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Faites ce que je dis, pas ce que je fais : insécurité, écologie, mixité, la vaste hypocrisie des bobos

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Grands vainqueurs des élections municipales de 2020, les bobos se retrouvent aujourd’hui face aux conséquences de leur vote et de leurs choix de vie. Et ce n’est pas toujours pour les satisfaire… 

Par  Clémence de Longraye Publié le 27 juillet 2021 VALEURS ACTUELLES

A Stalingrad, les riverains manifestent contre les trafics de drogue et contre l’insécurité. Photo © Yann Bohac/SIPA. Partager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

« On les appelle bourgeois bohêmes, ou bien bobos pour les intimes. Dans les chansons de Vincent Delerm, on les retrouve à chaque rime. » De sa voix rauque et reconnaissable, Renaud dresse dès 2006 le tableau de ces bobos qui par leur mode de vie ne cessent d’agacer leurs contemporains. Néologisme né sous la plume du journaliste américain David Brook, les bobos sont ces bourgeois-bohèmes qui peuplent les grandes villes et leurs périphéries. Bien que tout le monde semble les identifier, cette catégorie reste malgré tout difficile à définir tant elle ne représente en rien une classe sociale. Parmi les bobos, on trouve autant d’artistes, d’intellectuels, de cadres supérieurs que de professeurs ou autres fonctionnaires. Tous, aussi différents soient-ils d’un point de vue économique, se réunissent sous une même bannière culturelle. Mondialisation, diversité, mixité sociale, alimentation bio… sont leurs mantras. Mais derrière ce vernis idéologique, le comportement de ces bourgeois-bohèmes peut être bien différent, si ce n’est contradictoire.

Oui à la mixité, mais pas pour leurs enfants

Les bobos ont à cœur de mettre en pratique leur idéaux sur l’ouverture à la diversité et la mixité sociale. Plus que la posture, ils prônent l’action. Ils ne choisissent donc pas par hasard leur lieu d’habitation. Comme aurait pu dire Vincent Larcher, dans la célèbre pièce Le Prénom, « c’est la force de vous autres [bobos] d’investir dans des quartiers à fort potentiel ». Derrière ce « fort potentiel » se cachent des quartiers habités au XIXe siècle par la classe ouvrière et délaissés par la bourgeoisie, comme les Chartrons à Bordeaux ou la Croix-Rousse à Lyon. Les bobos n’hésitent pas non plus à s’installer dans des villes fortement investies par l’immigration, comme en Seine-Saint-Denis (93). Montreuil, surnommée « la deuxième ville du Mali », ou le Pré-Saint-Gervais, dont 25 % de la population est issue de l’immigration selon Insee, sont devenues des repères de bobos.

Le plus souvent, toutefois, ce choix relève moins de l’idéologie que du calcul financier, les bourgeois-bohèmes se bornant à profiter du prix au mètre carré plus avantageux dans ces quartiers. La mixité sociale, qu’ils prônent, a bon dos lorsqu’il s’agit de choisir une école pour leurs enfants. En France, depuis les années 1960, l’affectation dans un établissement scolaire public est soumis à la “carte scolaire”, c’est-à-dire que les élèves sont scolarisés dans l’école publique du secteur géographique où ils habitent. Pour Laure Watrin et Thomas Legrand, auteurs de Les 100 mots des bobos, qui se revendiquent eux-mêmes bourgeois-bohème, « la carte scolaire est un dilemme pour bien des bobos, un caillou dans la chaussure ». Car s’ils prônent bien la mixité et se contentent des écoles primaires de quartier, ils sont souvent peu enclins à mettre leurs enfants dans des collèges de moins bon niveau. Ils deviennent alors experts en contournement de la carte scolaire : changement de domiciliation, faux divorce, choix d’options improbables voire même départ vers le privé… Tout est bon. Ainsi à Montreuil, trois classes vont fermer à la rentrée et deux postes vont être supprimés au collège Jean Moulin. En cause notamment, le désamour des bobos du quartier pour ce collège classé en zone REP (réseau d’éducation prioritaire, ndlr). Dans les pages de Libération, les délégués de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) s’inquiètent « de voir des familles fuir vers le privé ».

Ainsi, comme l’écrit si justement François d’Épenoux, dans son livre Les bobos me font mal (2003), le propre des bourgeois-bohèmes est de prêcher « leurs discours avec d’autant plus de légèreté mondaine qu’ils n’en subiront jamais les conséquences, planqués qu’ils sont dans leur donjon bardé de digicodes ».

Oui à la gauche, mais d’abord la tranquillité

Il n’y a pas que pour l’éducation de leurs petites têtes blondes que les bobos sont contradictoires. Même s’il existe des bobos de droite, il faut reconnaitre que la grande majorité d’entre eux votent à gauche, voire écolo depuis quelques années. La mainmise d’Europe Écologie les Verts (EELV) aux municipales de 2020 sur de nombreuses grandes villes est due « aux bobos écolos qui sont plus puissants que jamais », résume Guillaume Roquette sur les ondes de RTL. Par leur vote, ils font le choix de l’inclusion, de l’écologie, de la mondialisation… La sécurité n’apparait clairement pas comme une priorité de vote. Jusqu’à ce que le retour à la réalité les fasse changer d’avis plutôt rapidement.

Dans les 18 et 19e arrondissements de Paris, les habitants, pourtant enclins à voter pour Anne Hidalgo et ses lubies écolo-progressistes, peuvent regretter bien vite leur bulletin de vote. Du côté de Stalingrad — surnommé « Stalincrack » —, dealers et toxicomanes se donnent rendez-vous tous les soirs. Trafics en tout genre, prostitution, agressions, dégradations… Le quotidien des riverains a bien changé. Excédés, certains en sont arrivés à tirer au mortier d’artifice sur les trafiquants. Alors qu’en 2020, les bobos parisiens soutenaient la candidature de la « reine des bobos » qui prônait une police municipale non armée, les voilà qui réclament maintenant davantage de sécurité dans leur quartier.

Cette situation ne se cantonne pas à la capitale. Au Pré-Saint-Gervais (93), ville dirigée par le Parti socialiste (PS), les bobos de la place Séverine aspirent à un peu de « tranquillité ». En plus du meurtre d’un jeune de 15 ans en octobre 2019, les habitants dénoncent les incivilités quotidiennes. Plus d’une centaine d’entre eux se réunissent sur un groupe Facebook « Tranquillité Place Séverine » pour « créer des actions concrètes qui vont [leur] permettre de dormir et de profiter des beaux jours ».

À Lyon également, les habitants commencent à perdre patience face aux rodéos urbains, tirs de mortier et autres incivilités. Les ateliers théâtre entre jeunes et policiers créés par Grégory Doucet, le champion des bobos élu à la tête de la municipalité en 2020, pour apaiser la situation ne semblent pas suffire… Le quartier de la Guillotière, connu pour être un lieu de brassage ethnique et récemment investi par les bobos, incarne cette colère. Le collectif « La Guillotière en colère » recense sur Facebook l’ensemble des incivilités, des combats de rue, des vols à l’arracher et autres qui ont lieu dans ce quartier. Ces habitants, souvent bobos, souhaitent mettre fin à « ce cauchemar ».

Oui à l’écologie, mais pas pour les voyages

N’étant plus à une contradiction près, les bobos sont loin d’être les plus respectueux en matière d’écologie. Ces apôtres de la protection de l’environnement, qui achètent bio, se déplacent à vélo dans les centres-villes, prônent les circuits courts, parlent de leur compost à longueur de journée, applaudissent le documentaire environnemental Demain de Mélanie Laurent et surtout votent écolo, ne sont pas les derniers à sauter dans un avion pour une semaine au soleil. « Au diable le bilan carbone, car voyager est une façon d’enrichir ce qu’ils ont de plus précieux : leur capital culturel » écrivent Laure Watrin et Thomas Legrand. Et puis, comme le chante si justement Renaud, les bobos sont aussi ceux qui « roulent en quatre-quatre ». Avec les bobos, c’est donc bien le « faites ce que je dis, pas ce que je fais » qui l’emporte.

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