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A LIRE: Emmanuel Abayisenga, débouté de l’asile, pyromane et tueur de prêtre

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DÉCRYPTAGE – Abayisenga, impliqué dans l’incendie de la cathédrale de Nantes et le meurtre du père Olivier, a usé de tous les recours pour rester en France.

Par Christophe Cornevin et Agnès Leclair. LE FIGARO. 10 août 2021

Le prêtre Olivier Maire a été retrouvé mort, lundi 9 août, en Vendée à Saint-Laurent-sur-Sèvre.SEBASTIEN SALOM-GOMIS/AFP

Depuis son arrivée irrégulière en France, en 2012, Emmanuel Abayisenga a épuisé toutes les voies pour se maintenir sur le territoire où, après l’incendie volontaire de la cathédrale de Nantes, en juillet 2020, il a tué, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, le père Olivier Maire, qui lui avait pourtant ouvert les bras.

Une demande d’asile refusée à deux reprises

Entré en France de manière irrégulière le 28 décembre 2012, Emmanuel Abayisenga, pyromane présumé de la cathédrale de Nantes, qui s’est accusé lundi du meurtre du père Olivier Maire, s’est vite adapté aux arcanes de la justice française. Son parcours administratif et judiciaire, dont le détail a été porté à la connaissance du Figaro, en atteste.

Une première demande de droit d’asile, déposée dès février 2013, est rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) le 28 janvier 2015. «Les agents chargés d’examiner son dossier ont considéré que ce migrant, né en janvier 1981 dans le sud du Rwanda, n’était pas en danger dans son pays», assure une source informée. Celle-ci précise que «l’instruction a été menée par des spécialistes de la région qui ont soigneusement analysé le récit de sa trajectoire personnelle».

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Emmanuel Abayisenga est décrit comme un fils d’instituteur, issu d’une famille hutue. Il serait devenu un temps officier de police et raconte avoir subi des tortures dans son pays. «Après qu’il a été entendu en présence d’un avocat, l’Ofpra n’a pas donné suite», déclare-t-on de même source. «Le fait que l’Ofpra ait mis en doute la véracité de son récit a créé chez lui un énorme désarroi», a raconté dans La Croix l’une de ses amies nantaises.

Saisie en appel, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), formée de magistrats indépendants et d’experts au nombre desquels figurent d’anciens ambassadeurs, a réexaminé par le menu toutes les pièces du dossier. Elle a entendu les arguments du demandeur, avant de confirmer le rejet de sa demande le 6 novembre 2015.

Trois procédures d’expulsion bloquées au tribunal administratif

Débouté du droit d’asile et n’ayant dès lors plus vocation à résider en France, Emmanuel Abayisenga s’est retrouvé dans le viseur du ministère de l’Intérieur, qui a tout fait pour l’expulser.

Le 1er décembre 2016, Beauvau prend à son encontre une première obligation de quitter le territoire français (OQTF). Visiblement sujet à des troubles de santé, certaines sources évoquant en particulier des«problèmes urinaires», le quadragénaire installé à Nantes fait valoir une demande de séjour au titre des «étrangers malades». Le tribunal administratif, jugeant que la préfecture n’a pas assez considéré cet aspect du dossier, retoque une première fois la procédure d’expulsion. Un récépissé lui est alors remis pour qu’il soit en situation régulière, le temps de réévaluer sa demande.

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Sans désarmer, le ministère de l’Intérieur a rédigé, le 11 avril 2017, une deuxième OQTF, qui a fait l’objet de débats médicaux tels que la procédure a été annulée une nouvelle fois par les juges administratifs. C’est alors sur la base des conclusions d’un collège de médecins de l’Office français de l’immigration estimant qu’Emmanuel Abayisenga pouvait bénéficier de tous les soins nécessaires au Rwanda que Beauvau pensait bien avoir gain de cause en dégainant une troisième OQTF, le 5 novembre 2019.

Mais la décision du tribunal administratif est restée pendante car le Rwandais a formulé une «demande d’aide juridictionnelle» pour être assisté dans cet ultime contentieux. «Mais cette aide n’a été notifiée qu’en décembre 2020, sachant que l’affaire de l’incendie de la cathédrale a éclaté entre-temps», souffle au Figaro une source informée.

Pyromane présumé, il a été remis en liberté.

Dès le 20 juillet 2020, Abayisenga a été placé en détention provisoire en tant qu’incendiaire présumé du lieu de culte dans lequel il était servant d’autel. «En vertu d’un principe du droit français, tous les contentieux civils ou administratifs sont suspendus à la décision pénale», rappelle une source ministérielle, qui explique pourquoi son expulsion n’est plus envisageable le temps de l’instruction du dossier visant à l’administration de la vérité de l’incendie de la cathédrale de Nantes et de la tenue du procès à venir.

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Remis en liberté au terme d’un an de détention provisoire, comme le prévoient les textes, il a été placé sous contrôle judiciaire le 31 mai dernier avec obligation de «ne pas sortir du territoire national métropolitain sans autorisation préalable du juge». Et celui qui s’était présenté, il y a un an, comme «un chrétien catholique pratiquant» s’est retrouvé une nouvelle fois sous l’aile de l’église. A priori, aucune autre association humanitaire, telle que la Cimade, ne s’est emparée de ce dossier.

En hôpital psychiatrique, mais pas forcément irresponsable

Marqué par son adolescence au Rwanda et ses échecs de demandes d’asile, Emmanuel Abayisenga semble avoir un équilibre mental fragile. Lundi, sa garde à vue a été levée pour «incompatibilité avec son état de santé». Après ses aveux spontanés, ce Rwandais de 40 ans, qui souffre de troubles psychiatriques, a été conduit à l’hôpital pour y être soigné. Ce n’est pas son premier séjour en psychiatrie. Après sa détention provisoire pour l’incendie de la cathédrale de Nantes, l’ancien servant d’autel bénévole séjournait, depuis le 31 mai dernier, au sein de la communauté des Montfortains de Saint-Laurent-sur-Sèvre, dans le cadre d’une obligation de résidence.

Mais, le 20 juin, son désir de quitter cet hébergement avait été signalé aux gendarmes par le père Olivier Maire. Emmanuel Abayisenga avait alors été hospitalisé plusieurs semaines, à sa demande, au service psychiatrique de l’hôpital Georges-Mazurelle de La Roche-sur-Yon.

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Dès lors, quel rôle son état psychiatrique a-t-il joué dans le meurtre du père Olivier Maire? «Son état mental a été déclaré incompatible avec la garde à vue. Pour l’instant, cela veut dire qu’il n’est pas en capacité de comprendre et de se défendre», explique le Pr Jean-Louis Senon, expert psychiatre. Cette fragilité pourrait-elle conduire à le reconnaître pénalement irresponsable?

L’article 122.1 du code pénal précise qu’il y a irresponsabilité lorsque la personne était atteinte, au moment des faits, d’«un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes». «Emmanuel Abayisenga n’a pas été considéré comme pénalement irresponsable durant sa période de détention jusqu’à fin mai. En général, l’irresponsabilité pénale est prononcée pour des pathologies au long cours, des psychoses schizophréniques», relève Jean-Louis Senon.

De plus, son aveu spontané aux gendarmes laisse penser qu’il a «une conscience cognitive et un comportement organisé suffisants».

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