MEMORABILIA

Meurtre du prêtre Olivier Maire : les raisons de la colère

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CAUSEUR. 11 août 2021

OPINION. Olivier Maire, prêtre vendéen, a été assassiné ce 9 août. Le ressortissant rwandais qui avait incendié la cathédrale de Nantes a reconnu à la police être l’auteur du crime. En situation irrégulière depuis des années, Emmanuel Abayisenga avait fait l’objet de plusieurs Obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Céline Pina nous livre son regard sur le drame.

Meurtre du prêtre Olivier Maire : les raisons de la colère

Auteur

Céline PINAFondatrice de Viv(r)e la République

-Un prêtre a été assassiné par le même sans-papier rwandais qui avait incendié la cathédrale de Nantes.

L’homme pourtant sous le coup d’un arrêté d’expulsion non mis en œuvre avait montré sa dangerosité et sa rancœur en tentant de détruire un lieu fort et symbolique lié pourtant à la communauté chrétienne qui l’avait recueilli et soutenu. Libéré alors qu’il était manifestement très perturbé et était déjà passé à l’acte, on ne peut dire que cette escalade dans la violence ait constitué une surprise. Le problème est qu’elle a coûté la vie d’un homme qui a payé très cher l’idéal chrétien de compassion et de charité auquel il avait voué sa vie.

Que cette histoire choque est parfaitement normal, que cela interroge sur l’autorité de l’État est sain, que les carences de l’institution judiciaire et du ministère de l’Intérieur soient pointées du doigt, aussi.

Enfin que les Français ne comprennent pas pourquoi cet homme était en liberté et n’avait pas été expulsé en temps et en heure est logique. Contrairement à ce que prétend Gérald Darmanin, ces réactions ne sont pas condamnables, mais légitimes. Elles témoignent de l’inquiétude des Français face à la faiblesse et au manque de lucidité de ceux qui les dirigent et sont censés œuvrer à les protéger.

Elles le sont d’autant plus que d’autres faits divers sanglants ont marqué l’actualité. On se souvient des deux jeunes filles égorgées en 2017 à la gare de Marseille par un Tunisien en situation irrégulière qui avait été pourtant interpellé deux jours avant pour un vol à Lyon. Plus près de nous en 2020, trois fidèles en prière à la Basilique Notre-Dame-de-l’Assomption à Nice avaient été aussi égorgées par un Tunisien également en situation irrégulière. Que dire également des enquêtes autour de phénomène de radicalisation où sont souvent mis en cause des imams, parfois sous le coup d’arrêtés d’expulsion jamais exécutés, comme ce fut le cas de l’imam de Gonesse, susceptible de n’avoir pas été pour rien dans le basculement du tueur de la Préfecture de Paris dans le fanatisme. Or à chaque fois des arguties juridiques, des lenteurs administratives et des questions de relations internationales ont rendu ces personnes inexpulsables de fait.

Il y a aujourd’hui une disproportion entre la protection de l’intérêt général et les droits individuels des personnes. Même en cas d’atteinte à l’ordre public, cet équilibre est rompu et empêche l’action de l’État en la matière. Or pour jouer son rôle et pouvoir accueillir dans de bonnes conditions une immigration choisie ou des demandeurs d’asile, l’État doit avoir les moyens matériels et juridiques de renvoyer les étrangers qu’il ne souhaite pas garder sur son sol. Or s’il se trouve que les obstacles à la mise en œuvre des décisions d’expulsion sont connus, ceux-ci sont présentés comme une fatalité et on ne voit à l’œuvre aucune volonté politique susceptible de changer la donne. C’est ce qui rend ce énième fait divers insupportable.

Mais toutes ces questions sont balayées d’un revers de main par Gérald Darmanin parce que Marine Le Pen les pose aussi. Au nom du deuil, le ministre invite à cesser les polémiques, tentant de se poser en arbitre des élégances pour faire oublier qu’il apparait comme l’image même de l’impuissance. Il tente de délégitimer le ras-le-bol de tout un peuple en assimilant le fait de demander des comptes à l’État à une forme d’indécence et à un positionnement politique marqué par l’extrémisme. Mais Marine Le Pen n’est pas le porte-parole de toutes les personnes que de telles situations inquiètent. En Macronie, n’aurait-on plus le droit de demander des comptes à un gouvernement pour peu que le RN ait commis un tweet dessus ? La manœuvre se veut habile, elle n’est que maladroite et témoigne du refus d’agir sur les véritables causes de ce fait divers. De cela nul n’est dupe.

Il se trouve que si l’histoire de l’assassinat de ce prêtre déclenche une telle émotion, c’est qu’il met en lumière un fait que les gouvernements tentent de dissimuler en faisant du débat sur les frontières et l’immigration, un tabou :  leur incapacité à contrôler qui entre dans un pays, qui peut y rester et s’y intégrer.

Or cette capacité est la base de la souveraineté et une des garanties de la sécurité des citoyens. Le fait que l’immigration clandestine ne cesse de croître est un camouflet permanent et renouvelé à l’autorité de l’État. Le maintien en France de la quasi-totalité des demandeurs d’asile déboutés en est une des preuves.

Selon Patrick Stefanini, auteur d’un ouvrage très documenté sur l’immigration, on estime le nombre de clandestins sur le territoire français à environ 900 000 personnes.

Quant aux arrêtés d’expulsion, leur exécution est dérisoire et seuls 15% des décisions d’expulsion prononcées seraient mises en œuvre. Cette situation est en soi problématique. Ce sont à ces faits que Gérald Darmanin devrait se soucier de répondre.

Il se doit d’autant plus de le faire que l’on peut s’étonner que ce soit l’Église qui ait dû prendre en charge un homme dangereux relevant de la responsabilité de l’État. Autre point dommageable, le refus de tenir compte des connaissances que l’on possède pourtant sur la fragilité et souvent la dangerosité des hommes ayant traversé des violences tels que les massacres de la guerre civile du Rwanda. Ce qui était le cas de l’assassin. Victime ou bourreau se faisant passer pour une victime, difficile de le savoir dans un tel contexte et d’apprécier les récits délivrés.

Il n’en reste pas moins que confrontés à la violence, les hommes n’en sortent pas indemnes. Si l’on prend le cas des enfants-soldats par exemple, ceux-ci bien que victimes innocentes à la base, se transforment souvent en de redoutables prédateurs sans limites. Sans accompagnement, la résilience des personnes soumises à des violences inouïes est quasi impossible, avec accompagnement le résultat est rarement garanti. Il était donc de la responsabilité de l’Etat de prendre en charge cet homme perturbé et violent qui avait démontré des capacités de nuisance. Or c’est l’Église qui l’a recueilli. Nul reproche à lui faire ni procès en naïveté, celle-ci était dans son rôle et l’inconditionnalité de l’accueil en fait partie.

On peut néanmoins demander des comptes à l’État pour n’avoir pas placé cet homme-là où était sa place, à savoir en prison ou dans une unité de psychiatrie. Là encore l’État s’est montré irresponsable et défaillant.

On comprend donc que Gérald Darmanin essaie, en tentant de déclencher une polémique l’opposant à Marine Le Pen, de dissimuler les défaillances de l’État. Cela ne fait que mettre en lumière son incapacité à agir et le fait que les discours d’Emmanuel Macron appelant à plus de fermeté en matière d’expulsion n’ont enclenché aucun travail réel de réflexion ni de mise en œuvre.

Le ministre de l’Intérieur est donc bien mal placé pour faire la morale, surtout quand la posture apparait pour ce qu’elle est : une façon de se défiler face à ses responsabilités et de s’exonérer de toute action efficace.

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