MEMORABILIA

Rongée par la corruption, ébranlée par la pandémie et débordée par les flux migratoires, l’Afrique du Nord tente d’endiguer une nouvelle vague islamiste.


Deflagration. Manifestation a Tunis, le 25 juillet, pour denoncer les blocages politiques. Le soir meme, le president, Kais Saied, suspendait le Parlement.
Déflagration. Manifestation à Tunis, le 25 juillet, pour dénoncer les blocages politiques. Le soir même, le président, Kaïs Saïed, suspendait le Parlement.

De notre correspondant à Tunis, Benoît Delmas

Publié le 12/08/2021 LE POINT

En dépit de son poids plume, la Tunisie épuise la région par son jeu politique imprévisible. Qu’elle succombe à la démocratie et ce sont les Libyens et les Égyptiens qui attrapent le virus. Qu’elle se découvre un nouvel homme fort à sa tête et c’est le maréchal Sissi, éradicateur du Printemps arabe, qui applaudit. Le Maghreb, c’est 100 millions d’habitants, cinq pays, de la Mauritanie à la Libye, qui partagent la même langue, la même religion, une histoire quasi commune : difficile de trouver un terreau plus fertile. C’est aussi le flanc sud de l’Europe, le partenaire historique de la France, de l’Espagne, de l’Italie, le hub avec l’Afrique. Pour cette raison, la déflagration qui a eu lieu à Tunis le 25 juillet 2021 a eu un écho à la mesure de celle du 14 janvier 2011, qui avait lancé le Printemps arabe.  Quand, à Carthage, le président de la République Kaïs Saïed prend les pleins pouvoirs , temporairement selon sa promesse, « gèle » le Parlement, congédie le chef du gouvernement, l’événement fait tache d’huile de Rabat jusqu’à Tripoli et saisit l’Europe. Alger réactive sa diplomatie de la navette, son ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, se rend à deux reprises à Carthage. Les puissances du Golfe font assaut de visites : Émirats arabes unis, Arabie saoudite… Pendant ce temps, l’opinion publique tunisienne retrouve un espoir fugitif, par temps de Covid carabiné.

Où sont les vaccins ?

Pourcentages de personnes complètement vaccinées contre le Covid-19 :

Algérie 

1,7 %

Maroc 

29,9 %

Tunisie 

12 %

Il y a un peu plus de dix ans,  le 14 janvier fut un imprévu historique aussi important que la chute du mur de Berlin , une brèche dans un monde arabe figé dans la dictature. Après vingt-huit jours de protestations, 11 millions de Tunisiens se débarrassaient d’un Ben Ali empêtré dans une corruption massive (10 milliards de dollars selon la Banque mondiale). La jeunesse rebelle d’alors a pris de l’âge. Elle atteint la trentaine et elle fête Kaïs Saïed. « Les jeunes représentent la moitié de la population du Maghreb, ils sont connectés, révoltés, analyse Youssef Cherif, directeur du Columbia Global Centers de Tunis, et si, symboliquement, le Printemps arabe s’achève aujourd’hui à Tunis, la marche pour la liberté ne peut que s’accélérer. »C’est une classe d’âge qui attend en vain une réponse à ses désirs de liberté économique, qui affiche son refus d’un État clientéliste, son envie de ne plus dépendre des réseaux de corruption qui gangrènent la région.

Le blues tunisien. Au quotidien, la corruption est une tannée. À la mairie de La Marsa, fief des élites tunisiennes, il faut verser 10 dinars (3 euros) à une trentenaire teinte en blonde pour enregistrer un contrat de location. Sinon, l’attente peut durer une demi-journée. Au feu rouge, à 6 heures du matin, un pandore sort de nulle part, siffle, déniche une faute vénielle. Si l’on veut récupérer son permis illico, ce sera un billet. Pas vu, pas pris. Aux impôts, moyennant un « geste », les contredanses fiscales tomberont du haut de la pile aux oubliettes. À Kasserine, centre du pays, une ruelle a disparu du cadastre. Un policier l’avait annexée pour la transformer en parking, le nouvel eldorado des entrepreneurs de l’informel. Confrontés du matin au soir à l’arbitraire d’agents d’un État dévoyé, les Tunisiens n’ont pas seulement le blues, ils broient du noir. Le désenchantement aura été à la hauteur du rêve.

Urgence. À l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis, le 16 juillet. La mortalité due au Covid-19 en Tunisie est l’une des plus élevées au monde.

La liesse célébrant la prise de tous les pouvoirs par l’austère président Saïed est « un coup de maître du point de vue du récit, de l’harmonie collective, selon Jalel Harchaoui, chercheur à l’institut Initiative globale. Il n’y a aucun parallèle avec l’Égypte de 2013 [coup d’État, NDLR] ou l’Algérie de 1992 », quand l’armée reprenait les rênes. Saïd est le fruit d’un choix populaire, élu avec près de 73 % des voix en octobre 2019, sans aucun moyen de l’État, sans affiche ni clip de campagne. Quand il ne dépense que 4 000 euros pour la totalité de sa présidentielle, certains mènent campagne à grand renfort de voitures de location, de communicants coûteux et de dons de pâtes et de conserves pour attirer le vote des populations démunies. Saïed est sans équivalent dans la région. « Un mélange de nationaliste arabe tenant un discours nassérien et de fervent patriote animé par l’obsession de la lutte anticorruption, avec une pensée teintée de marxisme », selon Youssef Cherif.

Un zoo politique. Le chef de l’État bénéficie d’un socle puissant composé de jeunes qui manifestent leur colère. Colère face au parti islamiste Ennahdha qui, depuis dix ans, codirige un pays qui va de mal en pis ; colère face à un zoo politique où l’on s’apostrophe dans l’Hémicycle, on s’insulte, on paralyse les travaux par des sit-in, en oubliant de légiférer pour le bien commun. Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, ex-zélote de Ben Ali, bloque les séances plénières en hurlant à travers un mégaphone. La ministre de l’Enseignement supérieur fera un passage à l’infirmerie après avoir subi cet assaut de décibels. La même Abir Moussi sera giflée quinze jours plus tard par un député indépendant, proche des islamo-populistes d’Al Karama, durant une séance retransmise à la télévision. Pendant que les jeux toxiques priment dans l’agora politique, la crise sanitaire prospère (plus de 20 000 morts, le pire bilan de la région). « La vague démocratique s’est cassé le nez sur des institutions inutilisables, sans centre de décisions, ce qui a plongé l’économie dans un contexte impossible », juge Hakim El Karoui, de l’Institut Montaigne.

Tout avait bien commencé, pourtant. Lorsque la Tunisie rejoint le giron démocratique, les Occidentaux applaudissent.  Barack Obama en parle , le Festival de Cannes déroule le tapis rouge à un documentaire consacré à la révolution du jasmin… Bailleurs de fonds, ONG et agences de développement ouvrent grand la boîte à outils de la coopération pour mettre sur pied des institutions indépendantes, une Constitution, une presse libre, etc. L’Union européenne débloque plus de 5 milliards d’euros d’aides en une décennie. La Tunisie consomme beaucoup de devises. Cela demeure gérable seulement quand on tutoie la barre des 10 millions de touristes. On voit grand, on imagine un Maghreb démocratique, de Rabat à Tripoli, un club des cinq qui pourra être la tête de pont en Afrique et dans le monde arabe. En son royaume, Mohammed VI prend conscience du vent du boulet, modifie dare-dare la Constitution marocaine pour endiguer toute contagion. Pour Hakim El Karoui, « l’UE a fait pas mal de choses, mais c’est compliqué d’aider un système qui ne marche pas ». 

Hémorragie. À Fnideq (Maroc), le 18 mai, la police espagnole tente de faire refluer les migrants. La veille, plus de 5 000 d’entre eux sont parvenus à rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta.

En finir avec le « système ». Michaël Béchir Ayari, analyste principal pour International Crisis Group, pointe le fossé : « En Tunisie, en Algérie, la population a manifesté son désir d’en finir avec des États qui fonctionnent sur des logiques rentières. » La révolution, explique-t-il, demande le libéralisme économique, un État juste, impersonnel, qui ne fonctionne pas au copinage, à la corruption. Les aspirations de 2011 se traduisent par l’édification d’institutions politiques démocratiques mais le système économique honni par la rue perdure. Et prospère. L’Algérie emboîte le pas à la Tunisie en 2019, criant sa colère lorsqu’elle apprend que le président Bouteflika, paralysé par un AVC, sera candidat à un cinquième mandat. Le Hirak naît. Chaque semaine, des millions de manifestants signifient au « système » leur volonté d’en finir pacifiquement. La tête de gondole Bouteflika est retirée, son entourage incarcéré, d’autres visages prennent sa succession. Le « système » demeure. Intellectuels et journalistes contestataires sont ciblés. L’envie d’émigrer s’accroît. Le « système » ? « Une combinaison de lois archaïques, inchangées, qui fait que les règles du commerce libre ne sont pas entrées en vigueur et que les sociétés sont régulées par des lois inadaptées aux pratiques de la population, qui encadrent et étouffent la vie des citoyens », précise Ayari. Quand l’Occident se félicitait des avancées démocratiques, le chantier des réformes économiques et sociales était laissé de côté. « Des situations économiques gérables sont devenues ingérables par des négligences coupables », explique Harchaoui, citant l’exemple de l’Algérie : « Dès les années 1970, les ministres algériens savaient que la population serait multipliée par quatre en quarante ans, que les réserves de pétrole baisseraient en quarante ans. Tous ces documents sont aux archives, mais rien n’a été fait, on s’est perdu dans d’autres conflits. » 

61 000

C’est le nombre de passages par la Méditerranée enregistrés sur les six premiers mois de l’année, soit une hausse de 59 % du flux migratoire.

