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FOG – La chute de l’Empire romain

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ÉDITO. Désordres climatiques, pandémies, immigration… Faut-il faire un parallèle entre le déclin de l’Empire romain et notre situation actuelle ?

FOG - La chute de l'Empire romain
FOG – La chute de l’Empire romain

Publié le 16/07/2021 LE POINT

Ne sentez-vous pas que le fond de l’air devient frais, en ce bel été, alors que le coronavirus menace de gâcher l’automne d’une France qui n’a pas atteint un taux de vaccination suffisant pour s’assurer l’immunité collective ? Nous sommes à la traîne de l’Occident, qui lui-même n’est pas vaillant.

L’effondrement de notre civilisation est annoncé depuis si longtemps qu’il semble loin derrière nous. Symbolisés par Huysmans et son roman À rebours, paru en 1884, les bien nommés « décadentistes » s’en amusaient déjà. Le Déclin de l’Occident, du philosophe allemand Oswald Spengler, fut ensuite l’un des grands succès de librairie au début du XXe siècle.

Il y a cent ans, nos ancêtres, des deux côtés du Rhin, étaient déjà obsédés par le déclin. Grâces soient rendues aux éditions Gallimard d’avoir décidé de republier le patafar historique en deux tomes de Spengler sur l’agonie de notre vieux monde, miné par l’exode rural, l’urbanisation galopante, les mouvements migratoires, etc. Il nous permet de relativiser quelque peu notre sort aujourd’hui.

Pessimiste, hypercultivé et ultraréactionnaire, Spengler exécrait autant le capitalisme qu’il vénérait la nation, ce qui aurait dû le rapprocher politiquement du nazisme conquérant, mais non, il n’a jamais sombré dedans. L’abjection antisémite, très peu pour lui. Il dénonçait néanmoins avec une rage plus ou moins fascistoïde la dictature de l’argent et ce qu’il considérait comme son arme politique, la démocratie. À ses yeux, elle ne pouvait être vaincue que par le sang, « la vie, la race, la victoire de la volonté de puissance ».

On a beau se proclamer prophète, on a toujours du mal à prédire… l’avenir.Telle était la limite de l’exercice de Spengler. L’histoire de la chute de cet Empire romain auquel nous devons tant apporte beaucoup plus de lumières sur notre situation actuelle. Universalistes avant l’heure, les Romains intégraient sans difficulté les populations étrangères, qui avaient le droit de garder certaines spécificités. C’était ce qu’on appelait la « romanisation ».

L’Empire romain fut longtemps une machine à assimiler. Pourquoi et comment s’est-elle cassée ? Accordant sur la fin la citoyenneté à tous les hommes libres qui vivaient sur son territoire, il a été débordé par les flux migratoires, portés par les incessantes invasions barbares, qui ont précipité son délitement. Il a tardé à s’en inquiéter : il était sûr d’être la culture, la civilisation (1).

Le parallèle avec notre situation est-il évident ? Sans doute si l’on suit une nouvelle école d’historiens qui, prétendant dédiaboliser les invasions barbares, refuse l’idée qu’elles aient été très violentes, comme l’assurent les récits traditionnels. Cédant à l’angélisme, ils préfèrent ainsi, pour ne pas « stigmatiser, » parler de transformation ou d’« accommodation » pacifique. Fariboles !

Soucieux d’éviter les rapprochements qui tuent, d’autres historiens, comme l’universitaire américain Kyle Harper, privilégient, pour expliquer la chute de Rome, les désordres climatiques, la dégradation des conditions sanitaires, et même les pandémies, qui ne sont pas sans rappeler le Covid que nous avons enduré. Tout est bon finalement pour ne pas imputer la chute de l’Empire aux invasions. Il se serait étiolé doucement, sans soubresauts, dans une sorte de béatitude.

Certes, il y a quelque chose de caricatural dans l’approche horrifique des invasions germaniques qui ont provoqué la fin de Rome. Mais, comme l’écrit Bryan Ward-Perkins, archéologue et historien britannique, professeur à Oxford, la destruction de cette civilisation ramena ses habitants dans les ténèbres, au temps de la préhistoire. « Les Romains, avant la chute, observe-t-il, étaient aussi convaincus que nous le sommes aujourd’hui que le monde resterait, pour l’essentiel, tel qu’il était. Ils avaient tort. À nous de ne pas répéter la même erreur et de ne pas nous bercer d’une fallacieuse assurance (2). »

On ne laissera personne dire que l’immigration est mauvaise pour un pays – une insanité ! -, et la France, qu’elle n’a cessé de régénérer, a prouvé le contraire tout au long de son histoire. Mais il faut savoir la contrôler, ce qui fut une idée fixe du général de Gaulle avant que notre classe politique décide de laisser pisser le mérinos, par idéologie, cynisme, fatigue ou pleutrerie. Michel Barnier, un puits de modération, accessoirement candidat à la candidature de la droite pour 2022, a proposé, il y a peu, un moratoire sur l’immigration, quitte à changer la Constitution, le temps que notre pays puisse reconstruire ses outils d’intégration. Depuis, silence radio. Voilà pourtant un beau débat. Chiche ? §

(1) Lire à ce sujet l’excellent livre de Raphaël Doan « Le Rêve de l’assimilation », aux éditions Passés/Composés.

(2) « La Chute de Rome. Fin d’une civilisation », « Champs histoire », Flammarion.

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