MEMORABILIA

Maroc : fric-frac politique à Madrid

LETTRE DU MAGHREB. La crise diplomatique entre les deux pays, sur fond de crise migratoire, coûte son maroquin à la ministre des Affaires étrangères espagnole.

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L’Espagne a accusé le Maroc de « chantage » pour avoir permis à un nombre record de 8 000 migrants d’atteindre l’enclave espagnole nord-africaine de Ceuta, déclenchant une crise diplomatique entre les deux pays.© ANTONIO SEMPERE / AFP

Par notre correspondant à Tunis, Benoît Delmas. Publié le 18/07/2021. LE POINT

Le Maroc a fait irruption au palais de la Moncloa. Un remaniement à Madrid et c’est Rabat qui se réjouit. Le 10 juillet, Pedro Sanchez ne pensait pas ouvertement au Royaume chérifien en rectifiant son équipe ministérielle, mais aux élections de 2023. Pourtant, Arancha Gonzalez Laya a été priée de quitter le palais de Santa Cruz, quartier général du ministre des Affaires étrangères. Officiellement, « aucun rapport avec le Maroc », selon l’entourage. Officieusement, le psychodrame intervenu en mai a mis en difficulté la capitale ibérique et causé à Pedro Sanchez une cascade de contrariétés. Le Maroc est l’un de ses principaux partenaires économiques, un pays où tout Premier ministre réserve une de ses premières visites officielles. Il avait piqué une colère de puissance huit sur une échelle qui en compte neuf en apprenant que son ennemi public numéro un, Brahim Ghali, le leader du Front Polisario, était soigné en douce dans une clinique espagnole. Les Algériens s’étaient fait une joie non dissimulée de propager la cachotterie. Las, l’efficacité des services marocains aurait suffi. Depuis la reprise de relations diplomatiques entre Israël et Rabat en échange d’une « marocanisation » du Sahara occidental par les États-Unis, le ton a changé. Le cas Ghali, qu’Alger reçoit comme un chef d’État, ne souffrira plus d’entorses au règlement implicite. L’Espagne est un pays ami, il ne peut recevoir un ennemi de son ami. Exit, Arancha Gonzalez Laya.

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Le Maroc, un pied en Afrique un pied en Europe

Dès le 11 juillet, une partie de l’équipe de l’ex-ministre faisait ses cartons, l’autre moitié les préparant mentalement. Comme Game of Thrones, dit-on. Jose Manuel Albares, 49 ans, rêvait du job. C’est fait. Il a dû accomplir des manœuvres herculéennes pour y parvenir. Il a fallu pousser Josep Borell à Bruxelles, le propulser au poste de Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Soutien historique de Pedro Sanchez, Albares fut nommé ambassadeur à Paris, poste d’importance, en attendant le maroquin. Cette ténébreuse affaire demeurera dans les mémoires. La souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et le dossier migratoire ont fait irruption dans la politique interne, « la poloche », obtenant gain de cause. Pas évident pour le royaume d’être à la fois l’ami de l’Afrique et le garde-côte des frontières de l’Europe. Il en découle une ambiguïté dont il souhaiterait se défaire. Depuis l’arrivée de Mohamed VI, le pays multiplie les diplomaties (économiques, religieuses, bancaires) avec la volonté d’être un hub complet entre les deux continents. Les missions bons offices se succèdent, la coopération antiterroriste ne ronronne pas, il est un acteur clé de nombreux dossiers. Dans la course au leadership régional, face à une Algérie engluée dans une gouvernance hors d’âge, Rabat avance sur un maximum de fronts, joue la carte du « soft power » quand Alger a pour boussole de se moquer de son image. Et l’erreur commise par Arancha Gonzalez Laya, pourtant mise en garde par le ministre de l’Intérieur qui surveille la frontière comme de la nitroglycérine sur une barcasse, a permis au Maroc de taper fort, de tracer des lignes rouges, avec ce qu’il faut de théâtre pour surjouer la colère. Jose Manuel Albares devra utiliser tous les mistigris du grimoire diplomatique pour aplanir les différends. Cette séquence brutale laissera des traces au Maghreb, comme en Espagne.

L’usage cynique de l’arme migratoire aura provoqué une saignée – plus de huit mille Marocains se sont engouffrés dans l’enclave de Ceuta en quelques heures –, puis une destitution.

Le Maroc, qui a rappelé son ambassadeur en Espagne depuis deux mois, pourra mettre fin à la bouderie.

Certains murmurent avec gourmandise que « le Maroc a choisi le MAE espagnol ». Erroné mais porteur d’un message. À bon entendeur !

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