MEMORABILIA

Les mauvais calculs d’Emmanuel Macron au Liban

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ÉDITO. La France a sous-estimé le rôle pernicieux du Hezbollah et de l’Iran après l’explosion du port de Beyrouth il y a un an, qui a empiré la crise au Liban.

Le president Emmanuel Macron le 6 aout 2020 a Beyrouth, au surlendemain de l'explosion qui fit plus de 200 morts dans le port de la capitale.
Le président Emmanuel Macron le 6 août 2020 à Beyrouth, au surlendemain de l’explosion qui fit plus de 200 morts dans le port de la capitale.© – / AFP

Par Luc de Barochez Publié le 04/08/2021 LE POINT

Dans la nuit du désespoir libanais, Emmanuel Macron voulait apporter une lueur. 

En se rendant à deux reprises à Beyrouth après l’explosion dévastatrice du 4 août 2020, le président de la République a repris le flambeau de la solidarité de la France avec le pays du Cèdre.

Le chef de l’État s’inscrivait dans les pas de François Mitterrand, qui fit en 1983 le voyage de Beyrouth au lendemain de l’attentat du Drakkar imputé à l’Iran (58 parachutistes français tués). Dans la suite de Jacques Chirac aussi, qui fut en 2005 le seul chef d’État étranger à venir présenter ses condoléances après l’assassinat par le Hezbollah du Premier ministre Rafic Hariri.

À l’instar de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron a exprimé sa détermination à défendre la souveraineté du Liban. Il a réclamé une enquête indépendante sur les causes de l’explosion ; un audit des réserves de la Banque centrale et des finances de l’État ; la nomination d’un gouvernement intérimaire capable de mettre en œuvre des réformes ; et enfin, la tenue d’élections législatives anticipées dans un délai de moins d’un an.

Ses sommations n’ont produit aucun effet. Pas une de ses exigences n’a été satisfaite. La stérilité de la démarche présidentielle n’a fait que mettre en relief l’impuissance de la France, dans ce pays qu’elle a créé voici un siècle.

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La catastrophe provoquée par la déflagration de centaines de tonnes de nitrate d’ammonium – plus de 200 morts, des milliers de blessés, une partie de la capitale détruite – aurait pu donner le signal du sursaut à un pays saoulé de tragédies. Elle n’aura été qu’une étape de plus dans sa descente aux enfers. Un an après, le Liban est plus que jamais un État failli. Les pénuries alimentaires s’étendent. Les moyens manquent, y compris pour faire fonctionner les respirateurs dans les hôpitaux ou pour pomper l’eau potable dans le sous-sol. La monnaie nationale a perdu plus de 90 % de sa valeur. L’hyperinflation annihile le pouvoir d’achat. Plus de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. Pour ceux qui en ont encore les moyens, l’émigration n’est bien souvent que la seule solution envisageable.

La crise est le résultat de décennies de mauvais gouvernement et de dilapidation des fonds publics. La classe politique toujours emmenée par les anciens chefs de milices de la guerre civile (1975-1990) fonctionne sur le clientélisme et pille le pays pour s’enrichir en toute impunité. Le dernier candidat au poste de Premier ministre, Najib Mikati, est un oligarque richissime mais aussi un ancien chef de gouvernement, compromis dans le système mafieux qui tient le pays en coupe réglée. Il ne peut en rien incarner le renouveau.

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Entre le rôle que la France ambitionne de jouer au Proche-Orient et son influence réelle, il y a un abîme encore accru par les erreurs d’analyse des décideurs parisiens. Attendre de la classe politique libanaise qu’elle s’amende, c’est lui demander de tuer la poule aux œufs d’or. Ceux qui ont provoqué la crise n’ont pas d’intérêt à la résoudre. Penser que le Hezbollah aurait pu laisser faire de vraies réformes, c’était se bercer d’illusions. La milice chiite n’est pas un partenaire avec qui on pourrait discuter mais un obstacle au changement. Elle n’est pas un acteur politique préoccupé du bien du Liban, mais un instrument militaire et terroriste au service de Téhéran.

Iran, Turquie, Russie : autant de prédateurs

Sous la férule du Hezbollah, le Liban est devenu l’avant-poste du projet expansionniste iranien dans lequel le couloir levantin, qui donne accès à la Méditerranée et permet de maintenir un front ouvert avec Israël, est une pièce essentielle. Continuer à imaginer que le « parti de Dieu » pourrait faire primer l’intérêt national du Liban, c’est se fourvoyer alors que les négociations internationales sur le programme nucléaire iranien piétinent.

Aussi dysfonctionnel soit-il, le Liban mérite qu’on le défende. Outre son attachement historique, culturel et même romantique à ce pays, la France a un intérêt géopolitique fort à marquer sa présence au Levant face aux prédateurs régionaux que sont l’Iran, la Turquie ou la Russie.

Mais une action efficace en faveur du Liban suppose de reconnaître qu’il est devenu un protectorat de la République islamique, après avoir été longtemps celui de la Syrie assadienne. Et que c’est seulement en s’appuyant sur ses courageux citoyens engagés pour le changement, plutôt que sur sa classe politique corrompue et soumise aux intérêts de l’Iran, qu’il pourra recouvrer un jour son indépendance.

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