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Routes de la soie: l’argent chinois ne coule plus à flots à l’étrange.

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DÉCRYPTAGE – Sur les «nouvelles routes de la soie», le programme de financement d’infrastructures imaginé par Pékin pour relier la Chine au reste du monde, les ratés se multiplient.

Par Armelle Bohineust. Publié le 19/07/2021 le figaro

Le Nigeria cherche désespérément 1 milliard de dollars. Bank of China et Sinosure avaient promis des fonds pour construire un gazoduc de 615 km évalué à 2,8 milliards de dollars au centre du pays. Mais ils n’ont rien déboursé et la compagnie pétrolière publique NNPC se retrouve en difficulté. Cet épisode est le nouveau signe du recul de Pékin face aux financements d’infrastructures en Afrique. Les prêts des banques chinoises aux multiples projets ciblés dans l’énergie et les transports y ont chuté de 11 milliards de dollars en 2017 à 3,3 milliards en 2020, indiquait en avril une étude du cabinet Baker McKenzie.

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L’Afrique n’est pas la seule région où Pékin revient sur ses engagements. Sur les «nouvelles routes de la soie», en anglais «belt and road initiative (BRI)», le programme de financement d’infrastructures imaginé par Pékin pour relier la Chine au reste du monde, les ratés se multiplient. Des routes, des ponts, des chemins de fer à moitié construits sont abandonnés. Soit l’argent chinois n’arrive pas, soit le pays d’accueil ne parvient pas à financer sa part du projet, lequel est souvent démesuré et pas toujours écologique.

Au Monténégro, où 18 % de la dette publique est due à la Chine, «l’autoroute vers nulle part», considérée comme la plus coûteuse au monde n’a pas dépassé 41 km. Financé à hauteur d’1 milliard par Pékin, construit en partie par des ouvriers chinois, ce programme a contraint le gouvernement à augmenter les impôts pour payer sa dette.

La donne a changé

Aux promesses de prêts non tenues s’ajoutent les projets plus ou moins terminés que le pays d’accueil ne peut rembourser. C’est le cas du port de Hambantota au Sri Lanka. Faute de paiement, Pékin en a pris le contrôle avec une concession de 99 ans. Le Laos qui n’arrivait pas à rembourser a dû céder le contrôle de sa compagnie d’électricité à l’entreprise publique chinoise China Southern Power Grid.

Le président chinois Xi Jinping avait promis en lançant son ambitieux programme de dépenser 1000 milliards de dollars en infrastructures dans les pays en développement, rapporte le Financial Times. Ce qui représenterait sept fois la somme investie par les États-Unis dans le plan Marshall après la Seconde Guerre mondiale.

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Mais la donne a changé. Selon des chercheurs de l’université de Boston, les prêts des deux bras financiers de l’État chinois (China Development bank et Eximbank) seraient passés de 75 milliards de dollars en 2016 à 4 milliards en 2019. Les autorités préfèrent se recentrer sur l’économie chinoise et sont embarrassées par les problèmes s’accumulant, pointent les observateurs. Les pays emprunteurs paient cher les prêts souvent réalisés à des taux commerciaux et les contrats sont accusés d’opacité, adossés à des clauses très aliénantes. Pour venir à bout de sa dette, le Tadjikistan a ainsi dû céder à la Chine une partie de son territoire que Pékin revendiquait depuis des décennies.

L’alternative des pays développés

S’agit-il d’une erreur ou d’un piège organisé par Pékin? Les avis sont partagés. D’aucuns pensent que la Chine a échafaudé un «piège à dette» pour asseoir son pouvoir sur les pays en développement, d’autres que Pékin cherche avant tout à gagner de l’argent.

Certains pays commencent à prendre conscience du danger et cherchent des fonds ailleurs. Le Bangladesh qui avait envisagé un financement chinois géant pour un port a finalement signé avec le Japon pour un montant bien plus faible. Les grands pays développés veulent se glisser dans la brèche. Lors du dernier G7, ils ont adopté le plan «Build Back Better World» («Recréons un monde meilleur»), soutenu par les États-Unis, pour aider les pays à faible revenu à construire des infrastructures via des partenariats «axés sur les valeurs, de haute qualité et transparents». Quelques jours plus tard, l’UE a mis en avant sa propre stratégie intitulée «Une Europe globalement connectée». Ne reste plus qu’à mettre en place les financements nécessaires.

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