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Le Parti républicain poursuit sa mutation trumpiste … avec ou sans Donald Trump

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Le ralliement du jeune JD Vance en dit long sur l’influence déterminante que conserve Trump dans le parti, six mois après son départ calamiteux de la Maison-Blanche.

Par Laure Mandeville. LE FIGARO. 27 juillet 2021

Le républicain JD Vance annonce le 1er juillet sa candidature au Sénat, à Middletown (Ohio), sa ville natale. USA Today Network/SIPA

«La chose dont nous avons le plus besoin, c’est de courage!», lance JD Vance. «J’ai besoin de votre aide», ajoute-t-il, appelant la salle pleine de jeunes conservateurs passionnés qui l’écoutent «à se battre pour les classes populaires… qui n’ont pas de porte-voix».

Le grand jeune homme de 37 ans, léger collier de barbe et tennis aux pieds, qui prononce ces mots, avec une émotion authentique, lors d’un dîner organisé vendredi dernier au Hilton d’Alexandria par l’Intercollegiate Studies Institute, est candidat à un siège de sénateur dans l’Ohio, au cœur du Midwest.

Loin d’être inconnu, JD Vance a acquis une renommée nationale en 2016, pour son livre Hillbilly Elegy, un témoignage vibrant et passionnant sur le destin de l’Amérique oubliée des classes populaires de Middletown, Ohio, publié en pleine montée du trumpisme.

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Il y a relaté les tribulations de sa famille, venue des Appalaches, élevée au rang de «classe moyenne» grâce à la grande épopée de la sidérurgie dans le MidWest, puis frappée par la désindustrialisation de cet ancien bastion industriel et tombée dans le cercle vicieux de l’appauvrissement, de la drogue et de l’éclatement des familles. Il y a échappé en s’engageant dans les Marines, puis en faisant la Law School de Yale. Cette aventure l’a ensuite mené dans le monde du capital-risque de la Sillicon Valley, avant qu’il ne revienne, décision peu commune, à Middletown pour y faire sa vie avec sa femme et ses deux enfants. Vance y a installé son entreprise, avant d’annoncer sa candidature à la primaire sénatoriale. Son objectif est de combler le vide que laissera le départ de Rob Portman, un «conservateur» de renom, qui représentait l’idéologie de laisser- faire économique.

Mutation profonde

À l’opposé de Portman, JD Vance et les nouveaux conservateurs trumpistes comme le sénateur Josh Hawley du Nebraska, veulent transformer le Parti républicain en parti de la défense des classes populaires et des familles, et n’hésitent pas à s’en prendre aux grandes corporations et à l’oligarchie technologique. Avec eux, foin de Hayek et de commerce sans entrave!

Ils prônent une forme de nationalisme économique, de politique industrielle et de protectionnisme, qui se conjugue aussi avec une grande prudence à l’étranger, loin des aventures néoconservatrices.

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Signe de la mutation profonde en cours, les débats ont été très vifs à la conférence, entre économistes libertariens et industrialistes. Les attaques contre la Big Tech ont également été virulentes, reflétant un rejet plus large des grandes corporations devenues «politiquement orphelines», note le Wall Street Journal.

Le sénateur de Floride Marco Rubio, jadis favorable à un État limité, a aussi pris la parole pour proposer un conservatisme plus «compassionnel» et favorable aux familles des classes moyennes. «Les libertariens ont perdu la bataille, car leur politique a mené à la montée en puissance de la Chine, et à notre appauvrissement, c’est l’heure des conservateurs culturels», résume Josh Mitchell, professeur de théorie politique à Georgetown.

De fait, JD Vance a aussi martelé que la bataille à venir serait«civilisationnelle». Loin de la passivité polie dont faisaient preuve les républicains traditionnels, le jeune politique croise le fer de manière frontale face à la gauche «woke». Vendredi, il a dénoncé le diktat de la«novlangue des LGBTQIA+», notant que «les classes populaires sont incapables de comprendre ces codes».

«Une guerre de classes»

Il a tonné contre le Washington Post qui l’a accusé de racisme parce qu’il appelle à faire plus d’enfants au lieu de s’en remettre seulement à l’immigration pour régler les problèmes du pays, voyant là une insinuation «pleine de poison» sur le fait qu’il n’aurait en tête que les bébés blancs. «J’ai perdu des financements, des amis, à cause de ces accusations», s’insurge-t-il. «Vouloir des enfants et avoir une politique familiale, c’est croire à l’avenir», a contre-attaqué Vance, qui vante les efforts de Viktor Orban en la matière et affirme sans complexes que l’idéologie du Parti démocrate vient du fait que beaucoup d’entre eux… n’ont pas d’enfants! 

«Derrière cette guerre culturelle, il y a une guerre de classes», dénonce-t-il, affirmant que les élites libérales méprisent le petit peuple.

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Ses critiques affirment que ses discours anti-élitistes cachent un vrai opportunisme, comme le montrerait sa volte-face sur Trump. Jadis critique de l’ancien président, pour lequel il n’a pas voté, JD Vance dit avoir changé d’avis, en observant l’action politique de l’ancien président.

Pour lui, Trump a eu les bonnes intuitions, qu’il s’agisse du nationalisme économique, de la nécessité d’une politique étrangère plus modeste ou de la défense de l’ouvrier américain. «Quand il a regardé au-delà des descriptions hystériques de Trump peintes par les médias, il dit avoir vu quelqu’un qui changeait le débat sur des sujets comme la Chine ou l’immigration», raconte un éditorialiste du Post, qui l’a interviewé.

Le ralliement de Vance en dit long sur l’influence déterminante que conserve Trump dans le parti, six mois après son départ calamiteux de la Maison-Blanche, en plein désastre de la révolte de ses fans contre le Capitole. «Il reste un colosse», résume William Galston, notant que la base nourrit à son endroit un «culte dangereux», malgré son rôle irresponsable le 6 janvier.

Mais la question brûlante est de savoir si l’ancien président désignera un successeur comme l’actuel gouverneur de Floride Ron De Santis, très proche de lui, ou se lancera dans la bataille de 2024, malgré la flétrissure indélébile de sa fin de présidence.

Les analystes affirment qu’il gagnerait sûrement la primaire, vu son immense popularité. Mais ils soulignent que son acharnement à dire que les élections lui ont été volées, et son comportement irresponsable seraient un terrible handicap lors de l’élection générale. «La base croit à ses théories du complot, mais il y a aussi beaucoup de républicains qui, en privé, rêvent de le voir passer la main et ont peur de lui», note Daniel McCarthy, de la revue Modern Age. «Le problème du Parti républicain, note l’intellectuel Julius Krein, est qu’ils ne peuvent rien faire sans Trump, mais qu’il les met en péril.» 

JD Vance, qui n’a pas prononcé une fois le nom de Trump vendredi, se concentre sur le combat de fond, et celui-ci se situe dans la lignée trumpiste.

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