En Tunisie, sitôt la démocratie arrimée, l’islam politique emporte les élections. Ses chefs qui étaient dans l’opposition, en prison, deviennent de facto les « Monsieur Propre » postdictature. Lorsque le leader islamiste Rached Ghannouchi rentre d’exil en 2011, l’aéroport de Tunis-Carthage est envahi de milliers de ses supporteurs. Le « Cheikh » mène son parti à la victoire. Au Quai d’Orsay, on grommelle. Le Parti de la justice et du développement au Maroc, « ça va, la monarchie l’encadre ». À Rabat, les rôles sont clairement répartis, quand ça va mal, le roi pointe le gouvernement islamiste et, quand ça va bien, il se l’attribue. Mais avec Ennahdha, à Tunis, les voyants rouges clignotent. « Les Occidentaux pensent que les gens en Tunisie votent pour les islamistes pour des raisons religieuses, c’est un malentendu, explique l’ancien président de la République Moncef Marzouki. Le paysan ou l’homme du Sud votent pour eux parce qu’ils sont soi-disant propres. » 

Le vrai pouvoir est dans l’ombre. Que la démocratie consacre l’islam politique, cela déroute Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères en 2011. Malgré l’usage diplomatique, il peine à saluer les vainqueurs des premières élections libres. Plus tard, il lance un « Chiche ! » vigoureux aux islamistes tunisiens qui déclarent vouloir surprendre l’Occident par leur sens de la démocratie. On a vu. « Les Frères musulmans fonctionnent comme une franc-maçonnerie, ils privilégient les postes clés, que ce soit une banque centrale ou une société étatique », analyse un diplomate européen. Pour eux, le vrai pouvoir est dans l’ombre. Mais l’islam politique au Maghreb n’a rien d’une épopée triomphante.  En Tunisie, l’absence de résultats économiques divise par trois le nombre de ses électeurs . Moncef Marzouki l’explique aussi par les alliances avec l’ancien régime : « Les leaders d’Ennahdha ont perdu tout sens moral en s’acoquinant avec des partis corrompus. Rached Ghannouchi les a menés à leur perte en leur faisant perdre leur capital le plus important, la propreté. » 

Ferveur. Meeting du Mouvement de la société pour la paix (MSP), le principal parti islamiste algérien, à Alger, le 8 juin.

En Algérie, la corruption prend des proportions autres. En plein essor du téléphone mobile, un gigantesque marché public est accordé pour construire des cabines téléphoniques. L’argent sera versé mais point d’équipement. Politiquement, humainement, les 100 000 morts de la décennie noire habitent les consciences. Quand le président Tebboune convoque des législatives anticipées en juin, on prévoit une mise à l’index électorale du parti qui dirige le pays depuis l’indépendance, le FLN, pétri de scandales financiers. Patatras, le parti historique se hisse en tête avec 98 députés grâce à une participation historiquement basse. Rapporté au nombre de voix, le résultat est indigent : 287 000 voix pour un corps électoral de 24 millions. Quant au parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui se voyait triomphant, il est relégué au second plan. « Les islamistes algériens lèchent leurs plaies, ils ont vécu Tunis avec un mois d’avance », affirme Harchaoui.

Un délabrement social. Sous la tutelle de Mohammed VI au Maroc, dans l’antichambre parlementaire en Algérie, honni par la population en Tunisie, l’islam politique affiche un piètre bilan au Maghreb. « Ils voulaient donner l’image de grands démocrates, mais ils ont oublié de gérer l’économie », persifle un homme d’affaires du cru. Pire, ils n’ont jamais considéré le problème comme important. Interrogé à son domicile sur l’économie, Rached Ghannouchi, sous des allures patelines, éludait les questions sur une mauvaise gestion : « La croissance est positive. » L’image de probité morale s’est vite dissipée. « La politique a été perçue comme une guerre d’intérêts personnels, dénonce Hakim El Karoui, le bien commun a été oublié. » Résultat : le déclin du Printemps arabe commencé dès sa naissance, un déclin économique et social accompagné d’une montée en puissance des réseaux criminels. La corruption a suivi le rythme, elle s’est démocratisée, ce qui la rend encore plus difficile à canaliser. La drogue vogue vers l’Europe. Les migrants sont devenus une denrée monnayable pour des cartels de passeurs.

