musique rap de vos amis tels que Youssoupha, dont vous raffolez et vous délecter des feux d’artifice nocturnes tirés par la police pour égayer les populations défavorisées des banlieues et même de Paris maintenant. En somme, vous aurez la chance inespérée de vivre la vraie vie. Allez-y, ne ratez pas l’occasion, vous n’aurez pas deux fois cette opportunité. Ne vous laissez pas voler votre «vieillesse»! Et rappellez-vous que les boutons de manchette ne se mangent pas, même à la une des journaux… La fortune sourit aux audacieux, alors n’hésitez plus. Après il sera trop tard, le diable va s’en mêler, et ce sera la «scoumoune» totale ! Allez, encore un effort, Monsieur Macron, et même la pandémie vous sourira…

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