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Dans le secret des forces spéciales, incontournables face au terrorisme et aux nouvelles menaces

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ENQUÊTE – Présentes partout où les intérêts de la France sont en jeu, les forces spéciales sont souvent à la lisière entre deux mondes, celui du renseignement et celui de l’action armée.

Par Cyril Hofstein 06/08/2021 LE FIGARO

Deux tireurs de haute précision du 1er RPIMa. Basé à Bayonne, ce régiment des forces spéciales de l’armée de terre est en alerte permanente. Thomas Goisque pour Le Figaro Magazine

-C’est un fait souvent oublié. Pourtant, en mai 1978, pendant la célèbre opération aéroportée de la Légion étrangère sur Kolwezi, une équipe du 13e régiment de dragons parachutistes a été larguée au-dessus de la cité minière du Shaba, puis rejointe par des éléments du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine pour effectuer une mission spéciale d’assistance opérationnelle. Une action dans laquelle ces deux régiments des forces spéciales (FS) françaises excellent.

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Dans les Balkans, pour capturer des criminels de guerre, en Afghanistan ou plus récemment au Sahel, en République de Côte d’Ivoire, en Centrafrique, en Libye, en Somalie et en Irak, les FS ont mené de nombreuses opérations. Depuis plus de quarante ans, les forces spéciales ont été dans tous les conflits, qu’ils soient «de haute intensité» et impliquant plusieurs belligérants, «de basse intensité», ou dans les «zones grises», ces lieux incertains et hautement inflammables, où l’affrontement se joue désormais à distance entre acteurs plus ou moins bien identifiés. Avec le développement de la guerre asymétrique et notamment du terrorisme international et de la piraterie, ces unités ont pris une importance croissante.

En France, les forces spéciales existent au sein des trois composantes de l’armée (air, mer et terre) et constituent un des maillons essentiels de la puissance militaire de notre pays (voir encadré en fin d’article). Leur recrutement toujours plus sélectif, leur entraînement particulièrement exigeant et leur équipement de pointe en font une force d’élite. Depuis la première guerre du Golfe en Irak en 1991 et la prise de conscience du retard français par rapport aux Britanniques et aux Américains, qui avaient déjà fédéré leur commandement au sein d’une seule entité, les forces spéciales ont été placées en 1992 sous la tutelle opérationnelle du Commandement des opérations spéciales, aux ordres du chef d’état-major des armées et sous l’autorité directe du président de la République.

Légères, discrètes et polyvalentes

Fortes de plus de 4000 personnels directement projetables, elles permettent d’agir vite et loin. Légères, discrètes, polyvalentes et très pointues, dotées d’un rayon d’action considérable, elles ont montré leur efficacité dans la lutte contre les groupes terroristes, comme dans des environnements où le recours à des forces régulières n’est pas envisageable. En pointe contre les réseaux souterrains, souvent à la lisière entre deux mondes, celui du renseignement et celui de l’action armée, elles sont entrées aujourd’hui dans une nouvelle ère et se déploient désormais dans la durée, tout en menant de nombreuses missions d’appui, de formation et de soutien à des pays alliés.

Entre course à la technologie, apparition de nouvelles menaces et une situation internationale mouvante, leur rôle est en perpétuelle évolution. Tout comme leur image, très éloignée de celle donnée par le cinéma ou les émissions de téléréalité. Car si les visages masqués, le choix du secret et les armes sophistiquées des FS fascinent, la réalité est souvent beaucoup plus complexe à appréhender.

Nous recherchons d’abord des têtes bien faites et des esprits curieuxLe colonel François

«La formation d’un équipier est l’une des plus dures qui soient, précise le capitaine Charles, un officier du 1er RPIMa. La sélection est drastique et le recrutement repose sur des critères intellectuels, physiques et psychologiques adaptés à la dureté des opérations spéciales. Tous les équipiers SAS suivent une formation longue et exigeante avant d’être affectés au sein d’un stick. Certains ont d’abord fait leurs armes dans des unités conventionnelles de l’armée de terre, comme parachutistes ou dans les troupes de montagne. D’autres, de plus en plus nombreux, n’ont aucune expérience militaire initiale et ont plutôt suivi des études longues, comme ce jeune ingénieur qui vient de rejoindre le régiment après avoir travaillé plusieurs années dans une start-up de la région parisienne. Tous apprécient l’action sans pour autant ne vivre que pour elle. Ils ont à cœur de servir leur pays et voient surtout dans leur engagement une forme d’aboutissement personnel. Certains auront une longue carrière, d’autres ne feront qu’un passage. Mais il sera déterminant.»

«Nous recherchons d’abord des têtes bien faites et des esprits curieux»,renchérit le colonel François, qui vient de quitter le commandement du 13e RDP, une formation interarmes des forces spéciales terre très particulière, spécialisée dans «la recherche du renseignement dans la profondeur et la complexité des dispositifs ennemis»«Nos équipiers doivent être aussi bien discrets qu’adaptables. Capables de se fondre dans n’importe quel environnement et de s’y maintenir pour accomplir leurs missions. En raison de ses spécificités et de ses nombreuses composantes, la formation interne est longue et l’apprentissage de la recherche aéroportée très exigeante. Malgré l’utilisation de technologies de pointe toujours plus sophistiquées, la dimension humaine demeure essentielle et constitue la véritable colonne vertébrale du régiment.»

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Esprit de corps et rusticité

Derrière chaque action et chaque opération, il y a souvent des mois de préparation et d’entraînement effectués dans les conditions les plus réalistes possibles, aussi bien techniquement que tactiquement. «Rien que pour parvenir à exécuter parfaitement et de manière fluide les mouvements apparemment simples d’une colonne d’assaut en progression, il faut du temps. Beaucoup de temps, assure Max, un chef de groupe du 1er RPIMa. Mais cette phase d’action n’est qu’une goutte d’eau dans la formation d’un équipier. Sans esprit de corps, rusticité, volonté, précision, entraînement et humilité, tout cela ne serait qu’une chorégraphie. Au régiment, tout s’apprend, à condition de toujours accepter de se remettre en question. Car quand est venu le moment de rejoindre le terrain, il faut pouvoir compter les uns sur les autres sans condition suspensive. Nous formons un tout. Seul, même le meilleur, ne sert à rien.»

Historiquement, les forces spéciales françaises sont les héritières de plusieurs courants, parfois contradictoires, où s’entremêlent le goût pour la guérilla des corps francs, l’esprit maquisard des opérations clandestines de la Résistance, la détermination de ceux qui ont rejoint le général de Gaulle à Londres et l’influence très britannique du Special Air Service (SAS) et des commandos de la Royal Navy. Cette «patte» anglaise, à la fois fluide et rigide, a profondément marqué tous les volontaires de la France libre qui ont servi dans les rangs du SAS, sous l’appellation «French SAS Squadron» (dont le 1er RPIMa a gardé la devise: «Qui ose gagne» et porte encore le béret amarante), comme les 177 hommes du commando Kieffer, à l’origine des commandos marine de la Marine nationale, passés par les fourches caudines du centre de formation du château d’Achnacarry en Écosse, avant de rejoindre lord Lovat, le chef charismatique de la 1re brigade de commandos et de débarquer le 6 juin 1944 sur les plages de Normandie. Puis les guerres d’Indochine et d’Algérie, avec leurs phases difficiles de contre-insurrection, ont ajouté leurs caractéristiques propres.

S’il a considérablement évolué pour s’adapter aux mutations profondes du monde d’après la guerre froide et de la fin de la bipolarisation, le rôle des forces spéciales n’a pas fondamentalement changé depuis les premiers raids menés en 1941 dans le désert libyen par l’Écossais David Stirling, l’homme fort du SAS, qui a inauguré cette nouvelle forme de combat où la détermination, la souplesse et la rapidité d’un petit groupe de soldats très entraînés et volontaires peuvent emporter la décision.

En zone désertique comme en montagne

Qu’ils fassent partie du commandement des forces spéciales terre, des sept commandos de la Marine nationale ou de la brigade des forces spéciales air (BFSA), ces militaires qui évoluent dans des univers très particuliers disposent d’autant de savoir-faire spécifiques que de capacités à interagir. En clair, chaque unité est à part, mais toutes savent travailler ensemble en conjuguant des modes opératoires différents. Capables de préparer des actions à long terme, elles sont prêtes à intervenir en l’espace de quelques heures et à être projetées à des milliers de kilomètres de leurs bases. Leurs spécialités sont multiples: contre-terrorisme, libération d’otages, protection rapprochée de hautes personnalités, neutralisation de «cibles» à très longue distance, actions indétectables d’infiltration et de collecte de renseignements «hautement stratégiques» derrière les lignes ennemies, combat en zone désertique, montagneuse, urbaine ou en jungle, destruction d’objectifs sensibles, infiltration par voie fluviale (aquatique, subaquatique), maritime, saut opérationnel à très grande hauteur sous oxygène, sécurisation de bases aériennes avancées, manœuvres d’animation de réseaux d’informateurs locaux et d’influence… Car la guerre de l’information est aussi un de leurs domaines de prédilection.

Dédié à l’armée de terre, le groupement d’appui aux opérations spéciales permet, lui, une meilleure articulation entre forces spéciales et forces conventionnelles dans des thématiques aussi variées que les transmissions, l’analyse et l’interprétation des différents systèmes d’imagerie, la guerre électronique, la topographie et la cartographie. Le Gaos coordonne aussi l’action des spécialistes en intervention nucléaire, radiologique, biologique et chimique, des équipes cynophiles d’attaque ou de recherche d’explosifs, des experts en déminage, en aménagement de zone d’atterrissage ou de camp isolé, ainsi que de spécialistes de toutes sortes.En dépit de leur très grande visibilité médiatique, les FS n’ont pas vocation à devenir « le couteau suisse de l’armée française »

À cela s’ajoute la très grande complémentarité avec les aéronefs de l’armée de l’air et de l’espace et les différents moyens maritimes et aériens mis en œuvre par la Marine nationale. Mais en dépit de leur très grande visibilité médiatique, les FS n’ont pas vocation à devenir «le couteau suisse de l’armée française» ni à effectuer des missions d’infanterie classiques, ou à se substituer à celles, de natures très différentes, du groupement des commandos parachutistes de la 11ebrigade parachutiste, ou du groupement de commandos de montagne, des unités triées sur le volet qui ne dépendent pas du commandement des opérations spéciales. L’équilibre subtil entre leur mobilité, leur puissance de feu et leur capacité de renseignement doit rester leur force.

L’intensité et la durée de l’opération «Barkhane», menée depuis le 1eraoût 2014 au Sahel et au Sahara par l’armée française et ses alliés pour lutter contre les groupes armés islamistes dans la région, ont eu de nombreux effets sur les forces spéciales, dont les missions n’ont cessé d’évoluer, à l’image de la montée en puissance du groupement Takuba (où plusieurs pays européens se sont engagés – République tchèque, Estonie, Belgique, Italie, Suède, Portugal, Pays-Bas), qui rassemble 600 hommes au Mali. Si cette task force doit permettre à la France de réduire à moyen terme sa présence militaire régulière dans la zone, elle impose également aux FS un rythme très soutenu.

Un monde nouveau et instable

«Nous sommes incontestablement entrés dans une période de transition particulièrement intéressante et structurante, explique le général de division Bruno Baratz, commandant les forces spéciales terre. Il est important de continuer à cultiver ce que nous sommes et à nous perfectionner sans relâche. Mais nous devons aussi faire en sorte que le recours sans cesse croissant aux techniques les plus sophistiquées n’érode ni l’esprit d’initiative ni notre capacité d’adaptation. Dans le monde nouveau et instable qui semble se dessiner, nous serons de plus en plus contraints à pratiquer un exercice d’équilibre complexe entre haute technologie et rusticité extrême pour conserver ce “coup d’avance” qui fait toute la différence face à l’ennemi. Quel qu’il soit.»


4000 hommes pour des opérations très spéciales

Le commandement des forces spéciales terre (Com FST) est composé d’un état-major et d’une compagnie de commandement et de transmissions (CCTFS) et de 3 régiments de forces spéciales:

• 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa), spécialisé dans les actions terrestres commandos du type Rapas (recherche aéroportée et actions spécialisées). Basé à Bayonne.

• 13e régiment de dragons parachutistes (13e RDP), spécialisé dans le renseignement militaire en milieu hostile. Basé à Martignas-sur-Jalle.

• 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales (4e RHFS), unité d’hélicoptères basée à Pau.

Soit au total plus de 2500 hommes équipés de 45 hélicoptères (10 cougars, 10 caracals, 7 pumas, 12 gazelles et 6 tigres HAP).

À ces 3 régiments s’ajoute le groupement d’appui aux opérations spéciales (Gaos), structure chargée d’accueillir les renforts spécialisés des forces terrestres, et le centre d’entraînement Arès, à vocation interarmées et interalliées.

Forces spéciales de la Marine nationale: intégrée à la force maritime des fusiliers marins et commandos (Forfusco), qui rassemble plus de 2300 personnels, la composante commandos marine compte environ 650 marins répartis au sein de sept unités basées à Lorient et à Saint-Mandrier.

Forces spéciales de l’armée de l’air et de l’espace: la Brigade des forces spéciales air (BFSA) est composée du commando parachutiste de l’air n°10 (CPA 10) (renseignement, opérations commandos, reconnaissance spéciale ; environ 300 militaires).

Commando parachutiste de l’air n°30 (CPA 30) (environ 180 militaires) de l’escadron de transport 3/61 Poitou et de l’escadron d’hélicoptères 1/67 Pyrénées.

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