Le délabrement social aggravé par le Covid irrigue la migration illégale. Sur les six premiers mois de l’année, 61 000 passages par la Méditerranée ont été enregistrés, en hausse de 59 %. Et 1 146 morts ont été dénombrés par l’agence européenne de gardes-côtes Frontex. La Méditerranée est une autoroute pour migrants mais aussi un cimetière. À quelques encablures du centre de Sfax, la deuxième ville de Tunisie, on part de nuit par groupes de dix, vingt, sur des embarcations de fortune. Le 7 août, 258 candidats à l’Europe sont sauvés de la noyade par les gardes-côtes. À Ras Jebel, dans certaines rues, chaque foyer compte un membre de sa famille parti, revenu de force, reparti. Côté européen, le seuil de tolérance politique semble atteint, ce qui rend vulnérable à tous les chantages. Au point que l’arme migratoire est désormais utilisée par des pays amis. En mai, le Maroc a signifié sa colère à l’Espagne sur le dossier épidermique du Sahara occidental en ouvrant la frontière avec Ceuta (morceau d’Espagne sur le sol marocain).  En quelques heures, 8 000 migrants sont entrés en Europe . Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a dû faire profil bas auprès du Royaume pour que l’hémorragie soit jugulée. Et sacrifier sa ministre des Affaires étrangères. Pour Youssef Cherif, directeur de l’antenne tunisienne de l’université Columbia, « la fermeture provisoire du Printemps arabe signifie que l’Union européenne est perdante sur la démocratie, mais ses États membres seront rassurés que des régimes forts luttent contre l’immigration illégale et le terrorisme ». Il précise l’ampleur du phénomène : « Les Européens, en soutenant l’Égypte du maréchal Sissi, ont oublié que c’est l’une des pires dictatures du monde arabe, son modèle va se généraliser. » 

« La corruption, une culture ». Monarchie au Maroc, armée aux affaires en Algérie, un Parlement tunisien façon IVe République française : la démocratie promise à la région s’est cassé le nez sur la porte d’un « système » inamovible, d’une mauvaise gouvernance et de réponses politiques déconnectées des demandes de 2011. Les leaders qui ont pris les commandes après les révolutions sont des gens âgés qui ont adopté la structure classique du parti, de l’argent, donc des lobbys financiers, locaux et industriels, qui investissent pour que rien ne change. Ils se sont retrouvés prisonniers de leurs investisseurs. Une conception antique et clientéliste de la politique, des méthodes classiques. Et voici Kaïs Saïed qui balaie cela en apportant une réponse qui se rapproche de l’autoritarisme. « La narration qui triomphe ? Dire que la vraie démocratie est plébiscitaire, c’est la foule qui applaudit », précise Harchaoui. Message sous-jacent : si Saïed s’installe dans cette situation, expliquant qu’il ne faut pas se formaliser de la fermeture du Parlement, cela va donner des idées aux élites libyennes. Pendant ce temps, le compte à rebours de la dette fait résonner son inquiétante musique. Les caisses sont vides. Un chiffre résume dix ans de gâchis : « 5 milliards d’euros débloqués par les agences bilatérales de développement n’ont pas été utilisés par les huit gouvernements tunisiens qui se sont succédé depuis 2011. » Un argent qui devait améliorer les infrastructures, les hôpitaux, les canalisations… Un argent dont les Tunisiens ont beaucoup entendu parler sans en voir la couleur. Quant à  la lutte anticorruption , un haut fonctionnaire tempère les espoirs : « La corruption est une culture, tout le monde ou presque y trouve son compte. On ne changera pas une société ou une administration par des décrets. »

« Dix ans après le Printemps arabe, le Maghreb politique est un formidable gâchis, observe l’ancien président Moncef Marzouki. Il y a le crime commis contre les Libyens par des puissances étrangères, une Algérie traversée par le formidable mouvement du Hirak, pour l’instant bloqué par la pandémie. Au Maroc, on avait l’impression que le roi avait compris les aspirations de la société, mais on assiste à un retour autoritaire avec l’arrestation de journalistes. En Tunisie, la révolution mange ses enfants. Le rêve d’un Maghreb unifié est au point mort. Mohammed VI vient de lancer un énième appel à la réouverture des frontières avec l’Algérie, mais tout espoir est bloqué par le refus algérien de discuter tant que le problème du Sahara occidental ne sera pas réglé. Les causes qui ont poussé les Arabes à la révolte sont toujours présentes. On peut y ajouter le réchauffement climatique et le problème de la soif qui frappent désormais les pays du Maghreb. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :