MEMORABILIA

Renaud Muselier, un président sous tutelle

Scroll down to content

POLITIQUE 

Équilibre Omniprésence de Christian Estrosi, promesses à la gauche, fi délité affi chée aux Républicains, enquête judiciaire qui menace le président du groupe de la majorité… Le numéro de funambule de Renaud Muselier durant la campagne va se poursuivre à la tête de la région, à ses risques et périls. Enquête. 

Par  Hughes Bletran. Publié le 31 juillet 2021 VALEURS ACTUELLES

Renaud Muselier et Christian Estrosi. Une présidence sous surveillance… Crédit : Mahoudeau/AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Renaud Muselier va devoir s’improviser, dès le début de son mandat, expert en jonglerie. Ou jouer une partie de billard à plusieurs bandes. D’abord, il lui faudra contenir les 39 élus du Rassemblement national, qui comptent bien faire entendre leur voix. Ensuite, respecter ses engagements envers la gauche socialiste, communiste et écologiste, qui va réclamer le respect de la promesse de pouvoir faire des propositions dans l’hémicycle régional. Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) devra encore ménager Les Républicains (LR) qui l’ont, bon gré mal gré, soutenu, mais aussi les encombrants amis La République en marche de son président délégué, Christian Estrosi, désormais soutien offi ciel d’Emmanuel Macron depuis sa signature, aux côtés de nombreux élus de droite, d’une tribune dans le Journal du dimanche saluant le cap fi xé pour les prochaines années. Le petit fils d’amiral va devoir tenir fermement la barre du bateau Paca. L’arche de Noé va-t-elle devenir le radeau de la Méduse ?A LIRE “J’achète toujours quelque chose quand je gagne” : victorieux face au RN, Renaud Muselier s’offre un bateau

Seule force d’opposition, le Rassemblement national entend contester par tous les moyens, y compris juridiques, l’ostracisation qu’il s’apprête à subir une deuxième fois. « Pendant le premier mandat, Muselier et Estrosi avaient érigé en doctrine le refus de toutes nos propositions, nos électeurs étaient ignorés et méprisés », déplore Philippe Vardon. L’opposant niçois juge « pire qu’une voix prépondérante » le système « très bancal » que veut mettre en place la présidence, en réunissant, avant chaque assemblée plénière du conseil régional, la gauche pour prendre en compte ses questions ou délibérations. « Cela pose un énorme problème au plan démocratique », poursuit l’exdirecteur de campagne de Thierry Mariani. « La gauche et les écolos ont été forcés de se retirer, n’ont aucun élu, mais auront fi nalement plus de droits que 39 élus qui représentent 42 % des électeurs. Tout cela tord les règles démocratiques », fulmine-t-il.

La valse des directeurs a débuté

En attendant, l’exécutif n’a pas perdu de temps. Selon nos informations, plusieurs directeurs ont déjà été priés de faire leur valise ou de partir en retraite. Ainsi, ceux des maisons de la Région, de l’agriculture, des lycées, de la culture, mais aussi de la sécurité, vont quitter leurs fonctions sans explications. Le départ du directeur de la sécurité, un policier détaché pour gérer la sécurité des transports et des lycées, coïncide avec la création d’une vice-présidence “sécurité, de la défense, du soutien aux forces de l’ordre et de l’innovation pour une région apaisée”. Cette 8e vice-présidence a été confi ée, à la surprise générale, à la quasi-néophyte en politique Véronique Borré, épouse du premier adjoint au maire de Nice, lui-même délégué à la sécurité. D’abord directrice adjointe du cabinet de Christian Estrosi, avec la sécurité et la justice dans ses attributions, Véronique Borré avait été nommée directrice générale adjointe de la ville et de la métropole Nice Côte d’Azur chargée du pôle “proximité et sécurités”. Une vice-présidence pourtant toute désignée pour David Galtier, général d’armée de la gendarmerie nationale en retraite et ancien chef des gendarmes de Paca, élu dans les Bouches-du-Rhône. En plaçant cette dévouée collaboratrice dont le bilan à la tête de la sécurité à Nice laisse sceptique les observateurs avisés, Estrosi positionne une proche à un poste stratégique dans un domaine qui lui est cher, en cohérence avec le programme de son microparti La France audacieuse, dont Nice et sa région constituent le théâtre d’expérimentation.

Bien que la défense et la sécurité ne soient pas des compétences régionales offi cielles, le tandem Estrosi-Muselier veut “renforcer la sécurité sur le territoire” avec une enveloppe de 10 millions d’euros en faveur des polices municipales et des forces de l’ordre, à travers une convention avec le ministère de l’Intérieur. Une déclinaison, sur le plan régional, de son action au conseil général des Alpes-Maritimes, où il avait cofi nancé plusieurs commissariats et casernes de gendarmerie et off ert du matériel aux forces de l’ordre.A LIRE Paca : Muselier annonce la création d’un « Comité représentatif » pour la gauche, le RN dénonce un « tripatouillage politique »

Estrosi avance ses pionsA LIRE Paca : le RN dénonce des propos « sexistes » de Renaud Muselier et quitte la séance du conseil régional

Pour un important élu LR des Alpes- Maritimes, le cas de Véronique Borré est l’arbre qui cache la forêt : « Estrosi place ses hommes et ses femmes pour piloter la région par procuration », analyse- t-il pour Valeurs actuelles. Ainsi, le maire de Nice et président de la métropole Nice Côte d’Azur a placé plusieurs de ses affi dés, tous membres de La France audacieuse. C’est son ami, directeur adjoint de son cabinet à Nice, Jean-Paul David, maire de Guillaumes et président de l’association des maires ruraux des Alpes-Maritimes, qui préside la commission agriculture, ruralité, élevage et forêt. Un fi dèle, lui aussi signataire de la tribune de soutien à Emmanuel Macron, et qui vient d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur…A LIRE Suppression du comité régional du tourisme de Côte d’Azur : une vengeance de Muselier contre Lisnard ?

Nouvellement élue au conseil régional, Colette Fabron, maire de SaintÉtienne- de-Tinée, où Christian Estrosi fut le conseiller général du canton et habitué de la station de ski d’Auron, qui se trouve sur la commune, est placée à la tête de la commission massif alpin. Jennifer Salles-Barbosa, fi lle de son exadjoint et ancien député (Nouveau Centre) Rudy Salles, passe de la commission tourisme à la présidence de celle consacrée à la lutte contre les inégalités, solidarités, défense des droits des femmes. Il y a aussi le chef d’entreprise niçois Bernard Kleynhoff , ancien président de la chambre de commerce et d’industrie Nice Côte d’Azur et président du conseil de surveillance d’Aéroports de la Côte d’Azur, reconduit à la tête de la commission économie, industrie, innovation, nouvelle technologie, numérique, rebaptisée développement économique et digital, industrie, export et attractivité. Des nominations en rafale qui ont provoqué un premier couac. Le nombre de vice-présidences étant limité à 15, Agnès Rampal, réélue, qui n’a pas eu la viceprésidence Euro-Méditerranée désirée, a démissionné du conseil régional, fustigeant au passage de nouveaux élus nommés vice-présidents. « Muselier est une marionnette d’Estrosi, à qui il doit sa présidence en 2017 et l’accord avec LREM. Il ne peut rien lui refuser, mais risque de se retrouver dans une situation compliquée au sein de LR lorsqu’il s’agira de faire campagne pour le candidat qu’il s’est engagé à soutenir, pendant que son président délégué aidera Macron. Ça va devenir rapidement intenable », prédit un élu azuréen.

La potentielle bombe à retardement Léonelli

Mais le plus important des proches de Christian Estrosi à la région est aussi une potentielle bombe à retardement, pour lui comme pour Renaud Muselier. Le fi dèle et roué Pierre-Paul Léonelli a en eff et été reconduit président du groupe majoritaire Notre région d’abord. Celui qui a fait ses armes comme directeur de cabinet du célèbre et sulfureux maire de Nice, feu Jacques Médecin, s’est vu proposer la vice-présidence de la commission des fi nances, de l’administration générale et des ressources humaines. Adjoint au maire de Nice, le président de l’association Les amis du maire de Nice et de l’Agence régionale d’équipement et d’aménagement (Area) doit composer avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête : une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics à la suite d’un accablant rapport de la chambre régionale des comptes sur le centre de gestion de la fonction publique territoriale des Alpes-Maritimes, entre 2015 et 2019. En cause ? Son emploi de directeur de cabinet, à plus de 6 500 euros mensuels, ainsi que des pleins de carburant eff ectués en Corse avec la carte bancaire de l’organisme. Plusieurs perquisitions ont été menées en février par la police judiciaire à la demande de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS). En attendant les résultats des investigations, Léonelli, très actif sur les réseaux sociaux, n’a pas hésité à s’en prendre au sénateur (LR) Henri Leroy, qui avait salué les convictions de Thierry Mariani, « ami de droite ferme attaché à nos valeurs historiques gauloises ». Plus récemment, ce farouche adversaire de la gauche a manifesté toute « toute sa sympathie et tout son soutien » à Éric Dupond- Moretti, mis en examen, en publiant une photo à ses côtés. Prêt à suivre, lui aussi, son mentor chez Macron, compliquant encore plus le positionnement de Renaud Muselier au sein des Républicains ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :