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Iran: Ebrahim Raïssi investi président…

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DÉCRYPTAGE – Sous l’autorité du guide Ali Khamenei, le nouveau président ultraconservateur aura à cœur de défier l’Occident.

Par Georges Malbrunot. LE FIGARO. 2 août 2021

Ebrahim Raïssi, le 21 juin, à Téhéran, lors de sa première conférence de presse, trois jours après son élection à la présidence de la République isla­mique. ATTA KENARE/AFP

Élu en juin, le président de la République islamique, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, aura en tête ce mardi lors de son investiture un avertissement lancé par le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui détient l’essentiel des pouvoirs en Iran.

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«Les générations futures devraient se servir de l’expérience (du gouvernement Rohani auquel succède M. Raïssi, NDLR). Il est apparu clairement au cours du mandat de ce gouvernement que faire confiance à l’Occident ne fonctionne pas», a déclaré mercredi dernier Ali Khamenei à son ancien président et aux membres de son cabinet.

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Le numéro un du régime faisait référence au retrait américain de l’accord nucléaire international de 2015, défendu par l’ex-président Rohani. Devant marquer le retour de l’Iran dans la communauté internationale, en lui accordant une levée des sanctions qui frappent le pays, cet arrangement a été vidé de son contenu en 2018 par Donald Trump qui s’en est retiré, avant d’imposer de très sévères sanctions à l’Iran. En réaction, Téhéran s’est peu à peu désengagé de ses obligations nucléaires.

Depuis avril, Iraniens et Américains négocient à Vienne avec les Européens un retour dans cet accord, mais en vain jusqu’à maintenant. La conclusion de ces pourparlers sera l’un des principaux objectifs du président Raïssi. Mais l’ultraconservateur, placé sur une liste noire du Trésor américain en 2019 pour son implication trente ans plus tôt dans la répression d’opposants, n’est pas M. Rohani. S’il déclare soutenir des pourparlers qui «garantissent les intérêts nationaux» de l’Iran, il n’autorisera pas des discussions pour le plaisir de négocier.

Il s’agit de construire un modèle économique qui protège la croissance de l’Iran des décisions et des choix politiques américainsClément Terme, chercheur à l’Institut universitaire européen en Italie

Les Occidentaux accusent l’Iran de faire traîner les choses à Vienne, où les discussions sont interrompues depuis le 20 juillet et ne reprendront qu’après l’investiture d’Ebrahim Raïssi. Mais ce dernier est à son tour déjà coincé. L’économie iranienne est asphyxiée par les sanctions américaines, auxquelles s’ajoute le fardeau d’une pandémie, qui a fait de l’Iran le pays le plus touché du Moyen-Orient. Téhéran a enregistré la semaine dernière un record d’infections au virus, avec 34.951 cas en une seule journée.

Comme son prédécesseur, Raïssi tient à réexporter du pétrole, faute de quoi les caisses de l’État resteront quasi vides. Mais Ebrahim Raïssi optera pour une «voie différente» de celle de Hassan Rohani. Là où l’équipe Rohani prônait une ouverture au marché européen et occidental, le nouveau président choisira un pivot vers l’Est – c’est-à-dire la Chine et la Russie. «Il s’agit de construire un modèle économique qui protège la croissance de l’Iran des décisions et des choix politiques américains», explique Clément Terme, chercheur à l’Institut universitaire européen, en Italie. Plus de production locale, moins d’exposition à l’Occident, même si les Iraniens préfèrent la technologie européenne, voire américaine, à la chinoise! Mais là encore, l’influence du guide suprême et de son entourage se fait déjà sentir. Pas question de s’ouvrir économiquement aux États-Unis, après un accord à Vienne. Et avec l’Europe, la méfiance prédomine. «L’Iran estime que ni la France, ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne, signataires de l’accord nucléaire de 2015, n’ont tenu leurs promesses de continuer de faire des affaires avec Téhéran, elles n’ont jamais voulu se distancier des États-Unis», confie un homme d’affaires à Téhéran.

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«À chaque fois que vous avez reporté des problèmes d’accord avec l’Occident, l’Amérique et autres (…), vous étiez bloqué et ne pouviez pas progresser parce qu’ils ne vous aident pas. Ils sont l’ennemi, après tout», rappelait la semaine dernière le guide suprême à Hassan Rohani. Cette défiance, encore renforcée par un Parlement tatillon et acquis aux radicaux, sera au cœur de la feuille de route d’Ebrahim Raïssi, dont un autre objectif sera de lutter contre une corruption systémique dans les ministères et les administrations.

Impulsée par l’entourage d’Ali Khamenei et les puissants gardiens de la révolution, cette opération mains propres est aussi destinée à réinjecter deux ingrédients que le régime ne produit plus: une adhésion idéologique et un esprit révolutionnaire. Et ce à un moment charnière d’une République islamique qui s’approche de la succession d’Ali Khamenei, 82 ans et souffrant d’un cancer de la prostate.Si le régime est incontestablement affaibli à l’intérieur, l’Iran reste puissant au Moyen-Orient, via ses relais au Yémen, en Irak, au Liban et en Syrie

L’élection de l’ultraconservateur Raïssi, qui est intervenue après l’élimination de ses rivaux réformistes, avant même le scrutin présidentiel du 18 juin, s’inscrit dans cette perspective de préparer l’avenir, pour mieux le contrôler. À l’intérieur du pays, mais aussi hors de ses frontières.

L’urgence à apporter un mieux-vivre à 88 millions d’Iraniens en proie au chômage, à la vie chère et au Covid a encore été illustrée par les récentes manifestations contre les pénuries d’eau dans plusieurs villes de la province du Khouzestan, frappée par la sécheresse et laissée pour compte du développement. Une fronde réprimée dans le sang: huit morts, selon Amnesty International.

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«Les gens ont exprimé leur mécontentement et en aucun cas, nous ne pouvons le leur reprocher», a reconnu Ali Khamenei. Mais le guide suprême a eu tôt fait d’avertir les manifestants de cette province, qui abrite la minorité arabe du pays, qu’ils ne devaient pas faire le jeu des «ennemis» de l’Iran. «L’ennemi cherche à tout utiliser contre la révolution (iranienne), le pays et les intérêts du peuple, il faut donc veiller à ne pas lui donner de prétexte», a mis en garde Khamenei. Allusion à Israël, en guerre contre l’Iran et son programme nucléaire. Une guerre menée en Syrie, où l’État hébreu veut qu’Assad et son parrain russe fassent reculer l’Iran et ses satellites, le Hezbollah libanais en particulier. Mais aussi sur les mers, où l’Iran est accusé d’avoir attaqué jeudi aux drones un bateau appartenant à un homme d’affaires israélien en mer d’Oman, provoquant la mort d’un Britannique et d’un Roumain.

Car si le régime est incontestablement affaibli à l’intérieur, l’Iran reste puissant au Moyen-Orient, via ses relais au Yémen, en Irak, au Liban et en Syrie. D’où, selon Téhéran, la volonté américaine d’ajouter dans l’accord en discussion à Vienne «une phrase» sur l’ouverture ensuite de négociations sur l’influence régionale iranienne, ses drones et ses missiles balistiques, qui créent la panique chez les alliés arabes des États-Unis. Une exigence rejetée par l’Iran.

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