MEMORABILIA

Luc de Barochez – Afghanistan, le cadeau de Joe Biden à Pékin

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ÉDITO. L’effondrement du régime de Kaboul, conséquence du retrait précipité des États-Unis, conforte la Chine totalitaire face aux démocraties libérales.

Le ministre chinois des Affaires etrangeres Wang Yi recoit le chef politique des talibans, le mollah Baradar, le 28 juillet a Tianjin pres de Pekin.
Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi reçoit le chef politique des talibans, le mollah Baradar, le 28 juillet à Tianjin près de Pékin.© LI RAN / XINHUA / Xinhua via AFP

Par Luc de Barochez. Publié le 16/08/2021 LE POINT

Quatorze ans après l’humiliante chute de Saïgon (aujourd’hui Hô Chi Minh-Ville) aux mains des communistes vietnamiens le 30 avril 1975, le mur de Berlin s’écroulait et les États-Unis sortaient de la guerre froide en vainqueurs. Ce rappel doit inciter à la prudence quant aux leçons à long terme de la débandade américaine en Afghanistan.

Mais dans l’immédiat, on doit bien constater que Joe Biden a offert sur un plateau d’argent un cadeau stratégique à Pékin avec sa première grande décision de politique internationale. La campagne triomphale des talibans en Afghanistan lancée le 1er mai, quinze jours après l’annonce de l’évacuation des GIs, sape la crédibilité de la puissance américaine en Asie. Pour un président des États-Unis qui a fait de la rivalité avec la Chine la pierre d’angle de sa politique étrangère, l’effet est dévastateur.

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À l’approche du vingtième anniversaire des attentats du 11 Septembre à New York et Washington, le retour des talibans signe une revanche posthume d’Oussama Ben Laden. Le chef historique d’Al-Qaïda avait pour objectif stratégique de « détruire le mythe de l’invincibilité américaine », selon ses écrits retrouvés par le commando qui l’a abattu en 2011 au Pakistan. C’est chose faite. Deux décennies d’intervention militaire des États-Unis et de l’Otan n’ont ni libéré l’Afghanistan de l’emprise des islamistes ni stabilisé le pays. Ce bilan piteux conforte l’impression que l’Amérique n’assume plus son statut d’hyperpuissance et que ses engagements militaires sont versatiles. Le principe même d’une réassurance par Washington de la sécurité des démocraties asiatiques (et par extension, européennes) est altéré.

Solder le passé

« Je ne regrette pas ma décision », a proclamé Joe Biden le 10 août. Mais ceux qui comptent sur la puissance américaine pour les défendre face à la Chine ou à la Russie pourraient bien, eux, la regretter. On songe à Taïwan, à Hongkong, au Japon, à l’Ukraine, à la Pologne, aux pays baltes… La volonté du président Biden de clore la plus longue guerre des États-Unis s’inscrit, de fait, dans un mouvement de repli engagé depuis une décennie. Le choix de Barack Obama, en 2011, d’évacuer l’Irak, le refus du même Obama d’intervenir en Syrie, en août 2013, malgré l’emploi répété de l’arme chimique par le régime de Damas, l’accord conclu par Donald Trump avec les talibans, en février 2020, puis la décision de Joe Biden d’évacuer l’Afghanistan quoi qu’il en coûte, malgré les risques d’un effondrement du gouvernement de Kaboul pointés par la CIA, s’inscrivent dans une même logique.

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Par-delà les divergences politiques entre démocrates et républicains, les Américains pensent, majoritairement, que les guerres lancées à l’orée du siècle en Afghanistan, puis en Irak, étaient des erreurs. Ils veulent ramener les militaires à la maison, quelles que soient les conséquences sur le terrain. L’intuition de Joe Biden est que les États-Unis doivent se concentrer sur la concurrence stratégique avec Pékin et pour cela, solder les guerres du passé.

L’ennui est qu’en se désengageant de manière abrupte et chaotique d’Afghanistan, Washington laisse le champ libre au Pakistan, allié de longue date des talibans, à l’Iran, qui a fait de l’antiaméricanisme son objectif cardinal, à la Russie, confirmée dans sa position d’arbitre en Asie centrale, et surtout à la Chine, principale puissance asiatique. Le tapis rouge que Pékin a déroulé le 28 juillet à une délégation talibane montre que le vide laissé par les Américains a créé un puissant appel d’air régional. Les Chinois voient dans un Afghanistan aux mains des talibans l’occasion de conforter leur projet de corridor économique reliant le Xinjiang au port pakistanais de Gwadar sur la mer d’Arabie, cœur des nouvelles routes de la soie du président Xi Jinping. Pour l’Amérique, la déroute stratégique est cuisante.

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« America is back » (l’Amérique est de retour), proclamait en début d’année le nouvel hôte de la Maison-Blanche, fier d’avoir mis un terme aux quatre années de présidence Trump.

Ceux qui y ont cru doivent aujourd’hui se raviser.

Alors que les lumières s’éteignent en Afghanistan, que les femmes, écartées de l’accès au travail et à l’éducation, sont réduites à l’esclavage sexuel, que les châtiments corporels retrouvent droit de cité, que les minorités sont persécutées, que la musique se tait, c’est tout le projet du président Joe Biden de reprendre le leadership mondial des démocraties face à la Chine qui est compromis.

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