MEMORABILIA

« C’est kafkaïen » : le cauchemar des expatriés français voulant retourner en Chine

Scroll down to content

Rentrés dans l’Hexagone après la première vague de Covid, les expatriés français tentent de revenir en Chine pour y retrouver leur « vie d’avant ». Un casse-tête qui vire parfois à l’humiliation…

Durée : 3 minDes personnes portant des masques se rassemblent à l'aéroport de Pékin à Pékin, en Chine, le 23 janvier 2020, avant les vacances du Nouvel An lunaire chinois (illustration)

Des personnes portant des masques se rassemblent à l’aéroport de Pékin à Pékin, en Chine, le 23 janvier 2020, avant les vacances du Nouvel An lunaire chinois (illustration) The Yomiuri Shimbun

par Sébastien Le Belzic (à Pékin). publié le 17/07/2021 L’EXPRESS

Sur le réseau social chinois WeChat, les 201 membres du forum « Exilés en Europe » trépignent. « Je suis coincée depuis plus d’un an en France et toutes mes affaires sont restées en Chine », écrit une professeure de Français.  Lire aussi >> Origine du Covid : le mystérieux laboratoire P4 livre certains de ses secrets

Même galère pour les 8000 étudiants français inscrits dans les universités chinoises, qui ont dû quitter leur chambre en catastrophe en février 2020. Depuis, personne n’a pu y revenir.  

Liste noire

Comme la Belgique et l’Italie, l’Hexagone fait partie de la « liste noire » dressée par le gouvernement chinois. Pour les ressortissants de ces 14 pays, obtenir une autorisation pour retourner dans l’Empire du Milieu relève du parcours d’obstacle.

L’obtention d’un visa est en effet soumise à plusieurs contraintes : une lettre d’invitation des autorités chinoises ; deux tests PCR et sérologiques avant le départ dans l’un des deux seuls centres parisiens accrédités par l’Ambassade de Chine et, surtout, il n’est plus possible de voyager avec sa famille.

« Les lettres d’invitation préalables aux demandes de visa ne sont délivrées qu’aux seules personnes venant travailler en Chine, leurs familles en étant exclues », a déploré Laurent Bili, ambassadeur de France en Chine, dans un courrier aux résidents français. La France estime ainsi que 400 de ses ressortissants sont en attente d’un visa. Et depuis 2019, le nombre d’expatriés français en Chine a baissé de près de 6%.

Test dans la gorge… et dans l’anus

Préoccupé par la propagation spectaculaire du variant delta sur la planète, Pékin, qui n’envisage pas de réouverture partielle de ses frontières avants les jeux olympiques d’hiver de Pékin (mars 2022), a encore durci les contrôles à l’entrée. Les quarantaines ont été portées à trois semaines, certains Occidentaux étant même soumis à leur arrivée à des traitements… radicaux. Les autorités européennes se sont ainsi indignées de voir plusieurs ressortissants espagnols et allemands hospitalisés de force à leur arrivée en Chine. « Leur taux d’anticorps était supérieur à la limite imposée par le pays d’accueil, explique-t-on de source consulaire. Ce qui était normal, puisqu’ils étaient vaccinés ! »  

Peu importe, les Chinois ne veulent prendre aucun risque. « Je suis resté trois jours à l’isolement dans un hôpital sans mes bagages », témoigne l’un d’eux, qui a dû se soumettre quotidiennement à deux prises de sang, deux tests dans la gorge, deux dans le nez et même dans l’anus, avant de passer une radio des poumons et d’être autorisé à effectuer le reste de sa quarantaine dans un hôtel spécialement réquisitionné, le tout à ses frais. 

Même vaccinés, les Français n’échappent pas aux suspicions – et ce dans les deux sens ! Les vaccins autorisés en Chine et en France n’étant pas les mêmes, les expats sont en effet autant « suspects » à Pékin qu’à Paris ! L’un de nos compatriotes, vacciné à Pékin avec un sérum chinois, s’est vu refuser la délivrance d’un passe sanitaire, une fois rentré en France. « C’est kafkaïen », témoigne-t-il. Dans l’autre sens, c’est la même galère pour ceux qui n’ont pas été inoculés avec les vaccins chinois Sinopharm ou Sinovac !  

Grande muraille sanitaire

Et même si l’on décroche le précieux sésame, rien ne garantit de pouvoir monter dans un avion. Avec seulement six vols directs pour Paris par semaine, dont trois opérés par Air France, contre 32 pour la Corée du Sud ou dix pour l’Allemagne, la France est bien mal lotie et les vols souvent annulés à la dernière minute. Certains pays comme l’Allemagne ou l’Italie tentent d’affréter des charters pour leurs expatriés, mais rien n’est prévu pour les Français. Une enquête de la Chambre de commerce européenne en Chine révèle que les trois quarts des entreprises sont affectées par ces restrictions de voyage.

Certains Occidentaux voient dans l’édification de cette « grande muraille sanitaire » une manoeuvre de Pékin pour « siniser » les cadres des multinationales. Sans possibilité d’envoyer des expatriés sur place, beaucoup d’entreprises doivent se résoudre à confier les clefs de leur filiale à des Chinois. Avec le risque de voir fuiter des secrets industriels. 

******************** 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :