MEMORABILIA

Décadence de la France : le rideau tombe sur l’Hexagone

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Ceux qui s’inquiètent du déclin de notre pays n’ont pas tort : ils sont simplement en retard. À force de décliner dans tous les domaines, la France est entrée en décadence.

Elle est devenue si étrangère à elle-même que ses chances de résurrection paraissent bien faibles. 

Par  Mickaël Fonton. Publié le 17 juillet 2021 VALEURS ACTUELLES

Drapeaux tricolores en berne. La décadence contient l’idée de grandeur et de chute. C’est un sentiment où se mêlent lucidité et orgueil. ©Photo12/Alamy/Stéphane GautierPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Il y a trois mois, le site de Valeurs actuelles publiait une tribune dans laquelle une vingtaine de généraux, bientôt rejoints par des milliers de signataires, en appelaient à l’honneur et à la responsabilité de nos dirigeants pour éviter à la France le drame d’une guerre civile.

Interrogé quelque temps plus tard sur ce texte qui avait secoué l’ensemble de la classe politique, Patrick Buisson nous avait fait part de son étonnement. « Une chose m’a sauté aux yeux dans cette tribune , expliquait le politologue, c’est l’emploi du mot “déclin”. Pourquoi cette pudeur de la part des militaires […] ? Pourquoi ne pas nommer les choses comme elles doivent l’être ? Nous sommes une nation décadente. Nous sommes une société décadente. »

Déclin ou décadence ? Les deux termes ne recouvrent pas la même réalité. Le déclin (les militaires évoquaient en réalité le “délitement” de notre pays) est une dynamique, quand la décadence est un état.

Le premier conduit en quelque sorte au second. « Le déclin, c’est une décadence à venir, une décadence en marche, en progrès , note le philosophe Pascal Bruckner. Le déclin peut s’observer domaine par domaine, quand la décadence procède plutôt d’un sentiment : celui d’avoir été grand et de ne plus l’être. La décadence contient l’idée de grandeur et de chute. » 

Pour le dire encore autrement, le déclin est une notion quantitative alors que la décadence est qualitative. Elle renseigne sur la qualité d’une civilisation. « Le mot de décadence renvoie à un contexte historique très précis, abonde la philosophe Chantal Delsol. La chute de l’Empire romain nous a porté un coup dont nous ne nous sommes pas remis. Le problème de l’immigration massive, par exemple, nous amène toujours à penser que nous sommes en 410, à la veille de l’effondrement final. »

La France est encore là, mais ce n’est plus vraiment la France

Évoquer la décadence d’un pays, c’est donc assumer qu’il a été grand, témoigner d’un certain orgueil. C’est assumer aussi que son état actuel ne procède pas d’une simple évolution, même bouleversante, d’une métamorphose, mais bien d’une rupture ontologique. La France est encore là, mais ce n’est plus vraiment la France. Comme l’écrivait Charles Péguy. « Je ne dis pas : “Le peuple est perdu. ” Je dis : “Nous avons connu un peuple que l’on ne reverra jamais. ” » 

Quand il y a trop de changements, le résultat n’est plus seulement un changement. Quand le déclin a touché trop de domaines, et pendant trop longtemps, on peut parler d’effondrement, de disparition.

Dans la Fin d’un monde, son dernier ouvrage, Patrick Buisson, centrant son analyse sur le tournant des années 1960-1970, livrait une série de grands tableaux qui donnait parfaitement à voir ce processus d’évaporation, de déracinement, de renversement. Pour l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, tout a été touché simultanément : la terre, avec la fin de la paysannerie, le Ciel avec Vatican II, le père avec Mai 68 et enfin l’homme lui-même avec la révolution féministe.

La leçon de cette démonstration, brillante et érudite, est claire : nous vivons bien en décadence. « Nous nous sommes perdus de vue , se désole la philosophe Bérénice Levet. La France est tout spécialement concernée par cette notion de décadence car nous vivions d’une idée extrêmement noble de l’homme. Nous encouragions tout ce qui pouvait l’aiguillonner en sa grandeur, or aujourd’hui on laisse l’homme être rabougri, rétréci, ramené à sa race, son ethnie, son genre. »

Pour ceux qui douteraient encore, plusieurs indicateurs – quantitatifs, ceux-là – viennent renforcer cette impression de crépuscule. La France a de moins en moins d’enfants . Ses élèves n’en finissent plus d’explorer les profondeurs des classements internationaux . Les étudiants d’hier étant les travailleurs d’aujourd’hui, nous ne savons plus rien faire, même ce que nous faisions le mieux – nucléaire, télécoms, santé. Notre pays tient encore son rang militairement mais de justesse, et principalement parce que l’Europe qui nous entoure a abdiqué toute volonté de puissance.

Bien sûr, nous publions des livres, mais quels livres ? Des films sont produits, mais quels films ? La culture française, qui a rayonné sur la planète, semble s’être arrêtée voilà plusieurs décennies déjà. « Le rapport à la langue dit énormément de notre situation, reprend Bérénice Levet. Or nous n’avons plus les mots, le langage, nous n’avons plus les formes, les manières. Nous avons perdu notre âme. »

Enfin, il y a le quotidien, angoissant, conflictuel, hystérique. « La décadence c’est quand les gens ne s’aiment plus , résume Chantal Delsol. Or les Français ne s’aiment plus, ils n’aiment plus leur culture – qui d’ailleurs n’existe pas, à en croire le président lui-même. Ils sont persuadés que tout ceci n’en vaut plus la peine. » 

Ce renoncement n’est pas d’aujourd’hui mais, après avoir été la langue de quelques intellectuels de gauche (en finir avec la nation, avec le père, avec soi-même), il a infusé dans toute la société et agite aujourd’hui des foules qui n’ont même plus la culture classique de leurs aînés.

Il n’y a plus de débat, il n’y a plus que de la violence et beaucoup de bêtise. « Quand la folie des campus américains rencontre la haine de soi française, le résultat est dramatique et quasiment suicidaire », observe encore Pascal Bruckner. Or, un suicide n’annonce pas une évolution, un changement de cycle, un autre monde. Après le suicide, il n’y a plus rien que le néant.

Bien sûr, la France est encore vivante. Elle n’a pas abdiqué toute mémoire, renoncé à toute force. Elle peut être fertile, lucide, étonnante. Bien sûr, comme nous le rappelle Friedrich Hölderlin, « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » ou encore, selon le dicton populaire cette fois : « Quand Dieu donne le mal, il donne aussi le remède. » 

Mais si nous ne voulons pas, un jour, n’avoir plus que ces belles formules à nous répéter, échos lointains d’une sagesse révolue, il ne faudra pas manquer les prochains signaux d’espoir car le temps nous est plus que jamais compté.

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