MEMORABILIA

Quand les chefs d’entreprise vont s’apercevoir que la culture « Woke » s’attaque, en fait, aux fondamentaux de l’économie de marché, il sera trop tard…

avec Jean-Marc Sylvestre, ATLANTICO, 31 juillet 2021

-Ne soyez pas naïfs, messieurs du Medef, il existe dans le monde moderne un virus plus dangereux que celui de la Covid-19, c’est celui que cache la culture « Woke».

Alors, vous qui préparez votre prochaine université d’été à la fin du mois d’août, vous nous apporterez sans doute des éléments de lecture d’une crise épidémique qui n’en finit pas parce que ; chaque année à la même époque, votre mission est d’éclairer l’actualité immédiate.

Mais regardez donc en détail ce qui se passe sur le front culturel.

Ça n’est pas la société occidentale qui est confrontée aux critiques de la Woke culture, mais les fondamentaux de l’économie de marché. En dénonçant les injustices sociales, l’impérialisme des hommes blancs depuis la nuit des temps, la culture Woke s’attaque à l’existence même de l’entreprise privée et au système dans lequel nous vivons, fondé sur la concurrence et l’innovation comme facteurs principaux du progrès. C’est donc bien l’entreprise privée en situation de concurrence qui est désormais visée.

Et là, les chefs d’entreprise semblent assister à un spectacle qui ne les concerne pas, puisqu’ils n’ont pas de réponses à apporter. Pas de solutions. Pas de vaccins contre « le woke ».  

La culture Woke est née sur les campus américains au début du siècle et véhicule l’idée que le facteur essentiel au progrès dans le monde passe par la lutte contre les inégalités et surtout par la protection des minorités. Qui dit minorités, dit oppression. Les « wokistes »,  militants de la culture Woke, se sont donc donnés comme mission (et raison de vivre) d’éveiller (woke) le monde face à l’injustice. Au départ, dans les années 2010, le mouvement des Black Lives Matter avait lancé le mouvement en dénonçant la ségrégation et la discrimination dont sont encore victimes les noirs Américains. Le terme remonte à plusieurs siècles puisque Abraham Lincoln lui-même était déjà confronté aux mouvements antiesclavagistes qui se revendiquaient éveillés. 

Cela dit, Black Lives Matter a été, ces dernières années, préempté et développé par les réseaux sociaux pour agréger toutes les injustices et inégalités socio-culturelles ou économiques : racisme, sexisme, environnement… Puisque se disent « woke », aujourd’hui toutes les personnes qui militent non seulement contre le racisme, mais qui se disent aussi militants du féministe ou encore LGBTQI+AAA, etc…

Des campus universitaires, on est donc passé aux réseaux sociaux, pour toucher la classe politique et médiatique. Barack Obama, premier président noir – ce qui était objectivement un évènement dans l’histoire des USA, a tout fait pour ne pas être récupéré et instrumentalisé par les Woke qui s’éveillaient à la contestation, mais le New-York Times en est arrivé à diffuser les grandes lignes des dérives morales et civique au moment de l’affaire Bernstein, en donnant des tribunes au mouvement « # me too ». À juste titre souvent, quand il s’est agi de condamner le harcèlement sexuel ou l’injustice faite aux femmes. Mais le mouvement ne s’est pas arrêté là. Il a repris l’Histoire, pour effacer et gommer tout ce qui peut s’apparenter à un acte ségrégationniste.À LIRE AUSSILa guerre culturelle est réelle et elle s’aggrave

De la Woke culture, on est très vite passé àla » cancel culture » (la culture de l’annulation), « call-out culture », « purity culture » ou culture identitaire ou inter sectionnelle… Mouvement qui s’est étendu à tous les secteurs de la société pour dénoncer publiquement, interdire, pénaliser les injustices de quelques natures qu’elles soient. 

L’antiracisme (mais pas que) a polarisé le débat en le radicalisant et en installant (ou imposant) une nouvelle forme de politiquement correct, moralisateur et véhiculé principalement par la gauche (orpheline d’idées et d’idéologie) et parfois par l’extrême droite.

L’entreprise, lieu de travail et de création de richesses, n’a pas été épargnée. L’entreprise qui a vu pendant des années, et même pendant tout le 20ème siècle, dans la diversité, la confrontation des cultures et le frottement social, des avantages et des facteurs de progrès, devraient y voir aujourd’hui des externalités négatives au même titre que les émissions de gaz à effet de serre ou des pollutions diverses et variées qui ont été pendant très longtemps à la charge de la collectivité.

Aujourd’hui, l’entreprise, qui a évidemment la nécessité de lutter pour l’environnement et de respecter la RSE (la responsabilité sociale et environnementale), la même entreprise est bien ouverte et obligée de prendre en compte les injonctions des militants de la Woke. Et au nom de la  » Cancel culture », elle doit même parfois s’expliquer sur son histoire et son lointain passé.À LIRE AUSSILa Grèce antique et la Rome antique étaient des sociétés esclavagistes. Il faut donc en finir avec le grec et le latin…

La woke va évidemment contaminer l’entreprise…  

Qu‘on ne s’y trompe pas, cette arrivée de la woke aux frontières de l’entreprise s’attaque aux fondements même de l’économie de marche et par conséquent, aux ressorts de l’entreprise.

The Spectator, hebdomadaire britannique très ancien qui véhicule les idées des conservateurs britanniques, c’est à dire des idées libérales, signalait la semaine dernière, dans un article, qu’un groupe de chercheurs qui se nomme le « LSE class war », et qui est donc issu de la très célèbre London School of Economics, a demandé la dissolution de la Hayek Society et de toutes les sociétés et associations qui sont « nuisibles aux étudiants marginalisés » ou qui prônent l’étude des « fondamentaux du libre-marché ». Leur but :  contribuer à protéger les classes populaires.

En s’attaquant à Hayek, économiste et théoricien du libéralisme économique, ces partisans et militants de la « cancel culture » veulent évidemment effacer les fondamentaux de l’économie de marché. Comme si en tuant le père, on allait effacer les faits et les chiffres qui lui ont permis de conceptualiser le libéralisme.À LIRE AUSSILes PDG usent de leur vaste pouvoir économique pour imposer leurs valeurs à tous les autres

Parce que les ressorts de l’économie de marché qui permettent à l’entreprise de fabriquer du progrès en produisant de la richesse sont à l’inverse, finalement, de ce que prônent les militants de la woke.

Pour Frederick Hayek, les fondamentaux de l’économie de marché sont la concurrence et l’innovation. La concurrence est privilégiée parce qu’elle permet de sélectionner les meilleurs et d’éliminer les autres ou encore parce qu‘elle permet de fixer des prix de marché par la confrontation entre l’offre et la demande. L’innovation est bonne parce qu’elle fabrique de l’offre et que l’offre, c’est le nerf du progrès et donc de la guerre concurrentielle.

Il est bien évident que le système libéral permet de sanctuariser le mérite, mais ce mérite est le résultat d’une compétence, d’une expertise et d’un talent, à condition que ce mérite rencontre un marché, c’est à dire un désir.

Pour reprendre Marx, la fonction de production crée de la valeur, encore faut-il réaliser cette valeur en trouvant un client. Pour Marx, c’était à l’Etat de trouver, de désigner et de solvabiliser le client, mais là, Marx s’est fourvoyé.À LIRE AUSSIGuérilleros de la justice sociale : tout ce que les woke ne voudraient pas que vous sachiez d’eux

Personne d’autre que le client ne viendra décider à sa place s’il achète ou pas. C’est toute la différence entre un artiste peintre génial et un artiste banal. Le premier va générer une fortune, alors que le second restera dans l’anonymat. Tous les deux auront eu sans doute la même somme de travail (le même coût de production) et la même sincérité dans la création.

Les « woke » ne peuvent pas accepter de telles injustices qui sont, pourtant et quoi qu’on dise, à la base du système dans lequel nous vivons et qui permet de sélectionner des génies et de générer des progrès, et même d’écrire une page d’histoire. L’inégalité des talents est un des moteurs du progrès.

Quand les woke s’attaquent aux mécanismes de prix en privilégiant la prise en compte du prix de production, ils nient la capacité du client à décider lui-même ce qu’il veut (ou peut) acheter.

En s’attaquant au mérite du chef d’entreprise, à son ambition parce que ce fonctionnement serait facteur d’inégalités et d’injustices, les woke peuvent ruiner le système. À LIRE AUSSILes épidémies de Covid-19 et de wokisme vont-elles tuer l’esprit olympique ?

Les régimes communistes se sont asphyxiés en pensant que l’Etat pouvait tout faire, tout prévoir et tout organiser pour le bien du peuple. Les régimes communistes sont morts parce que leurs promesses n’ont pas pu être tenues.

Les modèles keynésiens, qui revenaient à soutenir la demande et distribuer du pouvoir d’achat, ont permis aux régimes capitalistes de se protéger de la tentation marxiste,mais n’ont pas permis de régénérer l’offre.

Il a fallu laisser la liberté au chef d’entreprise d’innover et d’investir encore et toujours et surtout, de lui donner des raisons de le faire. Schumpeter a très bien expliqué cette équation de l’offre.

Mais pour les woke, l‘innovation est un facteur d’injustice avant d’être un facteur de progrès, à moins d’accepter que le système soit contrôlé par l’Etat.

L’Etat, chez les libéraux, est un Etat régalien qui doit créer les conditions optimales pour que le système économique et social puisse fonctionner. Et notamment par le biais de la fiscalité, des lois et règlements qui régissent l’économie de marché. Non pas pour instaurer l’égalité pure et parfaite si chère aux Woke, mais l’équité et l’efficacité.

La culture Woke appliquée à l’entreprise est l’anesthésiant redoutable qu’on n’avait pas prévu après le Covid 19.

Quoi faire pour lutter contre les « woke » dans l’entreprise ?

Comme la Covid 19, la « woke » se diffuse assez mystérieusement, insidieusement, en montant dans les trains du populisme sous toutes ses formes. Il n’y a pas de vaccins. En revanche, on sait de quoi elle se nourrit. Elle s’alimente de récits historiques, du passé, des concepts de la sociologie qui se méfie de la science, et par contre coup, elle se nourrit surtout d’une inculture économique et scientifique redoutable. Inculture difficile à expliquer aujourd’hui. Les systèmes éducatifs n’ont pas fait leur travail en matière d’enseignement de l’économie, c’est vrai en France, mais pas qu’en France. Le plus grave d’ailleurs, c’est que les élites politiques elles-mêmes n’ont pas la connaissance des mécanismes de base et laissent l’idéologie ou la sociologie occuper l’espace.

L’enseignement de l’économie financière se limite à des clichés sur le capitalisme des plus forts, la spéculation etc, mais les mécanismes eux-mêmes ne sont pas connus.

Les concepts de base, les faits de la réalité et les chiffres ne sont ni expliqués, ni enseignés. Quant à l’histoire économique, elle se résume le plus souvent à Marx, qui prônait un système où l’Etat prendrait tout en charge, ou alors à Keynes, qui a fait croire à des générations entières que l’économie pouvait marcher comme un jukebox, pourvu que la main invisible d‘une banque centrale l‘alimente en pièces de monnaies…

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