MEMORABILIA

Au Tibet, Xi Jinping affiche ses ambitions régionales

La visite surprise du chef de l’État dans cette région autonome est la première depuis 31 ans pour un président chinois en exercice.

Par Emilien Hertement. LE FIGARO. 23 juillet 2021

Les officiels chinois sont restés discrets et n’ont annoncé sa visite que vendredi. Le président Xi Jinping est arrivé mercredi à Nyingchi, une ville du Tibet, province soumise à l’autorité de Pékin depuis des décennies.

La question tibétaine semble s’évanouir ces dernières années au fur et à mesure que Pékin renforce son emprise sur le «toit du monde» et ses habitants. La multiplication des polémiques soulevées par l’appétit de l’ogre chinois a également eu pour effet de reléguer le Tibet à l’arrière-plan des préoccupations géopolitiques internationales.

Mais cette visite du numéro un chinois – le premier voyage d’un président chinois en 31 ans – est symbolique à plus d’un titre. Xi était déjà venu à la capitale, Lhassa, en tant que vice-président en 2011. Il est cette fois revenu pour célébrer le 70e anniversaire de la signature de l’accord en 17 points qui a marquant la fin de l’indépendance.

Le parcours de Xi pendant ces deux jours était minutieusement pensé, comme l’affirme Nadège Rolland, chercheuse sur les questions politiques et de sécurité en Asie-Pacifique au National Bureau of Asian Research. «Xi, qui veut faire du Tibet une forteresse impénétrable, est arrivé dans la localité de Nyingchi, et pas à Lhassa. Il a commencé par inspecter Brahmapoutre où la construction d’un barrage est envisagée. Il a ensuite visité une ligne de chemin de fer nouvellement ouverte et stratégiquement importante reliant Sichuan-Tibet. »

L’Inde à l’agenda

La visite de Xi ne s’adressait pas seulement aux Tibétains. « C’est un signal adressé directement à Dehli, ajoute la spécialiste. La ville de Nyingchi, par laquelle a commencé son voyage, est en effet proche de la frontière avec l’Arunachal Pradesh indien. Or, une partie septentrionale de cette région indienne est revendiquée par la Chine comme faisant partie du Tibet. Des combats ont lieu sporadiquement sur ce champ de bataille le plus élevé au monde.

Le gouvernement chinois a rappelé de nombreuses fois l’importance stratégique d’un Tibet partageant 3500 km de frontière avec l’Inde. Xi souhaite consolider les défenses de cette région extrêmement riche. « Ce n’est pas par hasard si Xi était entouré de Zhang Youxia, le vice-président de la commission militaire et de Liu He, responsable du développement économique de la Chine», explique Nadège Rolland.

La Chine souhaite renforcer sa présence au Tibet pour des raisons géopolitiques mais aussi économiques. « Le dispositif de transport pourra servir pour au déploiement de matériel stratégique militaire tout comme à l’exploitation des mines de lithium, de cuivre et d’argent», analyse la tibétologue Katia Buffetrille.

Rééducation politique

Ce voyage, totalement encadré par le service de propagande, « a été chaleureusement accueilli par les habitants et responsables locaux de divers groupes ethniques », a relayé l’agence de presse officielle Xinhua. Le président a été accueilli à Lhassa par une foule agitant des drapeaux chinois. «Tant que nous suivrons le Parti communiste, tant que nous adhérerons à la voie du socialisme aux caractéristiques chinoises, nous pourrons sûrement réaliser le grand rajeunissement de la nation chinoise», a-t-il déclaré à la population.

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Le «rajeunissement» évoqué par Xi passe par l’assimilation toujours plus brutale de la population locale à la culture chinoise depuis son arrivée au pouvoir. À l’image de ce qui se pratique au Xinjiang, la politique de sinisation se diffuse toujours plus profondément au Tibet. «On ne peut clairement pas parler de génocide ici, mais le Tibet disparaît de plus en plus de la région. On le voit, le gouvernement veut siniser la religion et la culture. Il y a une rééducation politique sur tous les plans. On garde la partie folklorique mais on enlève toutes les racines culturelles », déplore Katia Buffetrille.

Partout, les portraits du nouvel empereur chinois remplacent les anciennes reliques tibétaines. La grande déculturation à marche forcée de la population passe aussi par l’interdiction de l’usage des langues minoritaires. «On enferme les protestataires et les dissidents et on impose la culture chinoise Han dans l’éducation. La seule chose qui diffère avec la situation des Ouïghours, c’est qu’il n’y a pas d’enfermement de masse» précise Nadège Rolland. L’actuel secrétaire du Parti communiste chinois au Xinjiang, Chen Quanguo, avait d’ailleurs ainsi fait ses armes au Tibet avant son remplacement en 2016.

La communication autour de cette visite historique souhaite démontrer une seule chose : le Tibet est rentré dans le rang et est devenu une région chinoise comme les autres. Ce que redoutent désormais Hongkong et Taïwan.

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